L'identité de la France, version Sarkozy

Par
Vous avez dit “identité nationale”? Mais quelle est la réponse de ceux qui posent cette question paraissant tomber comme les cheveux sur la soupe? La France de l'anti-libéral Sarkozy, du préfet Guéant et dusouverainiste Guaino est celle du retour de l'Etat central. Cet Etat-nation, qui a donné toute sa mesure dans lesboucheries du XXe siècle, est à nouveau présenté comme la forme ultime,insurpassable de l'organisation politique des sociétés humaines. Parti pris.

La lecture des articles est réservée aux abonnés.

Le président de la République et son préposé à la métaphysique Eric Besson («Nouveau monde, nouveau capitalisme») ayant décidé d'imposer au pays un débat sur l'identité nationale, la tentation est forte de retourner la question. Elle mériterait tout autant d'être détournée mais les situationnistes nous manquent. Quelle est donc cette France à laquelle rêveraient Nicolas Sarkozy et le G2 (Guéant, Guaino), ces très proches conseillers dont l'influence se lit dans toutes les initiatives du «Château»?
Certains objecteront que poser ainsi la question, c'est faire beaucoup d'honneur à des démarches qui, de l'ouverture (politique) à la fermeture (des frontières), sont à la marque d'un pouvoir surtout préoccupé de sa propre durée, ce en quoi il ne différerait guère de ses prédécesseurs. D'un pouvoir qui, les yeux rivés en permanence sur d'abondants et coûteux sondages d'opinion, confond la mise en scène et la mise en œuvre. D'un pouvoir dont la clef de lecture se trouverait dans les avantages sonnants et trébuchants que reçoivent les proches d'un locataire de l'Elysée préparant déjà une seconde carrière, celle où de son propre aveu il pourra «faire de l'argent». Objections recevables.
Néanmoins, faire crédit à Nicolas Sarkozy et ses conseillers d'un dessein, d'une ambition, d'une vision n'est pas dénué d'intérêt. Car si la ligne n'est pas claire et la main souvent hésitante, cela permet à tout le moins de rechercher une cohérence là où le déluge ininterrompu de projets et de textes pourrait donner l'illusion du mouvement alors même que pour ce qui touche à l'essentiel, la réalité serait en fait immobile. Car l'hypertrophie du moi présidentiel qui s'affiche depuis deux ans et demi au point d'avoir bouleversé, changement bien réel celui-là, la nature et le fonctionnement des institutions, s'accompagne d'une certaine pusillanimité politique. Il y a en effet du Chirac chez Sarkozy, ce qui fait que, nonobstant la logorrhée volontariste, la «rupture» avance en crabe.
L'exemple vient aussitôt à l'esprit de la réforme des universités, qui évita soigneusement le cœur du débat: comment substituer une légitime sélection académique, qui existe partout ailleurs dans le monde, à la sélection sociale féroce, par l'argent et par l'échec, lui servant aujourd'hui de substitut honteux? Le résultat, c'est un ersatz de réforme, enrobé dans une pluie de milliards qu'un «emprunt national», qui n'a de grand que le battage médiatique l'entourant depuis des mois, va encore alimenter.
Le reste est à l'avenant: les 35 heures partiellement vidées de leur contenu mais formellement maintenues bien que toujours qualifiées «d'erreur historique», l'ISF troué comme un gruyère mais jugé politiquement intouchable, La Poste dont on change le statut tout en jurant qu'elle ne sera jamais (?) privatisée, la RGPP (révision générale des politiques publiques) ramenée à l'accompagnement de l'évolution démographique de la fonction publique, la RGPO (révision générale des prélèvements obligatoires) oubliée dans les tiroirs de Bercy à la faveur d'une crise financière dévastatrice pour des finances publiques déjà bien mal en point. Dans d'autres domaines, de la TVA réduite pour la restauration à la sollicitude maintenue au remuant lobby agricole, la continuité avec le clientélisme chiraquien ne s'embarrasse même pas de faux-semblants.

Repli, retour, régression