Les «cahiers de doléances» des étrangers expulsés

Ce sont des documents exceptionnels. Les cahiers de doléances que nous publions ont été rédigés en décembre au centre de rétention du Mesnil-Amelot. Ils témoignent «de l'intérieur» des conditions d'interpellation et d'enfermement des étrangers en situation irrégulière. Depuis plusieurs mois, les troubles se multiplient dans les centres de rétention.

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Voilà plusieurs mois que le feu couve dans les centres de rétention administrative (CRA) où sont enfermés les étrangers en instance d'expulsion. La contestation, longtemps étouffée, prend des formes multiples, signe d'une exaspération croissante. Grèves de la faim, automutilations, débuts d'incendie, destruction des cartes d'identification, rassemblements silencieux, évasions: derrière les barbelés à Vincennes, au Mesnil-Amelot ou encore à Marseille, des sans-papiers prennent la parole, chacun à leur manière, quitte à se mettre en danger.

Leur objectif n'est pas seulement d'éviter d'être «reconduits à la frontière», selon le terme administratif, mais de dénoncer les conditions dans lesquelles ils ont été interpellés et sont enfermés. C'est le sens des cahiers de doléances que nous publions ici dans leur intégralité. Ils sont présentés en trois parties: des témoignages détaillés, des récits résumés et les doléances elles-mêmes. Plus qu'un assemblage de requêtes individuelles, il s'agit d'une adresse à l'Etat français et à ses citoyens. L'héritage de la Révolution française se lit dans la volonté de dénoncer des «situations d'injustices» en identifiant des récurrences dans les parcours des uns et des autres.

Le refus d'être «traités comme des délinquants»

Rédigé par un enseignant, Abou N'dianor, alors qu'il était «retenu» au CRA du Mesnil-Amelot en décembre 2007, ce texte a été lu au directeur du centre. Il est écrit à la main dans un style précis à plusieurs vitesses: d'abord travaillé, il laisse ensuite la place aux ratures et à la sténo, sans jamais perdre le fil du propos. Au travers des témoignages de ses co-retenus, Madira, Lassana, Laetitia ou encore Nabil, Abou N'dianor raconte l' «arbitraire» de leur arrestation «dans des préfectures, des hôtels de police, des mairies, dans les gares, dans les taxiphones». Il détaille les pratiques policières et judiciaires : des menottes aux «deux jours sans manger» dans les commissariats, les avocats commis d'office «incapables» de les défendre et les jugements «expéditifs».

Plus que de la dégradation matérielle des centres, il parle de l'état des «retenus»: celui-là est «désemparé et déprimé», cet autre a «l'impression d'être un prisonnier et surtout une victime de mesures politiques du gouvernement français». Les vingt-quatre doléances listées à la fin du document disent le refus d'être «traités comme des délinquants». Dans le sillage de ces cahiers, une lettre a été faxée «à tous les consuls» afin de les inciter à ne pas délivrer les laissez-passer nécessaires à l'expulsion effective des sans-papiers démunis de passeport.

Carine Fouteau

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