Police et délinquance : des objectifs chiffrés à la décimale près

Par et
Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Gestion de stocks

La traduction locale de cette vision de plus en plus comptable du fait policier est réelle. Certains patrons de Direction départementale de la Sécurité publique n’ont d’ailleurs pas attendu les dernières orientations du ministère pour se plier à l’esprit d’entreprise de la maison Intérieur. Prenons celui de la Manche, Philippe Bourgade, qui a par exemple annoncé, dès le 2 janvier, la mise en place de «

Tableau de bord Tableau de bord
» au sein de ses services. Ceux-ci vont permettre de suivre à la trace le travail des policiers.

 

 

Le ton de la note explicative, dont Mediapart a obtenu copie complète, est digne d’un mémo de chef d’entreprise : «Toute gestion d’un service, quel qu’il soit, ne peut se faire à l’aveuglette et sans comparatifs référentiels», prévient le commissaire divisionnaire pour commencer. Qui enchaîne : «Tout manager ou chef de service se doit de disposer d’un tableau de bord évolutif afin de mieux analyser et comprendre les forces et les faiblesses de son service (…) Tout chef de service doit désormais rendre des comptes sur ses résultats

 

Un peu plus loin, ce patron local de la Sécurité publique concède qu’une telle démarche est encore peu habituelle dans la police : «Je suis très conscient que la tenue de ces tableaux représente une surcharge administrative non négligeable (…). Après la première période d’adaptation, je suis sûr que les mécanismes se mettront en place», dit-il, rassurant.

 

S’ensuivent onze pages de tableaux, pour l’heure encore non renseignés, où sera répertoriée bientôt toute l’activité policière du département. Brigade par brigade. Puis policier par policier (cf.

document document
). Avec, pour chacun d’entre eux, les «stocks» de dossiers mensuels, les plaintes traitées, les plaintes transmises (au procureur de la République, NDLR)... Dans le privé, cela aussi porte un nom : le «reporting».

 

 

Ainsi, la boucle est bouclée. D’un document l’autre, c’est donc bien la même logique qui court, depuis le sommet de la pyramide hiérarchique jusqu’au niveau du commissariat local ; du ministre au fonctionnaire, du PDG au salarié, si l’on peut dire. La logique d’une approche du tout-statistique, et de la délinquance et du travail policier.

 

Tableau de bord Tableau de bord

 

Si vous avez des informations à nous communiquer, vous pouvez nous contacter à l’adresse enquete@mediapart.fr. Si vous souhaitez adresser des documents en passant par une plateforme hautement sécurisée, vous pouvez vous connecter au site frenchleaks.fr.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale
A son arrivée place Beauvau, en juillet 2002, l’actuel président de la République avait eu ces mots : «Les responsables de la police et de la gendarmerie devront travailler en fonction d'objectifs précis et seront évalués en permanence. De leurs résultats dépendra leur carrière.» Depuis, chaque année, la publication des chiffres de la délinquance est devenue un rituel, un moment fort du pays. Les bilans, à peine discutés, semblent aller de soi. Leur logique même, leur fabrication, sont finalement assez peu discutées. Le rouleau compresseur de l’évidence et des 20h triomphe. Les documents sur lesquels nous nous arrêtons semblent pourtant montrer qu’il y a matière à discuter. Le débat, entamé entre autres cet automne par les auteurs de Police – Des chiffres et des doutes, reste donc d'actualité. Plus que jamais.