Le «Pourquoi pas elle?» des retraités fillonistes des Sables-d’Olonne

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Dans la cité balnéaire de Vendée, qui a ravi à Nice le titre de ville la plus âgée de France, Fillon est arrivé très largement en tête du premier tour. Les électeurs de droite s'y disent désemparés pour le second. En phase avec le FN sur bien des points, ils s’inquiètent surtout de la sortie de l’euro. 

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Les Sables-d'Olonne (Vendée), envoyée spéciale.-  « Vous appelez ça une élection, vous ? Tout a été fomenté par Hollande et son dauphin Macron ! » Bob vissé sur la tête, l’homme claudique un peu. Plus encore que l’âge sans doute, la colère le fait trembler de tout son long. « S’il passe, je peux vous dire que ce sera la révolution ! » s’emporte celui qui s’offusque qu’on lui demande pour qui il votera au second tour. « Ça ne vous regarde pas ! » peste-t-il en tournant brutalement les talons.

Aux Sables-d’Olonne, François Fillon a fait près du double de son score national : 35,7 % des voix. Dans cette ville balnéaire de Vendée, qui a récemment ravi à Nice le titre de la ville la plus âgée de France, les électeurs de droite sont amers. La défaite de leur candidat est difficile à digérer. « Ils ont tellement tourné la soupe : il ne reste que des croûtons ! » résume Cathy, dégoûtée par ce scrutin où « le meilleur candidat » n’a pas réussi à passer la barre du premier tour.

Pour le maire divers droite, Didier Gallot, ce vote filloniste s’explique avant tout par le profil sociologique de la ville. « Ce sont des retraités de la classe moyenne avec un petit patrimoine », explique cet électron libre qui a donné son parrainage – et son vote du premier tour – à Nicolas Dupont-Aignan. Traditionnellement à droite, la ville a, comme dans tout l’Ouest, donné très peu de voix à la candidate du FN (13 %). Macron a, lui, fait un bon score avec 27 % des voix. Pourtant en Vendée, on n’est pas ici chez les Chouans.

« Le littoral est plutôt républicain. On n’est pas dans le bocage ici », précise Freddy Roy, chargé des quartiers dans la ville. Les retraités qui peuplent pour plus de la moitié la ville viennent profiter du climat et des bienfaits de la mer. « Nous avons ici beaucoup de veuves avec de petites pensions de reversion et des familles décomposées (sic) qu’il faut parfois aider », souligne de son côté la première adjointe, Brigitte Tesson, qui rappelle que ses administrés ne font pas vraiment partie de la grande bourgeoisie.

Un groupe de retraités aux Sables-d'Olonne © LD Un groupe de retraités aux Sables-d'Olonne © LD

Quelques jours seulement après l’éviction de leur candidat, beaucoup des électeurs séduits par Fillon assurent qu’ils n’ont pas encore fait leur choix pour le second tour.

Nombreux sont ceux qui, exaspérés, refusent de répondre. « Le Vendéen est discret, il agit dans les urnes », ajoute Brigitte Tesson, qui en tant que médecin de ville précise que ses patients lui ont finalement bien peu parlé de politique ces derniers mois. Avec l’avalanche d’affaires autour de leur candidat, mieux valait parler d’autre chose.

« Ah non, ras-le-bol ! Je n’ai rien à dire sur la politique ! » lance un homme en s’éloignant. Anne, qui tient une boutique de vêtements professionnels dans le centre-ville, compatit. « Ici, les pro-Fillon sont devenus plus sectaires que les lepénistes. Fallait les entendre ces dernières semaines : ils étaient tellement convaincus que tout ça c’était un complot. À mon avis, ils vont vouloir se venger au second tour », craint celle qui voit défiler toutes sortes de corps de métiers, « des plombiers, des patrons de restaurants ». Elle votera Macron comme au premier tour mais redoute un fort report des fillonistes de la ville vers le FN.

« Les électeurs de droite ont de quoi être perdus ! Vous avez une candidate dont le parti a été diabolisé pendant des années et en face un inconnu ! », justifie le maire, que les débats à droite sur l’opportunité d’un front républicain laissent indifférent. « Moi, de toute façon, je ne voterai pas Macron. Il représente à peu près tout ce que je déteste : la finance, les lobbys. Et puis quand on voit ses soutiens : le PS, Gattaz, Parisot… ça me suffit ! Ce sera nul, blanc ou Le Pen. Je ne vous le dirai pas ! » L’édile s’est fendu d’un édito au lance-flammes contre Macron dans le dernier journal municipal qui laisse en effet assez peu de place au doute : tout sauf Macron. Cet ancien magistrat, ami de Patrick Buisson et proche du défunt et très villiériste juge Jean-Pierre, reste néanmoins lucide sur son pouvoir de prescription.

Georgette, Maïté et Henri près du marché © LD Georgette, Maïté et Henri près du marché © LD

« Fillon, c’est mon copain. Mais là, faut que je réfléchisse », prévient d’ailleurs Georgette, 88 ans rencontrée à proximité du marché Arago. Une chose est sûre, elle n’en discutera pas avec ses petits-enfants. « Je n’ai pas les mêmes idées qu’eux, c’est pas la peine. » Elle en est encore à ressasser la défaite du candidat de la droite : « Un gars comme ça, il faisait solide. On lui faisait confiance et puis il nous a un peu déçus quand même », explique celle pour qui il sera bien difficile de voter pour le candidat d’En Marche! « Un petit personnage imbu de sa personne », souffle son amie Maïté. Entre lui et « Marine », elle s’interroge : « Pourquoi pas elle après tout ? » 

L’appel des ténors de la droite à faire barrage à la candidate du Front national le 7 mai prochain agace bon nombre des électeurs rencontrés. « Les consignes, je m’en fiche. Je fais ce que je veux », lance ainsi Anne-Marie, « catholique pratiquante » récemment retraitée du commerce, qui avoue avoir très mal vécu cette campagne. « Quand toutes ces affaires sont sorties, j’ai pensé ne pas aller voter. Il y avait vraiment trop d’histoires. Pourtant, je trouve que Fillon était le seul qui avait la stature pour être président », affirme-t-elle. Aucune idée pour l’instant de ce qu’elle fera au second tour. « C’est encore trop récent. Je vais voir leurs programmes. » Pas de digue infranchissable contre l’extrême droite puisqu’elle a déjà voté Marine Le Pen à la précédente présidentielle, « en protestation », précise-t-elle, avant d’ajouter : « Mais j’ai pas trop envie quand même de revenir au franc ! »

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