Le Maire (UMP): «On est dans une démocratie à bout de souffle»

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Un an et demi après sa crise interne, l’UMP n’a toujours pas réussi à se relever. Ne désespérez-vous pas qu’elle y parvienne un jour ?

Nous avons bien progressé à ces élections municipales. Maintenant, il faut confirmer l’essai au second tour. Au-delà des succès d’Alain Juppé et de Jean-Claude Gaudin, je voudrais signaler les scores exceptionnels qui ont été faits par des jeunes de droite. Robin Réda à Juvisy, 22 ans, élu au premier tour dans une ville qui est à gauche depuis 60 ans, chapeau ! Alexandre Rassaërt, 40 % à Gisors, ville communiste depuis 37 ans. Michel Havard, qui met le maire de Lyon – soi-disant le meilleur maire de France – en ballottage pour la première fois.

Mais sur le plan national, le succès n'est pas si flagrant. Pourquoi l’UMP n’a-t-elle pas davantage bénéficié du recul du PS aux municipales ?

Il faut être lucide sur la situation de la droite en 2012. On n’a jamais été aussi faible depuis 1958. Interpréter la défaite de Nicolas Sarkozy comme le rejet d’un homme est une erreur d’analyse complète. C’est le point d’aboutissement d’un reflux de la droite, qui est engagé depuis des années et qui a commencé par les élections locales. On a perdu les villes, puis les départements, puis quasiment toutes les régions, et au bout du compte, nous avons perdu le Sénat.

Du coup, on a perdu les législatives et la présidentielle. 2012, année zéro. Tous ceux qui pensent qu’on va reconquérir le pouvoir du jour au lendemain, simplement parce que la gauche est nulle, se trompent. La nullité de la gauche profite à ceux qui n’ont jamais occupé le pouvoir et qui tiennent des propos simplistes : le Front national.

Notre reconquête sera forcément lente et difficile. Mais je suis plutôt satisfait par les résultats municipaux, parce que c’est la preuve qu’on commence à reprendre du terrain. Nous devons être capables d’avoir des idées radicalement nouvelles.

Vous faites de l’autorité l’un de vos principes forts. Or, depuis la guerre Copé/Fillon, les voix de l’UMP n’en finissent pas de dissoner. N’est-ce pas là la marque d’une crise d’autorité au sein de votre propre parti ?

La guerre des chefs a été un désastre dont nous mettons du temps à nous relever. Il faut que nous en tirions les conséquences pour nous dire que, désormais, personne ne peut prendre le moindre risque d’une nouvelle guerre des chefs.

L’autorité, ce n’est pas le culte du chef, ni celui des ordres, ni celui de quelqu’un qui va diriger tout le monde à la place des autres. L’autorité, c’est le respect, la dignité, l’exemplarité, le bon comportement. Le chemin sera encore long avant de retrouver de la crédibilité aux yeux des Français. La meilleure façon d’y parvenir, c’est de débattre sur le fond des idées, pas sur les personnes.

Mais lorsque l’UMP tente de débattre sur le fond des idées, comme ce fut le cas lors de la préparation de votre projet d’alternance, là encore, les critiques internes pleuvent.

Je souhaite que nous soyons tous moins critiques les uns vis-à-vis des autres et plus soucieux d’apporter des propositions. Il est beaucoup trop tôt pour présenter un vrai projet politique, mais il nous faut évidemment commencer à avancer des idées.

Les questions de société ont révélé de nouveaux désaccords profonds entre les différentes sensibilités de votre parti. Elles ont été écartées du projet d’alternance. L’UMP ne doit-elle pas prendre le temps de discuter de ces sujets ?

Il faut évidemment parler des sujets de société, mais il faut le faire calmement, en écoutant les uns et les autres et en faisant des propositions. Nous aurons forcément des différences sur ces sujets-là mais ce n’est pas la peine de s’invectiver ou de se critiquer.

J’ai pris, sur le mariage pour tous, une position minoritaire dans ma famille politique. Je l’assume totalement. Je pense que le mariage, et tout ce qui peut renforcer la stabilité des couples homosexuels, est une bonne chose. Je continue à défendre cette idée-là. En même temps, j’y mets une ligne rouge très claire : je suis opposé à la PMA, à la GPA et à tout ce qui donne l’impression que les enfants sont un droit.

Ne regrettez-vous pas qu’à droite, les questions de société soient aujourd’hui réduites à des caricatures telles que l’épisode du « Tous à poil ! » ?

Je regrette les polémiques sur ces sujets parce que j’estime que ce sont des sujets importants, même s’ils ne sont pas prioritaires. Pour moi, le sujet prioritaire, c’est l’emploi. Quant aux sujets de société, ce n’est pas entre nous qu’il faut en débattre, mais avec les Français. C’est ce que doit comprendre notre famille politique. Prenons le sujet de la fin de vie, un sujet douloureux que j’ai connu personnellement avec mon père. Est-ce qu’on accélère les choses ? Est-ce que le texte de Jean Leonetti est suffisant ? Est-ce qu’on rend les directives de fin de vie obligatoires, pour qu’on ne se retrouve pas dans le drame qu’on vient de connaître avec la famille Humbert ? Il faut permettre au plus grand nombre de Français de mourir dans la dignité, en ayant accès beaucoup plus largement à des unités de soins palliatifs.

Nombreux sont ceux, à l’UMP, à considérer Nicolas Sarkozy comme leur leader naturel.

Je doute que Nicolas Sarkozy se présente comme cela. Je crois au leader, je pense qu’on a besoin de quelqu’un pour pousser le pays, pour l’incarner. Mais ce leader, il sera choisi par les Français.

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L'entretien a eu lieu le mardi 25 mars. Bruno Le Maire a souhaité le relire, comme c'est le cas de l'écrasante majorité des responsables politiques. Le texte a été amendé par ses conseillers, notamment la partie concernant le leader de l'UMP.