Au cœur du scandale de l'UIMM (1/5) -107 ans de manœuvres et d'intrigues

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L'UIMM, une hydre patronale

 

Depuis la révélation de l'affaire, l'UIMM a entamé un grand ménage. Les hommes de DGS sont partis. Laurence Parisot, la présidente du Medef, premier chef de file des patrons à ne pas avoir été adoubé par les barons de la métallurgie, en a profité pour crier haro sur la vieille garde, et s'ériger en pasionaria d'un patronat qui lave plus blanc que blanc. Mais le grand déballage se fait encore attendre. Et Laurence Parisot n'est pas près, comme elle en rêve, de mettre au pas l'UIMM.

 

Etat dans l'Etat du patronat, forteresse secrète, l'UIMM est une hydre à plusieurs têtes. Un lobby patronal puissant qui, malgré sa détestation de l'Etat et des syndicats gênants et sa capacité à faire passer auprès des parlementaires des amendements qui lui sont favorables, a contribué à créer des normes sociales. Un expert social de premier plan qui décrypte l'économie à coup d'études fouillées. Une organisation anticommuniste qui a financé foule de campagnes électorales et d'officines pour contrer les «rouges». Si l'on osait : quasiment une institution de la République...

 

 

Le comité des Forges © RogerViollet Le comité des Forges © RogerViollet
L'Union des industries métallurgiques et minières est créée en 1901, en pleine révolution industrielle. La CGT vient de naître (six ans plus tôt). Les grèves se multiplient. Et le socialisme déboule dans l'arène politique. «En 1899, le gouvernement Waldeck-Rousseau, dont le ministre du travail est le socialiste Alexandre Millerand, propose de mettre en place des comités du travail où siégeraient patrons et ouvriers sous l'arbitrage de l'Etat», raconte l'historienne Danièle Fraboulet, auteur d'un ouvrage qui retrace l'histoire de l'UIMM jusqu'en 1950 (Quand les patrons s'organisent... voir sous l'onglet Prolonger). C'en est trop pour les patrons de la métallurgie. Ils veulent rester maîtres chez eux. Pour imposer leurs vue, ils décident de créer un lobby de combat, plus offensif que le Comité des Forges, ce club de notables un peu compassé (photo) où siègent depuis 1864 les grands patrons de la sidérurgie, les Schneider et autres Wendel.

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A sa révélation en septembre 2007, l'affaire de la "caisse noire" de l'UIMM a sonné comme un coup de tonnerre dans le ciel économique, social et politique français. Ainsi, la plus puissante fédération patronale du pays -la métallurgie- dont le secteur représente chaque année un chiffre d'affaires de 380 milliards d'euros, a mis en place il y a trente ans un vaste système de retrait d'argent en liquide pour «fluidifier» la vie sociale, selon le mot de Denis Gautier-Sauvgnac, l'ancien président de l'UIMM! Imaginons un instant ces hauts dignitaires patronaux, héritiers directs du très artistocratique Comité des forges, aller retirer des liasses de billets pour "arroser" la vie publique... C'est digne d'un polar aux couleurs sépia. Mediapart, qui enquête depuis plusieurs mois sur l'affaire, a décidé de lui consacrer une série en cinq volets.