Le Maire (UMP): «On est dans une démocratie à bout de souffle»

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Les affaires se sont multipliées à droite au cours des dernières semaines, mettant en difficulté votre famille politique et faisant resurgir ses querelles internes. N’est-il pas temps d’opérer un grand ménage au sein de l’UMP, comme certains le réclament déjà dans vos propres rangs ?

Non. Respectons le fonctionnement démocratique. Je fais totalement confiance à la justice française pour déterminer ce qui est condamnable et ce qui ne l’est pas. Si, à un moment donné, quoi que ce soit est condamné par la justice, dans ce cas-là, on en tirera les conséquences politiques.

Vous ne demanderez donc pas de comptes à Jean-François Copé au sujet de l’affaire Bygmalion, comme François Fillon souhaite le faire à l’issue des municipales ?

Je ne demande de comptes à personne. C’est à la justice d’établir la vérité des faits.

Vous avez déclaré que Nicolas Sarkozy « (était) et sera toujours un atout pour (votre) famille politique ». Or, jamais sous la Ve République, un système présidentiel n’avait été autant cerné par les affaires. Est-ce vraiment là un atout pour l’UMP ?

Nicolas Sarkozy reste un atout pour l’UMP. Ce que je souhaite, c’est que la justice puisse travailler dans la sérénité. Je suis profondément choqué par cette justice faite en direct, aux yeux de tous, sans respect du secret de l’instruction.

J’ai réagi sur la tribune de Nicolas Sarkozy en disant que je comprenais son indignation et sa colère parce qu’il a droit au secret de l’instruction. Je ne demande pas de traitement de faveur pour Nicolas Sarkozy. En démocratie, chacun est un justiciable comme un autre et je ne fais aucun procès aux juges. Je dis juste que cette procédure doit se dérouler dans le secret et le silence, pour remettre de la sérénité dans le débat public.

Je suis profondément choqué de la manière dont réagit le pouvoir en place, des mensonges de Madame Taubira, de la lâcheté de François Hollande qui est responsable et garant de l’indépendance de la justice, et qui devrait, à ce titre, réagir.

Les affaires Sarkozy sur lesquelles enquêtent les juges ne vous semblent-elles pas plus importantes que le simple fait de savoir si le gouvernement était au courant des écoutes un 26 février ou un 7 mars ?

Je ne suis pas d’accord avec cela. Ce qui décrédibilise la vie politique, c’est que tout ce qui devrait être secret est sur la place publique. Le garant de la sérénité et du fonctionnement de la justice, c’est le président de la République. Or sur ce sujet, comme sur tous les autres, François Hollande est en situation d’échec complet. Il n’assume pas ses responsabilités. Il n’y a plus de chef de l’État, c’est bien là le drame.

Vous avez la sensation que Nicolas Sarkozy garantissait la sérénité de la justice lorsqu’il était au pouvoir ?

C’est un autre sujet. Les propos que Nicolas Sarkozy a pu tenir sur les juges, ce ne sont pas les miens. C’est la même chose pour le “mur des cons” du syndicat de la magistrature. Quand je vous dis qu’il est indispensable que notre vie publique retrouve de la dignité, ça concerne tout le monde.

Vous prônez une rénovation démocratique. Doit-elle passer par une révision profonde de nos institutions ?

L’urgence n’est pas dans les institutions elles-mêmes, mais dans le fonctionnement politique que nous avons dans le cadre de ces institutions. Est-ce qu’on peut garder 577 députés ? Il y a urgence à les ramener à 400. Est-ce qu’on peut garder un fonctionnement parlementaire comme celui qui existe aujourd’hui ? Non. Est-ce qu’on peut garder autant d’élus locaux ? Il est urgent de diviser par deux leur nombre.

Est-ce qu’on peut garder la structure administrative qui existe aujourd’hui avec les départements, les régions, les communes, les intercommunalités ? Impossible. Il faut fusionner les départements et les régions, ramener le nombre de régions à une dizaine pour avoir des régions qui soient de la taille des régions européennes. Est-ce qu’on peut garder cette confusion scandaleuse dans une République entre la fonction publique et la politique ? La clef de la fonction publique, c’est l’indépendance vis-à-vis du pouvoir politique. Je demande que tous les hauts fonctionnaires démissionnent de la fonction publique quand ils deviennent députés ou sénateurs.

Je rappelle d’ailleurs qu’en Grande-Bretagne, si vous voulez entrer à la chambre des communes et que vous êtes membre de la haute fonction publique britannique, vous devez démissionner avant de vous présenter.

Comment définiriez-vous cette rénovation démocratique ?

La rénovation démocratique, c’est imposer des règles aux responsables politiques pour avoir un fonctionnement qui soit plus digne. Remettre de la dignité dans le débat politique avec ce que j’ai déjà proposé. Le non-cumul des mandats, bien sûr, mais aussi la limitation à trois du nombre de mandats nationaux successifs. Les jeunes ont envie de s’engager en politique, ils ont soif de politique. Ce n’est pas vrai qu’ils en sont dégoûtés, ils voudraient simplement en faire eux-mêmes, mais ils en sont privés. Limitez dans la durée le nombre de mandats et interdisez le cumul, vous verrez tout d’un coup la place que cela fera aux jeunes !

Ensuite, effectivement, on pourra réfléchir à la question des institutions. Le rôle du premier ministre, l’équilibre entre le pouvoir parlementaire et le pouvoir exécutif, les prérogatives du président de la République... On est dans une démocratie à bout de souffle, dont le fonctionnement ressemble étrangement et scandaleusement à celui d’une monarchie.

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L'entretien a eu lieu le mardi 25 mars. Bruno Le Maire a souhaité le relire, comme c'est le cas de l'écrasante majorité des responsables politiques. Le texte a été amendé par ses conseillers, notamment la partie concernant le leader de l'UMP.