France Note de veille

Sarkozy et des avocats s’indignent d’avoir été espionnés

Le Parquet national financier (PNF) a épluché les « fadettes » de plusieurs avocats pour rechercher la « taupe » qui avait prévenu Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog qu’ils étaient sur écoute.

La rédaction de Mediapart

26 juin 2020 à 12h12

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C’est une « affaire dans l’affaire », qui permet à Nicolas Sarkozy et à d’autres de s’en prendre avec indignation à la justice anticorruption. Le Parquet national financier (PNF) a mené une longue enquête préliminaire, de 2014 à 2019, pour tenter d’identifier la « taupe » qui aurait informé Nicolas Sarkozy et son avocat Thierry Herzog qu’ils étaient sur écoute, selon Le Point.

D’après l’hebdomadaire, les enquêteurs de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (Oclciff) ont épluché les factures téléphoniques détaillées (« fadettes ») de plusieurs avocats en vue du barreau de Paris, parmi lesquels Éric Dupond-Moretti, Jean Veil, Jacqueline Laffont ou Hervé Témime, mais aussi d’une magistrate et des lignes fixes du PNF. Certains ont même été géolocalisés, selon Le Point.

Cette enquête préliminaire, menée parallèlement à  affaire dite « Paul Bismuth », n’a rien donné. Son existence était connue et dénoncée de longue date par la défense de Nicolas Sarkozy, mais pas son contenu ni l’ampleur de la surveillance de ces avocats. Ouverte en mars 2014 pour « violation du secret professionnel », elle a finalement été classée sans suite en décembre 2019, presque six ans plus tard.

Les personnes dont le PNF a épluché les « fadettes » ont toutes la particularité d’avoir été en contact téléphonique avec Thierry Herzog le 25 février 2014. L’avocat et Nicolas Sarkozy, qui échangeaient sur des lignes cachées, sont soupçonnés d’avoir appris ce jour-là qu’ils avaient été placés sur écoute : il s’agit de l’affaire Paul Bismuth, qui leur vaudra un procès pour « corruption », « trafic d’influence » et « violation du secret professionnel », du 23 novembre au 10 décembre.

Le but du PNF était de retrouver la « taupe » éventuelle par laquelle l’information aurait transité. La teneur des conversations entre Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog avait subitement changé du tout au tout, et les enquêteurs étaient persuadés de l’existence d’une fuite destinée à freiner l’affaire Paul Bismuth.

Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog. © Reuters

La révélation de l’ampleur des investigations entreprises a suscité une forte émotion chez les avocats concernés. Éric Dupond-Moretti a évoqué auprès de l’AFP « des méthodes de barbouzes » et annoncé sur LCI un dépôt de plainte. « Ça montre l’aspect désespéré de la procédure, on va chercher jusqu’au bout du monde des preuves qui n’existent pas, tout ça pour déboucher sur un constat d’échec et le cacher à la défense », a réagi auprès de l’AFP Paul-Albert Iweins, l’avocat de Thierry Herzog.

Le bâtonnier de Paris, Olivier Cousi, annonce pour sa part  une action » en justice « au nom de l’Ordre des avocats de Paris ». Il dit avoir demandé au célèbre pénaliste Henri Leclerc « de bien vouloir réfléchir, au sens procédural, à quelle action engager », ce qui pourrait passer par « une action pénale » ou « civile en responsabilité de l’État ».

Nicolas Sarkozy, aux prises avec les juges dans plusieurs affaires, a, de son côté, dénoncé une « invraisemblable accumulation de manquements et de dysfonctionnements »« En réaction aux révélations du Point, je n’exprime qu’une seule demande : le respect de l’État de droit », a affirmé sur Twitter l’ancien président de la République, qui doit être jugé dans l’affaire des écoutes. Il est par ailleurs mis en examen dans l’affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, et doit être jugé dans l’affaire Bygmalion.

L’ancienne garde des Sceaux Rachida Dati a estimé sur RTL que le PNF « est devenu une officine ». Elle a rappelé la « réticence » des magistrats lors de sa création, « parce que certains redoutaient que ce soit un bras armé d’une justice politique ». Le député (LR) Eric Ciotti estime carrément dans Le Point que « la question de la suppression du PNF se pose ».

Pour le patron des députés LR Damien Abad, « il faut a minima une inspection générale pour faire toute la lumière sur ces dysfonctionnements, et une commission d’enquête à l’Assemblée sur le PNF serait appropriée ».

À gauche, le chef de file du PS, Olivier Faure, a affirmé que « l’État de droit suppose que n’importe quel justiciable Nicolas Sarkozy compris soit respecté dans ses prérogatives et dans ses droits », sans aucun « traitement particulier spécifique ».

Dans cette affaire, Nicolas Sarkozy est soupçonné d’avoir tenté d’obtenir début 2014, par l’entremise de son ami et avocat Thierry Herzog, des informations secrètes auprès d’un haut magistrat de la Cour de cassation, Gilbert Azibert, dans une procédure en marge de l’affaire Bettencourt. Gilbert Azibert s’était vu promettre un « piston » de Nicolas Sarkozy pour obtenir un poste lucratif à Monaco.

Sur le fond, les investigations du PNF sur les avocats ne changent rien. La procédure « Paul Bismuth » a déjà été validée par la Cour de cassation. Mais la défense de Nicolas Sarkozy, Thierry Herzog et Gilbert Azibert, aura beau jeu de s’en servir, lors du procès à venir, pour critiquer les méthodes du PNF et en appeler aux grands principes du droit.

Le parquet national financier (PNF)  « ne se dispense jamais de respecter la règle de droit », a affirmé vendredi son patron, Jean-François Bohnert, interrogé par l’AFP. « Dans toutes les affaires qu’il traite, il se conforme strictement aux exigences du code de procédure pénale et utilise, sans les outrepasser, les prérogatives que la Loi reconnaît aux parquets, et donc au PNF », a-t-il insisté.

La garde des Sceaux Nicole Belloubet a annoncé vendredi avoir demandé à la procureure générale de la cour d'appel de Paris un « rapport circonstancié sur la nature précise des investigations effectuées à la demande du parquet national financier ».

La rédaction de Mediapart


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