Eric Coquerel: «Après l’attentat, des digues ont sauté parmi les élites»

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Alors que La France insoumise a été accusée d’ambiguïtés avec la mouvance islamiste, le député de Seine-Saint-Denis Éric Coquerel réplique dans nos colonnes. Il revient sur son itinéraire, de l’extrême gauche à l’idéal d’une « République jusqu’au bout » qu’il fait encore sien.

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À l’instar d’associations, de titres de presse et même du milieu universitaire, La France insoumise (LFI) s’est retrouvée sur le banc des accusés de « complicité intellectuelle » avec le terrorisme islamiste qui a frappé le pays le 16 octobre dernier, à travers l’assassinat de l’enseignant Samuel Paty  

Une mise en cause qui s’appuie notamment sur la participation de dirigeants insoumis à une Marche contre l’islamophobie organisée le 10 novembre 2019, laquelle avait ravivé de lourdes querelles concernant le rapport de la gauche à l’islam et à la laïcité. Il y a pourtant un mois à peine, Jean-Luc Mélenchon faisait sa rentrée sur le thème de la République et avançait le terme de « créolisation » pour réaffirmer son credo universaliste et décrisper le regard sur le pluralisme de la société française.

Député LFI de Seine-Saint-Denis, Éric Coquerel répond ici aux accusations visant son mouvement, révélatrices, selon lui, d’un basculement d’une partie des élites françaises dans la croyance d’un « choc des civilisations ». « L’extrême droite a marqué des points idéologiques bien au-delà de ses sphères habituelles », regrette-t-il.

L’élu insoumis revient également sur son propre itinéraire politique. Longtemps trotskyste à la LCR, il a rejoint les partisans de Jean-Pierre Chevènement en épousant un idéal républicain, auquel il s’estime toujours fidèle au sein de LFI – en tout cas davantage que beaucoup de ses contempteurs actuels.

Éric Coquerel à la marche contre l'islamophobie, le 10 novembre 2019. © Georges Gonon-Guillermas / Hans Lucas via AFP Éric Coquerel à la marche contre l'islamophobie, le 10 novembre 2019. © Georges Gonon-Guillermas / Hans Lucas via AFP

Depuis le 16 octobre, une partie de la gauche est attaquée pour ses supposées « complicités » avec l’islamisme radical. Comment avez-vous traversé cette période ?

Éric Coquerel : Le climat est détestable. Il est horrible, d’abord, parce qu’un enseignant a été décapité. Cet acte fanatique a pour objectif de créer dans le pays une atmosphère de guerre civile. Depuis les attentats de Charlie Hebdo, le projet des terroristes est que les barrières sautent, qu’on s’en prenne en retour à nos concitoyens de religion musulmane et que s’ensuive par conséquent un climat de guerre civile, de guerre de religion.

En 2015, au moment de l’attentat de Charlie et du Bataclan, les barrières ont tenu. L’unité nationale, à commencer par celle du peuple, a été préservée. Cette fois, c’est différent : les dérapages et les accusations à notre encontre vont au-delà de l’extrême droite. De Manuel Valls jusqu’au sein du pouvoir, ainsi qu’on le voit avec les interventions des ministres Jean-Michel Blanquer, Gérald Darmanin et même Bruno Le Maire, habituellement plus modéré. Il existe donc une stratégie concertée, consistant à faire passer pour complices du terrorisme des syndicats, des partis politiques ou des journaux.  

Mais qu’est-ce que ces gens nous reprochent ? D’avoir, à un moment donné, dénoncé le racisme antimusulmans dans le pays, d’avoir voulu défendre et protéger nos concitoyens de religion musulmane. Il n’y a rien d’autre ! Car contrairement à certains gouvernements, nous n’expulsons pas chez Erdogan [le président turc – ndlr] des militants kurdes qui ont été nos alliés contre Daech et nous ne signons pas non plus des contrats de 10 milliards d’euros avec l’Arabie saoudite ! Notre position est claire : il faut lutter à la fois contre l’islamisme politique et contre le racisme antimusulmans, sachant que le premier veut se nourrir du second pour attiser les plaies dans la société française.

L’espèce de « chasse aux sorcières » contre les « islamogauchistes » traduit-elle, selon vous, l’existence d’une panique morale chez les élites ?

Elle est le signe que l’extrême droite a marqué des points idéologiques bien au-delà de ses sphères habituelles. C’est aussi la démonstration que la stratégie du « choc des civilisations », qui théorise les rapports stratégiques et internationaux sous le seul prisme religieux et culturel, a fini par formater les « élites » de notre pays. Avec pour conséquence que le ministre de l’intérieur en arrive à déclarer que les rayons hallal ou casher dans les supermarchés sont des actes contre la laïcité et qu’ils ont un lien de causalité avec les attentats. Le racisme a malheureusement gagné du terrain depuis quelques années.

Je n’ignore pas non plus le côté politicien de tout cela : tout est bon pour affaiblir le seul opposant systémique à quelques mois de la présidentielle. On n’a jamais vu autant de responsables politiques, intellectuels, culturels, journalistiques, faire des amalgames de cette ampleur, et au plus haut sommet de l’État ! J’espère qu’on s’apercevra avec le recul à quel point ils ont déraillé, mais je crains aussi que ça ne se généralise. La semaine dernière a peut-être été celle d’une bascule, en tout cas d’une accélération, extrême droite et extrêmes libéraux partageant au bout du compte les mêmes mots, les mêmes pratiques calomnieuses, les mêmes cibles.

Votre inquiétude concerne-t-elle aussi les échéances électorales à venir, avec un agenda saturé de thèmes peu favorables à la gauche ?

Très clairement. Regardez la loi sur les séparatismes : elle est utilisée par le gouvernement pour mettre la question identitaire au cœur du débat afin de faire monter l’extrême droite, pour qu’Emmanuel Macron se retrouve face à elle au second tour en 2022, dans la position d’un responsable raisonnable. D’où la répartition des rôles au sein du pouvoir : Macron fait de très beaux discours, comme mercredi à la Sorbonne [lors de l’hommage national à Samuel Paty – ndlr], et dans le même temps laisse ses ministres dire n’importe quoi…

Les enjeux de sécurité et de respect de la laïcité existent, on ne va pas le nier. Mais notre société est malade de quelque chose de plus global et systémique, comme l’illustre la crise sanitaire actuelle : le système hospitalier manque de s’écrouler face au Covid et une crise sociale immense a déjà commencé alors que l’État, affaibli par des années de néolibéralisme, est incapable de faire face comme il le faudrait. 

Quel est l’impact de cette séquence sur la stratégie de La France insoumise ? Jean-Luc Mélenchon devait présenter sa candidature début novembre. L’ambiance rebat-elle les cartes en termes stratégiques ?

Nous n’en avons même pas parlé entre nous depuis le 16 octobre. Notre souci était de ne pas semer la division, de rester dignes, de garder raison et de nous en tenir à l’État de droit. On peut toujours espérer que la raison revienne, mais je crains que ce ne soit un vœu pieux tant ces attaques sont concertées.

De toute façon, on le sait, les conditions de notre campagne seront très difficiles : tous les coups seront permis. Aujourd’hui, on assiste à un niveau d’affrontement que j’ai rarement rencontré dans ma vie politique. Sans doute parce que le système se sent menacé. Alors faut-il partir dès maintenant en campagne ? Vu l’ambiance et le niveau où certains, y compris au sommet de l’État, veulent situer le débat politique, je doute qu’il y ait des moments plus propices que d’autres.

Je crois qu’après être restés le plus « soft » possible dans nos réactions jusqu’à l’hommage national, rendu mercredi dernier, nous devons assumer nos convictions. Cela nous met certes des cibles dans le dos. Mais ce n’est pas ça qui va nous empêcher d’incarner quelque chose qui existe aussi dans le pays. Les choses y sont, je veux le croire, moins abruptes que chez nos « responsables », malgré le traumatisme. Des gens attendent un discours de paix et de raison.

Pour le coup, beaucoup de gens ont été choqués par le fait que Jean-Luc Mélenchon s’en prenne à « la communauté » (sic) tchétchène…  

Jean-Luc ne revient quasiment jamais sur ses propos, mais là, il l’a dit, écrit et répété : il regrette l’usage du terme de « communauté ». Tout le monde est d’accord pour reconnaître que c’était une formule malheureuse, lui le premier. Le parcours de Jean-Luc Mélenchon plaide quand même pour lui, non ? Il n’a jamais essentialisé quiconque. Dans un contexte qui n’est pas facile, où on est attendu au tournant, il n’a pas employé les bons mots. Il voulait dire que des gens, vu leur origine politique, n’étaient pas assez surveillés du côté des renseignements. Cette conviction-là, je la partage aussi. 

Il est frappant de constater l’omniprésence du mot « République » dans les controverses actuelles. Tout le monde s’en réclame. Quelle en est votre définition ?

La racine du mot renvoie à la souveraineté du peuple. La République est née de plusieurs révolutions dont notre pays se revendique encore aujourd’hui, lesquelles ont porté des principes d’égalité, de fraternité et de liberté qui sont le fondement de notre communauté politique. Au moment où le libéralisme entend imposer la souveraineté du marché, ce message émancipateur reste essentiel.

À côté de cela, j’estime que l’appartenance à la nation ne peut être fondée que sur une communauté légale, fondée sur la citoyenneté politique, qui s’oppose à une vision « par héritage », en un mot réactionnaire – celle qui privilégie le droit du sang par exemple. Je me reconnais dans le refus universaliste de toute hiérarchie sociale, religieuse ou « ethnique ». La loi 1905, qui protège, avant tout, la liberté de conscience, est aussi un élément constitutif de notre République.  

Enfin, je suis de tradition jaurésienne. Ma République est donc sociale. Cela signifie que pour moi, l’idée de la souveraineté du peuple ne se limite pas à la question politique. Elle concerne également la question sociale et donc celle de la propriété des moyens de production. Dans la République que je défends, il y a une dimension profondément anticapitaliste. Pour le dire simplement, la République restera inachevée tant que ceux qui produisent les richesses n’en auront pas la maîtrise. C’est encore plus vrai dans l’âge du capitalisme que nous traversons, dans lequel la finance accapare tous les leviers économiques au détriment des producteurs.   

Quelle est votre différence avec d’autres personnalités ou partis qui ont la République en bandoulière, et qui accusent La France insoumise d’être « ambiguë » ?

Il ne suffit pas de se proclamer « républicain » pour l’être pleinement, de même qu’il ne suffit pas de se dire « socialiste » pour l’être ! Par ailleurs, je pense que ces thuriféraires de « la République » n’ont pas la même perception du monde que nous, parce qu’ils sont déconnectés des réalités populaires. Pourquoi avons-nous manifesté le 10 novembre 2019, avec plus de 90 000 personnes [13 500, selon le comptage du cabinet Occurrence pour un collectif de médias – ndlr], à cette fameuse marche contre l’islamophobie ? Parce qu’en plus du danger terroriste, il y a bien un danger du racisme antimusulman.

À l’époque, une attaque contre une mosquée avait eu lieu à Bayonne. Ce qui était normal pour un homme ou une femme de gauche, c’était d’être à côté de ceux qui en avaient eu peur, leur affirmer notre solidarité. Le problème, c’est que d’autres n’aient rien fait ! Aucun ministre ni même le préfet ne se sont déplacés devant cette mosquée par exemple.

Marche contre l'islamophobie le 10 novembre 2019. © AFP Marche contre l'islamophobie le 10 novembre 2019. © AFP

« Le problème numéro un en Seine-Saint-Denis, ce n’est pas l’islam politique »

Avez-vous évolué, personnellement, sur ces sujets ? Vos débuts militants ne vous prédestinaient pas à revendiquer la République, puisque vous avez été longtemps militant à la LCR (Ligue communiste révolutionnaire), avant de rejoindre le parti de Jean-Pierre Chevènement en 1998, d’où vous êtes parti en 2003, avant de rejoindre Jean-Luc Mélenchon en 2008.

Dans les années 1980 et 1990, j’étais militant à la LCR et je fus, par exemple, l’un des animateurs nationaux du mouvement contre la loi Devaquet. À cette époque, effectivement, l’idée même de la République sentait la complicité de classe. Je caricature un peu, mais la République était forcément bourgeoise, et s’en prévaloir laissait penser qu’on était prêt à basculer du mauvais côté de la barrière.

Estimer que la nation est le cadre premier de la souveraineté populaire, entendue dans un horizon émancipateur, c’était inaudible au sein de cet univers. En 1998, il y a aussi eu un changement de ligne au profit d’un retour à des alliances avec Lutte Ouvrière. C’est pour ces deux raisons que je suis parti.  

J’ai rejoint les chevènementistes, dont il faut rappeler qu’ils avaient constitué l’aile gauche du PS d’Épinay, parlant d’autogestion dans les années 1970 et contestant le tournant de la rigueur en 1983. Chevènement est ensuite parti du PS au début des années 1990, parce qu’il était en opposition à la guerre du Golfe, ainsi qu’au traité de Maastricht en Europe. Tout cela n’était pas anodin dans le contexte de l’époque.

Surtout, je partageais son idée que la République pouvait être un message émancipateur et potentiellement révolutionnaire face au néolibéralisme qui, lui, était contre-républicain dans la mesure où il substituait la souveraineté des marchés à la souveraineté du peuple.

Affiche de Jean-Pierre Chevènement pendant la campagne présidentielle de 2002. Affiche de Jean-Pierre Chevènement pendant la campagne présidentielle de 2002.
Mais le chevènementisme s’était déjà replié sur la République faute d’avoir réalisé le socialisme, et allait bientôt succomber à l’idée de réunir les « républicains des deux rives », de gauche et de droite.

Oui. En réalité, le Chevènement chez qui je suis arrivé était justement en train d’abandonner, ou en tout cas de relativiser, l’objectif de la transformation sociale pour se centrer seulement sur la question nationale. Et les choses ont dévié très rapidement, au début des années 2000 et pendant la campagne présidentielle de 2002 elle-même. Je ne me reconnaissais plus dans cette évolution, dans ce « pôle républicain » qui entendait dépasser le clivage gauche/droite.  

Et depuis ce temps, diriez-vous que votre matrice républicaine est restée inchangée, ou a-t-elle évolué 

Sur le fond, je reste persuadé que la nation est un cadre émancipateur qu’il ne faut pas déserter, ce qui n’empêche pas l’internationalisme, au contraire. L’antiracisme a par ailleurs toujours fait partie de mes combats : en 1997, juste avant de rejoindre Chevènement, j’étais à l’église Saint-Bernard en soutien des sans-papiers.

Néanmoins, deux choses m’ont fait évoluer. D’abord, la situation politique et sociale a changé. Nous ne sommes plus dans la situation d’il y a dix ans, lorsque l’idéologie de l’extrême droite était cantonnée à un camp, avec les républicains de l’autre côté. L’idéologie faisant muter le vieux racisme anti-arabe du FN en un racisme antimusulmans a progressé. Les positions de Manuel Valls en sont la sordide démonstration.

Ensuite, le fait d’être député en Seine-Saint-Denis m’a fait comprendre, sur le terrain, que les signes extérieurs de religiosité, par exemple le voile, ne traduisent pas forcément l’adhésion à un islam politique ou du communautarisme. Les gens qui y habitent savent bien qu’en Seine Saint-Denis, l’islam politique n’est pas le problème numéro un. Le trafic de drogue qui tue, pourrit la vie quotidienne et les rapports sociaux sur fond d’inégalités et de détresse sociale, l’est bien davantage. Et pour l’instant, à part mettre des amendes, la réponse publique est pauvre.

Au sein de La France insoumise, n’y a-t-il pas eu chez certains une nouvelle tentation de « républicains des deux rives » ? L’ancien conseiller international de Jean-Luc Mélenchon, Djordje Kuzmanovic, s’est affiché, il y a quelques mois, avec des « Frexiters » d’extrême droite. Un ancien cadre lyonnais, Andrea Kotarac, est, lui, carrément passé au RN au moment des élections européennes.

Au contraire, nous sommes le parti le moins poreux aux idées de droite et d’extrême droite, c’est d’ailleurs pour cela que des gens comme Kotarac ou Kuzmanovic sont partis. Les personnalités que vous évoquez ne représentaient aucun courant significatif au sein de notre mouvement.

En dérivant vers l’idée d’un « problème de l’immigration », Kuzmanovic avait même rompu de facto avec le programme de l’Avenir en commun. Aujourd’hui, avec ses amis, Kuzmanovic rassemble au mieux 50 personnes. Ils sont plus présents sur les réseaux sociaux que dans la réalité. Chez nous, on discute de la bonne manière de réagir, des mots à utiliser comme « islamophobie », mais pas des fondamentaux.

Il y a tout de même des débats sur ces sujets. L’an dernier, Adrien Quatennens estimait que les femmes qui se baignaient en burkini dans une piscine de Grenoble faisaient de la « provocation ». 

Notre ligne de conduite, c’est que l’État ne doit pas se mêler de religion, et inversement. Une religion ne doit donc pas imposer ses règles et ses lois à l’État ou aux services publics. Mais à certains moments, lorsqu’il s’agit de traduire des principes dans la réalité, il est normal que l’on se règle entre nous, à travers une réflexion collective et argumentée.

Au moment de la loi sur la burqa en 2010, des débats vifs ont ainsi eu lieu à gauche. Finalement, ils ont été résolus de manière globale, par la position selon laquelle quelqu’un ne pouvait pas cacher son visage dans les interactions sociales hors de chez lui et ne pouvait pas s’infliger le « sévice » d’être toujours masqué. 

Le port du burkini, lorsqu’il enfreint le règlement intérieur d’une piscine, peut être proscrit, mais ce n’est pas le cas sur les plages publiques, puisque aucune loi n’est enfreinte. D’aucuns peuvent considérer que se baigner ainsi habillée recouvre des pratiques obscurantistes, mais plutôt que de recourir à une loi visant une seule religion, il me semble plus efficace de décourager ces pratiques marginales grâce à l’éducation et à des politiques d’émancipation.

Discutons-en, aucun débat ne me pose problème. Ce qui m’en pose, c’est d’en profiter pour fustiger une seule religion et pire, faire le lien avec le terrorisme. Là, c’est aberrant.

À gauche, beaucoup s’inquiètent de la capacité à rassembler ce camp lors des futures échéances nationales. Est-ce que les fractures qui se réveillent, voire s’approfondissent aujourd’hui, sont de nature à empêcher ce rassemblement ? 

On regarde bien sûr qui est solidaire dans cette affaire. Les progressistes qui ne prennent pas notre défense devraient d’ailleurs être plus méfiants, car ce genre de procès risque de leur être intenté un jour.

Lorsqu’on est à ce point calomniés, avec des cibles dans le dos, et que des gens comme Bernard Cazeneuve en rajoutent, ça montre que « la gauche » n’est toujours pas à même d’identifier tout un camp sur un minimum de valeurs identiques. Si encore il n’y avait eu que les proches de Hollande, mais même Olivier Faure y a été de son couplet critique…

Au fond, tant que toute la gauche ne sera pas en capacité d’être solidaire face à telles attaques, tant qu’une partie continuera de s’accommoder du système au point de faire chœur avec lui, parler d’unité de toute la gauche restera abstrait.

Comment résorber cette fracture à gauche ? C’est à ceux qui ne sont pas solidaires aujourd’hui qu’il faut le demander. Pas à ceux qui, comme mes amis et moi, essayons d’en défendre les principes à l’Assemblée nationale ou dans la rue. Les extrêmes libéraux et l’extrême droite ne se trompent pas, eux, en nous attaquant. Je suis preneur dans cette période de toutes les bonnes volontés pour exprimer leur solidarité. Ça serait déjà un début. Elles tardent.

Quelle sera votre attitude face au projet de loi sur le séparatisme ?  

Je verrai ce qui va nous être présenté. Je pense qu’on dispose aujourd’hui de l’arsenal législatif pour cibler les manifestations de l’islam politique, et que c’est un problème de moyens. À ce stade, je ne me vois pas accepter ce qui apparaît toujours comme une loi ayant l’objectif de s’en prendre à une seule religion.

Je reste sur la position de défendre la loi de 1905, rien que cette loi, mais toute cette loi. Et surtout de lutter contre le terrorisme et l’islam politique en les ciblant précisément, sans risque d’amalgame, au risque de déclencher une mécanique infernale. Vu la pente prise, j’ai l’impression que c’est exactement le risque de cette loi, qui va toucher des gens qui n’ont aucun rapport avec le terrorisme. 

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