Gaz de Lacq: la fabrique du silence (2/2)

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En août 2015, une vingtaine de familles ont porté plainte pour mise en danger d’autrui à la suite de rejets gazeux malodorants et irritants en provenance des usines de Lacq. La reconversion du site en plateforme chimique crée de nouveaux problèmes pour les riverains.

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Au nom de la défense de l’emploi, élus et représentants de l’État exercent une pression minimale sur les entreprises du bassin de Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques. Le site fut l’un des hauts lieux de la fierté technologique française. À partir de 1951, la Société nationale des pétroles d’Aquitaine (SNPA) y fore du pétrole puis du gaz (1959), vendu et distribué dans toute la France. Peu à peu, le bassin de Lacq se spécialise dans la pétrochimie, la chimie du soufre et les hydrocarbures. En 2013, Total passe la main à sa filiale Sobegi qui, avec une unité de désulfuration réduite, continue à extraire le gaz. Vingt sites classés Seveso potentiellement dangereux pour l’environnement s’y côtoient, dans l’arrière-pays de Pau, en plein Béarn.

Dans ce contexte favorable aux industriels, l’impact des rejets polluants sur l’état de santé des travailleurs du site est passé sous silence. Aucune étude épidémiologique n’a été conduite sur les ouvriers et ingénieurs qui s’y succèdent depuis 50 ans. Mediapart a longuement rencontré trois délégués syndicaux de la CGT (majoritaire au sein du collège ouvriers-employés de Total exploration production France, TEPF) à ce sujet. Deux sont en préretraite, après l’arrêt du forage gazier, l’un est toujours en poste au sein d’Arkema, Éric Frasca. Pour lui : « On fabrique de la thiochimie [chimie à base de soufre – ndlr], ça pue la mort. Ça pue. Ça sent le travail. » Mais ce n’est pas le sujet principal.