Les squatteurs de La Courneuve délogés jusque dans la rue

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190 adultes et 49 enfants squattaient des appartements d'une tour de La Courneuve vouée à la démolition. Expulsés, ils ont été empêchés par les policiers de camper dans la cité. «C'est la première fois qu'on voit une telle violence avec des femmes et des enfants», s'indigne Droit au logement (DAL).
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Ces images datent de mercredi dernier. Ce matin-là, les familles qui campent au bas de la tour Balzac à La Courneuve, en espérant être relogées après avoir été expulsées de la barre le 8 juillet, sont évacuées par les forces de police. A 9h, les CRS interviennent après avoir pris soin d'évacuer la seule journaliste présente sur place, une photographe de L'Humanité. «J'ai eu beau montrer ma carte de presse, deux policiers m'ont attrapée pour me mettre en dehors du périmètre d'intervention en m'expliquant qu'ils avaient des ordres, explique Francine Bajande. C'est la première fois qu'on m'empêche ainsi de faire mon travail.»

Au milieu de la zone d'intervention, une personne a toutefois réussi à filmer. Un CRS lui a cassé l'écran de sa caméra et a abîmé son matériel. Mais au bout de quelques jours, cette personne a réussi à récupérer une partie de sa bande, qu'elle a transmise à Mediapart.

 

Mercredi, le préfet de Seine-Saint-Denis, Christian Lambert, s'était félicité que cette intervention se soit déroulée «dans le calme» et «dans de bonnes conditions». Interrogée hier sur ces images montrant notamment un bébé traîné au sol et une femme enceinte évanouie au milieu de la foule, la préfecture explique: «Des sommations sont faites, si elles ne sont pas respectées, il y a infraction. Les effectifs de police présents procèdent alors à l'évacuation des lieux, et à l'interpellation des personnes concernées.»

Le DAL (droit au logement), pourtant habitué aux interventions de police, se dit choqué: «C'est la première fois qu'on voit une telle violence avec des femmes et des enfants, s'indigne Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de l'association. Cette fois, on a franchi un palier dans la répression. Il faut savoir que le DAL n'a jamais été violent. On se contente de sit-in et de campements. Et ces familles demandent juste un toit. Les méthodes du nouveau préfet sont inquiétantes. Si on laisse passer ça, ces méthodes vont s'appliquer à tous les autres. Nous demandons des poursuites contre les policiers et contre les donneurs d'ordre.»

La question se pose cependant de savoir ce que des femmes enceintes et des enfants faisaient au milieu d'un campement qui pouvait être évacué à tout moment. «C'est un combat collectif, répond Boubacar Touré, délégué des familles. On ne se sépare pas.» Le DAL s'interroge: «Ont-ils d'autres solutions? Ce sont des familles en errance.»

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