A Marseille, l'alliance Gaudin-Guérini-FO achève la gauche

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Un tract assassin de FO

« Son programme est porteur de positions courageuses, comme la vente du stade Vélodrome ou la fin de la cogestion avec FO, il a peut-être un peu trop dérangé », remarquait également Laurence Vichnievsky dimanche soir. Les propositions du candidat pour donner un nouveau cap à la ville et revitaliser un service public défaillant heurtent en effet bien des intérêts en place à Marseille. Comme ceux de Force ouvrière Territoriaux (6 500 adhérents chez les quelque 16 000 agents de la ville et de la communauté urbaine). Le puissant syndicat majoritaire a distribué mardi matin devant la mairie et à la communauté urbaine un tract de quatre pages contre « le candidat de la gauche et du gouvernement ». Une expression très proche de celle utilisée par Jean-Claude Gaudin pour désigner son adversaire.

Tract de FO Territoriaux diffusé le25 mars. Tract de FO Territoriaux diffusé le25 mars.
Intitulé « Ce que cachent les attaques contre FO », le document reproche à Patrick Mennucci d’« accuser de tous les maux Force ouvrière et donc les agents territoriaux (...) au lieu de se concentrer sur les vrais problèmes de la population marseillaise ». Le syndicat s’y élève pêle-mêle contre la volonté de l’équipe PS-EELV de revenir au temps de travail légal pour les employés municipaux (la ville applique une durée annuelle de travail de 1 567 heures au lieu de 1 607 selon la chambre régionale des comptes), de supprimer le fini-parti (qui permet aux éboueurs de quitter leur poste dès la tournée finie, souvent pour travailler ensuite au noir), d’ouvrir les écoles de 7 h 30 à 18 h 30 ou encore de prolonger les horaires de la bibliothèque de L’Alcazar (l'amplitude d’ouverture annuelle des bibliothèques marseillaises est inférieure d'un mois à celles de Lyon et Paris).

Est également dénoncé le projet du candidat de vendre le stade Vélodrome, dont le partenariat public-privé de rénovation signé avec Bouygues par Jean-Claude Gaudin creuse les finances d’une ville déjà lourdement endettée (plus de 1,8 milliard d'euros). « Mais on n'affaiblit pas Force ouvrière », conclut de façon menaçante le tract. En janvier 2014, les Territoriaux de Force ouvrière avaient remis la carte de membre d'honneur du syndicat à Jean-Claude Gaudin, ce qui avait provoqué quelques remous au sein des instances nationales du syndicat.

Patrick Mennucci a dénoncé à plusieurs reprises ces réseaux souterrains, parlant même début février 2014 « d'une intervention du "milieu" pour m'empêcher de tourner la page des multiples systèmes qui gangrènent certains secteurs de la cité ». Des propos analogues lui avaient valu peu avant une plainte pour diffamation de Marc Fratani, ancien bras droit de Bernard Tapie, patron de La Provence, qui fait ouvertement campagne pour Gaudin.

«La famille est réuni». Gaudin et l'enfant prodique Muselier réuni pour un meeting en février 2014. © LF «La famille est réuni». Gaudin et l'enfant prodique Muselier réuni pour un meeting en février 2014. © LF
À droite, les attaques internes ont été tout aussi vives contre la gestion de Jean-Claude Gaudin clouée au pilori par Renaud Muselier, Robert Assante et le député UMP Guy Teissier. Petit florilège. « Tout dysfonctionne dans cette ville, assenait ce dernier, maire du 5e secteur lors d'un conseil municipal en avril 2013. On assiste malheureusement à la fin du règne de Jean-Claude Gaudin qui n'a jamais été un homme d'entreprise. (...) Il est assis dans son fauteuil et ne veut pas en bouger. La seule force qui le meut, c'est sa volonté de se maintenir au pouvoir, il est temps qu'il passe la main. Cette ville s'enfonce, son maire ne prend plus de décisions, tout est renvoyé à plus tard. » En février 2013, dans les colonnes du Parisien magazine, Renaud Muselier, ex-dauphin de Gaudin, n'était pas en reste avec son « Marseille est une ville qui sombre, son maire sortant est vieillissant et ses institutions inefficaces ».

Quant à Robert Assante, maire sans étiquette du 6e secteur et ex-adjoint de Gaudin, il étrillait avec constance le bilan du maire devant chaque journaliste qui voulait bien lui tendre un micro : bétonnage, non-respect des obligations pour l'accueil des gens du voyage, lourdes annuités de l'agrandissement du Vélodrome, problèmes de circulation, policiers municipaux cantonnés dans le centre-ville, etc. « Gaudin veut faire le Marseille du XXIe siècle selon un schéma de pensée hérité du siècle dernier, nous déclarait-il par exemple dans son bureau fin novembre 2013. Il a simplement un peu modernisé le defferrisme. (...) Quand les opposants disent qu'on est dans l'immobilisme, je ne dirai pas le contraire, à part Marseille Provence 2013. »

Mais, en bons petits soldats, chacun a su ranger ses couteaux dans la dernière ligne droite : Guy Teissier contre la promesse de présider la Communauté urbaine de Marseille en cas de victoire le 30 mars ; Renaud Muselier contre la tête de liste UMP dans le Grand Sud-Est aux élections européennes de juin 2014 ; et Robert Assante contre la certitude de garder sa mairie de secteur. Le maire sortant de Marseille a donc désormais beau jeu, après avoir réussi durant la campagne à esquiver tout débat avec ses adversaires, de se poser comme celui qui « unit », qui « rassemble » face au « Marseille bashing ». « Il n’y a pas de projet UMP, il y a un projet pragmatique pour Marseille, a déclaré Jean-Claude Gaudin mardi matin, dans un aveu surprenant. C’est pour cela que les Marseillais m’aiment. »

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Contactés mardi après-midi, Patrick Rué et Jean-Claude Mailly ne nous ont pas répondu.