L'affaire Cahuzac pour ceux qui ne veulent pas voir

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1. Un compte non-déclaré à l’UBS de Genève

 Le 4 décembre, notre premier article, titré « Le compte en Suisse du ministre du budget », révèle comment Jérôme Cahuzac a détenu un compte à l’UBS de Genève qu’il ne fermera qu’au tout début de l’année 2010, juste avant son élection à la présidence de la commission des finances de l’Assemblée nationale. Face au démenti catégorique du ministre et à l’annonce de poursuites en diffamation, nous publions le lendemain un enregistrement datant de la fin de l’année 2000 dans lequel M. Cahuzac s’explique avec son chargé d’affaires sur ce compte : « Ce qui m'embête, c'est que j'ai toujours un compte ouvert à l'UBS. Ça me fait chier d’avoir un compte ouvert là-bas, UBS, c’est quand même pas forcément la plus planquée des banques. »

En plus de cet enregistrement, plusieurs témoignages ont fait état de l’existence de ce compte et du déplacement à Genève, début 2010. « En privé, Jérôme Cahuzac affirme alors avoir “fait ce qu’il fallait” pour nettoyer ses secrets helvètes », précisions-nous dans notre premier article.

À ce jour, cet enregistrement, comme l’identité des deux personnes qui parlent, a été explicitement authentifié ou non démenti par plusieurs personnes :

Michel Gonelle. © (dr) Michel Gonelle. © (dr)
Par Michel Gonelle, le détenteur de cet enregistrement accidentel, à l’époque destinataire d’un appel téléphonique de M. Cahuzac. Cet ancien député de centre-droit et maire de Villeneuve-sur-Lot jusqu’en 2001, lorsqu’il fut battu par Jérôme Cahuzac, a contacté l’Élysée le 15 décembre pour certifier l’authenticité de l’enregistrement et expliciter les conditions dans lesquelles il fut réalisé (notre article ici). M. Gonelle dit aujourd’hui se tenir à la disposition de la justice si celle-ci se décide à ouvrir une enquête.

Par Hervé Dreyfus qui est, comme Mediapart l’a révélé, l’interlocuteur de M. Cahuzac dans cet enregistrement. Chargé d’affaires ou gestionnaire de fortune, M. Dreyfus n’a jamais démenti, commenté ou remis en cause nos informations sur son rôle auprès de M. Cahuzac, pas plus qu’il n’a contesté l’authenticité de l’enregistrement et l’identité des personnes présentes (notre enquête : Le gestionnaire de fortune qui sait tout).

Par Jérôme Cahuzac lui-même ! Le ministre du Budget, qui a déposé deux plaintes contre Mediapart, se garde de nous poursuivre pour faux ou usage de faux ou de poursuivre cet article du 5 décembre dans lequel nous avons mis en ligne l’enregistrement. Ayant livré quelques explications confuses à des confrères de France Inter pour expliquer que ce n’était pas lui qui parlait sur cet enregistrement, le ministre dit tout autre chose dans plusieurs mails à des collaborateurs. Jamais, il ne conteste l’authenticité de la bande et élude en évoquant « une mauvaise plaisanterie sortie du contexte » (le détail ici).

Enfin, il y a le cas Jean-Louis Bruguière et ses récentes explications données à Paris-Match. L’ancien magistrat antiterroriste, candidat UMP contre Jérôme Cahuzac en 2007, s’était vu transmettre l’enregistrement par Michel Gonelle. Affirmant ne pas l’avoir écouté et l’avoir détruit, Bruguière n’en dément ni l’existence, ni l’authenticité, ni le fait qu’il mettait en cause Jérôme Cahuzac. Il est vrai que Bruguière, « juge de la raison d'État », comme Mediapart l'a montré à propos de plusieurs de ses enquêtes (elles sont à retrouver ici), est d'une crédibilité incertaine.

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Cet article est exceptionnellement en accès libre. Vous pouvez ainsi aisément le partager avec vos amis. Pourquoi ? Parce que Mediapart est l'objet d'une campagne inhabituelle de dénigrement. De la part de responsables politiques, ce qui ne nous surprend guère. Mais aussi de collègues journalistes, ce qui nous interroge plus fortement. Un nouveau jeu est né, qui consiste à traquer les sources de Mediapart quand le secret des sources est justement au cœur du droit et de la possibilité d'informer.

Pour certains confrères non-abonnés, mais toujours prêts à commenter, mais aussi pour des lecteurs épisodiques de notre journal, nous mettons donc éléments et explications à portée de mains et de regard. Car « les preuves, les preuves, les preuves ! » comme s'est écriée récemment une journaliste de France Inter, sont là, aisément disponibles pour qui veut, en bonne foi, lire, écouter et comprendre.