Police et délinquance : des objectifs chiffrés à la décimale près

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« Votre objectif devra se traduire par…»

Ce qui fut fait, comme l'atteste une «

«Note de service» «Note de service»
 » interne à Direction centrale de la sécurité publique, envoyée à tous les départements, en quelque sorte les détaillants, et que Mediapart s’est procurée.

 

Là encore, tout semble écrit à l’avance. Le bilan et ses explications : « Votre objectif devra se traduire […] par l’élucidation globale de 40% des crimes et délits et de 12% des infractions de proximité […]. Les cambriolages et les vols à la roulotte feront l’objet de déplacements de 100% pour les premiers et d’au moins 80% pour les seconds […] Un tableau de bord particulier à l’activité PTS (Police technique et scientifique, NDLR) est en cours de finalisation et vous sera prochainement communiqué […] L’utilisation de la PTS, la recherche de renseignements rémunérés et de témoignages sous x seront privilégiés dans la lutte contre les phénomènes de violences urbaines […] La lutte contre l’insécurité routière sera poursuivie par une augmentation de 5% du nombre d’heures fonctionnaires consacrées aux contrôles routiers […] Une progression de 5% des I.R.A.S (Infractions générées par l'activité des services, c’est-à-dire tous les délits constatés sans qu’ils aient fait l’objet d’une plainte, NDLR) semble tout à fait réaliste dans le domaine de la lutte contre le travail non déclaré, les trafics et usages de stupéfiants, notamment des infractions à caractère local, c’est-à-dire des trafics à l’échelle des secteurs et des quartiers.»

 


Dans ce même document, rédigé le 14 mars par le directeur central de la Sécurité publique, Eric Le Douaron, la couleur est également annoncée en matière de présence policière dans la rue pour les mois à venir. Celle-ci devra augmenter «d’au moins 5%». Pour y parvenir, plusieurs pistes sont offertes : «la lutte contre l’absentéisme médical» ou «la fermeture de bureaux de police non indispensables». Dans le monde des entreprises, cela porte un nom : la rationalisation.

 

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A son arrivée place Beauvau, en juillet 2002, l’actuel président de la République avait eu ces mots : «Les responsables de la police et de la gendarmerie devront travailler en fonction d'objectifs précis et seront évalués en permanence. De leurs résultats dépendra leur carrière.» Depuis, chaque année, la publication des chiffres de la délinquance est devenue un rituel, un moment fort du pays. Les bilans, à peine discutés, semblent aller de soi. Leur logique même, leur fabrication, sont finalement assez peu discutées. Le rouleau compresseur de l’évidence et des 20h triomphe. Les documents sur lesquels nous nous arrêtons semblent pourtant montrer qu’il y a matière à discuter. Le débat, entamé entre autres cet automne par les auteurs de Police – Des chiffres et des doutes, reste donc d'actualité. Plus que jamais.