Le Maire (UMP): «On est dans une démocratie à bout de souffle»

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Même quand François Fillon affirme en octobre 2013 que les électeurs pourraient voter pour un candidat du FN aux élections municipales, à condition qu’il soit « le moins sectaire » ?

Chacun est libre de ses propos. Le vrai débat, c’est comment nous améliorons la chaîne pénale, l’intégration, l’emploi, les perspectives pour les jeunes. Quand vous voyez ce qu’était la ville de Forbach il y a vingt ans… Aujourd’hui, toutes les houillères ont fermé, il n’y a plus d’emplois, plus de possibilité pour les enfants de réussir. Il y a une immigration massive, liée à la demande de droit d’asile, qui aboutit à ce qu’on loge aux frais de l’État un certain nombre de demandeurs d’asile, notamment du Kosovo, avec de véritables filières, parfois mafieuses.

Que propose-t-on aux habitants de Forbach ? Les représentants du Front national apportent des réponses qui sont évidemment trop simplistes. Mais les citoyens ont été déçus. La droite n’a pas fait la politique qu’ils attendaient. Ils essaient maintenant la gauche et c’est calamiteux. François Hollande a cassé la France. Je n’ai jamais vu mon pays dans cet état, jamais. Alors certains veulent essayer le Front national.

Peut-on considérer que la droite d’aujourd’hui vote FN ?

Non ! Absolument pas ! Il y a énormément d’électeurs de gauche qui votent Front national. C’est pour ça que je refuse catégoriquement qu’on fasse le moindre procès à ma famille politique sur le sujet. Forbach et Hénin-Beaumont, c’est la gauche. Pourquoi le FN y fait-il des scores si importants ? Il est fort parce que nos solutions étaient trop faibles, notre capacité à écouter les électeurs, pas assez importante.

Alain Juppé vient d’être réélu triomphalement à Bordeaux. Est-il devenu incontournable pour 2017 ?

C’est une victoire magnifique et méritée. Alain Juppé n’avait absolument pas besoin d’une victoire municipale à Bordeaux pour jouer un rôle national. Il faut que nous puissions utiliser la diversité des talents à droite dès le lendemain du second tour. Alain Juppé fait évidemment partie de ces talents, comme Xavier Bertrand ou Nathalie Kosciusko-Morizet. Ne nous précipitons pas à vouloir définir un grand chef qui prendrait le pas sur tout le monde.

Notre responsable pour la prochaine élection présidentielle sera choisi par les primaires, qui ont été voulues par 95 % des militants de l’UMP. Ne sortons pas de ce cadre-là. Ces municipales prouvent que nous pouvons gagner des victoires électorales avec un parti bien organisé et un esprit collectif. Notre chemin de reconquête est clairement tracé.

Par quoi passera ce « chemin de reconquête » ?

D’abord par des victoires aux élections municipales. C’est évidemment la clef et il faut se battre jusqu’à dimanche, parce que la reconquête nationale passera par la reconquête locale. Ensuite, il y aura un certain nombre d’autres rendez-vous électoraux (européennes, régionales, sénatoriales) que nous devrons gagner. Il faut bien que nous comprenions que subsiste, dans beaucoup de coins du territoire, une exaspération légitime à laquelle nous n’avons pas répondu. Une partie des Français se sent délaissée, abandonnée, méprisée, négligée.

Vous estimez donc que la droite gouvernementale a mené jusque-là une mauvaise politique ?

Je dis surtout que la vraie réponse au Front national, c’est d’être capable de regarder les difficultés des gens et d’y apporter des réponses très concrètes. La politique doit reprendre ses droits sur la réalité.

Les responsables politiques doivent être capables de se remettre en cause. La vie politique fonctionne comme une caste. Elle n’est pas capable de se renouveler. J’ai fait un certain nombre de propositions et je pense qu’elles sont aujourd’hui indispensables pour redonner un peu de dignité à la démocratie française.

Ça passe par le non-cumul des mandats, la réduction du nombre d’élus locaux et de parlementaires, l’obligation de démission des hauts fonctionnaires quand ils font de la politique. Pour que nous retrouvions un peu de respectabilité. Respectabilité pour les politiques, efficacité dans le fonctionnement démocratique et écoute des gens. Avec tout ça, on pourra faire baisser le Front national.

Vous êtes favorable au non-cumul des mandats et pourtant, vous avez voté contre la loi.

La politique a besoin d’actes. Tous ces élus socialistes qui ont voté comme un seul homme le non-cumul des mandats et qui se présentent aujourd’hui en tête de liste, c’est incompréhensible pour les gens. Moi, j’ai fait un choix différent : j’ai commencé par me l’appliquer à moi-même à Évreux.

Je n’ai pas voté le non-cumul parce que j’estime que cette loi est totalement insuffisante, qu’il faut aller beaucoup plus loin. Mon geste concret, c’est d’avoir déposé une proposition de loi complète.

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L'entretien a eu lieu le mardi 25 mars. Bruno Le Maire a souhaité le relire, comme c'est le cas de l'écrasante majorité des responsables politiques. Le texte a été amendé par ses conseillers, notamment la partie concernant le leader de l'UMP.