Soupçons d’emplois fictifs au FN: l’ex-assistant de Nicolas Bay mis en examen

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Selon nos informations, Timothée Houssin, l’ex-collaborateur de l’eurodéputé Nicolas Bay, a été mis en examen pour « recel d’abus de confiance » dans l’affaire des assistants parlementaires du FN. Il s’agit de la neuvième mise en examen dans ce dossier.

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Il fut l’assistant parlementaire de l’eurodéputé Nicolas Bay, qui co-préside aujourd’hui le groupe du FN au Parlement européen. Selon nos informations, Timothée Houssin a été mis en examen le 20 mars pour « recel d’abus de confiance » dans l’enquête sur les soupçons d’emplois fictifs visant le parti frontiste. 

Il s’agit de la neuvième mise en examen dans ce dossier, après celle du Front national lui-même, de trois eurodéputés (Marine Le Pen, Louis Aliot, Marie-Christine Boutonnet) et quatre assistants (Catherine Griset, Charles Hourcade, Laurent Salles, Loup Viallet).

Ce cadre de 29 ans fut, de juillet 2014 à fin janvier 2015, l’attaché parlementaire local de Nicolas Bay. En novembre 2014, lorsque celui-ci est nommé secrétaire général du FN, Timothée Houssin intègre officiellement son équipe, d’après l’organigramme officiel : le jeune homme y apparaît comme adjoint de la secrétaire nationale aux fédérations, sous l’autorité de Bay. Élu conseiller régional de Normandie fin 2015, candidat aux élections législatives dans l’Eure en 2017, il est aujourd’hui à la tête du Front national dans ce département.

« Il était mon assistant parlementaire local à temps plein, mais il était aussi militant politique pendant cette période, il était impliqué dans la vie du Front national, et il avait parfaitement droit de l’être », réagit Nicolas Bay, interrogé par Mediapart. L’eurodéputé assure que son collaborateur n’a intégré son équipe au siège du FN qu’à l’issue de son contrat auprès du Parlement européen. Les juges, eux, s’interrogent sur la réalité de son travail d’assistant parlementaire. En février 2016, l’assistant figurait déjà dans une première liste de onze cas « susceptibles de présenter un caractère opportun à la démonstration du système frauduleux dénoncé », selon les enquêteurs.

Nicolas Bay, eurodéputé et vice-président du FN © Reuters Nicolas Bay, eurodéputé et vice-président du FN © Reuters

Dans cette enquête, ouverte en mars 2015, les juges examinent les cas de dix-sept eurodéputés et d’une quarantaine de collaborateurs. Les magistrats soupçonnent le Front national d’avoir organisé un système de financement détourné du parti à travers l’enveloppe européenne octroyée aux eurodéputés pour embaucher des assistants. Une information judiciaire pour « abus de confiance », « recel d’abus de confiance », « escroquerie en bande organisée », « faux et usage de faux » et « travail dissimulé » a été ouverte en décembre 2016. 

En septembre 2017, trois piliers de la machine frontiste au Parlement européen ont été entendus par les enquêteurs : le trésorier du parti, Wallerand de Saint-Just, le comptable attitré du Front national, Nicolas Crochet, et un comptable fiscaliste belge, Charles Van Houtte. Cet ex-assistant parlementaire de Marine Le Pen, devenu en 2015 l’administrateur du groupe du FN au Parlement européen, Europe des nations et des libertés (ENL), a tour à tour géré les contrats des assistants, des prestataires, les recrutements et les finances, en lien direct avec l’administration du Parlement. Avant d’être écarté du groupe ENL en septembre (lire notre enquête).

Dans sa boîte mail, et celles des cabinets comptables travaillant pour le FN, les enquêteurs ont retrouvé des tableaux de ventilation des crédits européens. Ces documents semblent dessiner un système à grande échelle qu’aurait mis en place le Front national dans l’optique de maximiser les enveloppes européennes allouées à chaque eurodéputé pour embaucher des assistants.

« Si j’ai écrit quelque chose, c’est que j’ai reçu instruction de le faire, soit de Jean-Marie Le Pen, soit de Marine Le Pen », a déclaré aux enquêteurs Charles Van Houtte, comme l’a relaté Le Monde. « Effectivement, un système de gestion collective a été mis en place, mais pas dans le but que vous me citez, a toutefois précisé le comptable belge. À mon niveau, j’impute des sommes correspondant à des salaires dans des budgets. Moi, je ne sais pas si la stratégie est d’avoir des emplois fictifs. Je ne connais pas tout le monde et ne sais pas si leur travail a bien été effectué. »

Au cœur de l’enquête se trouvent aussi des mails très évocateurs. Dans l’un d’euxenvoyé à Marine Le Pen le 16 juin 2014, le trésorier du FN s’inquiète des dépenses du parti, qui sont « mensuellement de 100 000 euros plus élevées que prévu ». Il propose une solution : faire « des économies importantes grâce au Parlement européen ». Quelques semaines plus tard, une soixantaine d’assistants seront répartis auprès des vingt-trois eurodéputés frontistes.

Depuis le début de cette affaire, Marine Le Pen « conteste fermement » toutes les accusations. « Le travail des attachés parlementaires n’est nullement fictif », a souligné la présidente du FN dans sa déclaration aux juges, le 30 juin 2017. Tout en assumant que les assistants frontistes aient « travaillé sur [ses] instructions à des tâches politiques » « Lorsqu’[ils] n’étaient pas strictement occupés à des tâches parlementaires, ils pouvaient à la demande de leur député travailler pour le parti. »

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