Julian Mischi: «Un processus de marginalisation politique des ouvriers»

Par

Dans Le Bourg et l’Atelier, sociologie du combat syndical, le sociologue Julian Mischi explore la vie militante des cheminots d'un atelier de maintenance SNCF dans une commune rurale et industrielle. Il démontre que le militantisme en entreprise n’est pas mort. L'engagement ouvrier à gauche non plus. 

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

© Mediapart

Le militantisme en entreprise n’a pas disparu. Et il peut développer un engagement ouvrier à gauche. Le sociologue Julian Mischi en offre la démonstration dans Le Bourg et l’Atelier, sociologie du combat syndical, paru aux éditions Agone. Pendant cinq ans, ce directeur de recherches à l’Institut national de la recherche agronomique, auteur de nombreux ouvrages sur les classes populaires et le parti communiste, a exploré l’ordinaire de la vie d’ouvriers d’un petit bourg industriel et rural. Il a suivi plus d’une trentaine de cheminots d’un atelier de maintenance SNCF, des jeunes et des vieux, essentiellement des hommes du fait de l’univers masculin du rail, dans leur quotidien de militants syndicalistes CGT ou Sud. Avec plusieurs obsessions : « Pourquoi et comment les ouvriers continuent-ils à militer malgré la force des processus favorisant leur exclusion politique ? » ; « Comment devient-on cheminot aujourd’hui et comment vit-on sa condition de salarié à statut dans une période de déstabilisation du marché de l’emploi ? »

L’occasion de saisir le syndicalisme « au ras du sol », « par le bas », celui des non-professionnels de l’engagement, à rebours des angles habituels qui s’intéressent aux directions des syndicats, des partis ; d’observer les recompositions militantes dans un contexte politique, économique, moral en crise qui n’est plus celui des années 1980. « L’engagement syndical n’est pas seulement un engagement de type idéologique qui se ferait par l’adhésion à un corpus politique. En réalité, il prend sens dans le cadre de liens sociaux, d’expériences de domination et de solidarité vécues au travail ou encore de fréquentations amicales et familiales », constate le jeune sociologue, lequel met aussi la lumière sur ces campagnes françaises qui, dans l’imaginaire collectif, du fait de représentations dominantes construites par les élites, sont perçues comme des contrées soit agricoles, soit touristiques alors qu’elles sont avant tout des terres ouvrières (32 % des personnes vivant à la campagne sont des ouvriers, contre 6 % d’agriculteurs).

Au-delà du mérite de parler d’un groupe social dévalorisé et rendu invisible (qui représente tout de même 22 % de la population active) sauf lorsqu’une usine ferme ou qu’une élection approche, l’enquête de Julian Mischi démonte nombre de clichés qui collent aux ouvriers des campagnes, notamment celui qui les voudrait repliés sur eux-mêmes et le Front national. Elle rappelle aussi « le processus très fort de marginalisation politique des ouvriers » : « Ils sont exclus de la vie publique, des municipalités, de l'Assemblée nationale, des associations, monopolisées par les classes moyennes et supérieures. » Entretien vidéo.

capture-d-e-cran-2016-04-25-a-13-12-50
Julian Mischi, Le Bourg et l'Atelier. Sociologie du combat syndical, éditions Agone, 2016, 400 pages.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale