Dans le sud-est, les stratégies de l'UMP pour survivre face au FN

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  • ORANGE ET BOLLÈNE : l’empire de l’ex-FN Bompard

Dans le nord du département, ce sont les Bompard qui tiennent les rênes. Non plus avec l’étiquette du FN, dont le député et maire d’Orange a été exclu en 2005, mais avec celle de la Ligue du sud, sa propre formation. Jacques Bompard a été réélu à près de 60 % au premier tour, pour un quatrième mandat. À Bollène, à quelques kilomètres, sa femme Marie-Claude a manqué de peu sa réélection et arrive en tête avec plus de 49 %. Les Bompard ont aussi parachuté le fils cadet Yann pour soutenir une liste à Lapalud.

Dans ce « laboratoire », Bompard se vante d'avoir fait « le rassemblement de toutes les droites ». En se présentant sous l’étiquette « Union de la droite et du centre » aux législatives, il a réussi à faire signer une charte à plusieurs personnalités politiques, du centre à l'extrême droite. « Il leur dit : “Nous sommes le seul rempart au FN”, rapporte un conseiller général UMP, qui s'inquiète de l'influence des Bompard dans le nord du Vaucluse. Depuis le départ de Mariani, il n’y a plus un seul maire de droite dans cette circonscription. »

L'ex-FN Jacques Bompard, maire d'Orange depuis 1995 et député depuis 2012. © Reuters L'ex-FN Jacques Bompard, maire d'Orange depuis 1995 et député depuis 2012. © Reuters

Selon lui, on trouve deux catégories parmi les ex-UMP : « Ceux qui passent chez Bompard », comme Louis Driey, maire de Piolenc depuis 1995, devenu son suppléant, et « ceux qui ne sont pas officiellement avec lui, mais qui collaborent et font du Bompard sans le dire, comme Louis Biscarrat (qui brigue un cinquième mandat avec sa liste "Jonquières d’abord", ndlr) ou d’Alain Rochebonne (tête de liste de "Courthézon Avant tout", ndlr) ». « Beaucoup d’élus évacuent complètement l'UMP. Ils savent que, sans voix de gauche, ils ne seront pas élus au second tour. Leur cocktail gagnant, c’est l’hyper-proximité et la carte “je suis maire, au-dessus des partis, je cours les associations boulistes” », poursuit-il.

Mais parallèlement, Bompard joue un jeu astucieux avec Marion Maréchal-Le Pen. « FN et Ligue du sud réalisent des frappes chirurgicales », estime le même élu. L'objectif : tenter de s'emparer d'une première intercommunalité, celle d'Orange et Sorgues. À la clé, une manne financière – une capacité d’embauches, de distributions de subventions, d’investissements –, et la maîtrise des grands électeurs en vue des sénatoriales.

  • CARPENTRAS : les démarchages de Marion Maréchal-Le Pen

À Carpentras, tombée entre les mains des socialistes en 2008 après une quadrangulaire, les lignes sont mouvantes entre droite et extrême droite. Ici, le duo Bompard-Maréchal-Le Pen a déjà commencé à réorganiser les droites. Le candidat du Rassemblement bleu marine n’est autre qu’Hervé de Lépinau, numéro deux de la Ligue du sud mais aussi suppléant de la députée FN. Il s’était rallié aux législatives en échange de la tête de liste frontiste aux municipales. Avec 34,37 %, Lépinau a talonné dimanche le candidat socialiste (37,32 %) et écrasé l’UMP Julien Aubert (16,63 %).

Énarque de 35 ans élu député en 2012 après le retrait de la candidate frontiste, Julien Aubert a créé un “rassemblement bleu lavande” « avec la croix du RPR », pour concurrencer le FN. « Gaulliste »« eurosceptique », il veut ainsi « faire réfléchir les gens. On leur dit : “Est-ce que vous voulez un maire “rassemblement bleu marine” ou “bleu lavande”? Le RBM est une phase d’entrée vers le FN ».

Julien Aubert, candidat UMP à Carpentras et député du Vaucluse. © Flickr / Julien Aubert Julien Aubert, candidat UMP à Carpentras et député du Vaucluse. © Flickr / Julien Aubert

Jusque dans son propre camp, certains l'accusent de proposer un « FN light »« C’est un ovni, paradoxal, il se présente comme gaulliste mais il va jusqu’à l’extrême limite de la droite », commente un élu UMP. « Ce sont ces thèses proches du FN qui l’ont perdu, les gens préfèrent l’original à la copie », estime son adversaire Jean-Luc Becker, dissident divers droite soutenu par l'UDI. « À chaque fois que le FN touche un mot, on ne peut plus y toucher. Ils ont bougé la clôture, je la remets et je dis : “Je n’ai pas peur” », répond Aubert.

Éliminé au premier tour, Becker a perdu les deux tiers de ses voix de 2008, « ponctionnées par le FN ». Il n’a appelé à voter pour aucun candidat. Mais selon un UMP de Carpentras, ses partisans et lui feraient « voter discrètement pour le Rassemblement bleu marine » en expliquant « que voter pour Julien Aubert ne sert à rien » « Pendant la campagne, il a eu une neutralité bienveillante à l’égard du candidat RBM, des contacts ont été établis entre des colistiers des deux listes, certains penchent vers le FN. »

Le Canard enchaîné avait rapporté un déjeuner entre Maréchal-Le Pen et Becker, démenti par l’intéressé. Début mars, interrogé par LCP, il avait tenu des propos ambigus en annonçant « des alliances entre la droite républicaine et la droite intelligente » (voir la vidéo à 2’50)« L’idée, c’était de dire que quand la droite s’allie avec le FN, elle gagne, et pas l’UMP », estime l’UMP cité plus haut. Ce que réfute Jean-Luc Becker à Mediapart : « Je parlais de l’UMP, jamais je ne m’allierai avec le RBM. Si l’UMP avait eu une chance de gagner, j'aurais appelé à voter pour eux. Ce n’est pas le cas, j’ai laissé les électeurs libres. Comment voulez-vous prendre position entre le PS et le RBM ? »

Un conseiller général UMP du Vaucluse voit dans cette recomposition départementale le résultat du démarchage de Marion Maréchal-Le Pen auprès des candidats de droite et maires. « Elle fait la tournée des maires et leur dit :“Vous faites du bon boulot. Je n’ai pas vocation à vous mettre quelqu’un dans les pattes. Entendons-nous, prenez deux ou trois personnes de chez nous”. Même chez des maires de gauche ! » s’étonne cet élu, qui souligne la popularité de la benjamine Le Pen : « Ici, c’est cinq minutes d’attente pour la toucher, lui faire la bise, signer des autographes. »

À Apt, par exemple, elle aurait tenté, par un intermédiaire, de nouer une alliance avec la candidate UMP, qui a décliné la demande. Résultat : fin octobre, la députée annonçait le lancement d’une liste frontiste dans cette commune de 12 000 habitants. « Demain, s’ils prennent l’intercommunalité ou qu’ils font basculer le département, on va devoir faire avec eux », estime ce conseiller général.

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Jean-Christophe Ozil fut conseiller régional RPR du Languedoc-Roussillon dans la majorité de Jacques Blanc, réélu président du conseil régional en 1998, avec les 13 voix du FN, face à Georges Frêche. Il n'acceptera aucune vice-présidence et démissionnera lors de l'élection présidentielle de 2002, jugeant sa position « moralement intenable et politiquement ingérable ».