Au cœur du scandale de l'UIMM (1/5) -107 ans de manœuvres et d'intrigues

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Contrer les «rouges»

 

Sa philosophie est inspirée du catholicisme social de Frédéric le Play : s'il bénéficie de quelques assurances contre les aléas de la vie et du travail, un ouvrier produira beaucoup et revendiquera peu. Très tôt, avant le législateur, les patrons de la métallurgie créent donc des caisses de retraite, de prévoyance, des fonds contre la tuberculose ou des systèmes d'allocations familiales.

 

Adeptes des enquêtes de terrain, l'UIMM est friande de sondages et d'études. Elle connaît tout. Le point de vue de ses adhérents sur n'importe quel débat qui les concerne, comme la journée de huit heures, adoptée contre son gré en 1919; l'état de l'ennemi cégétiste, dont elle admire l'organisation très structurée... apparemment jusqu'à envoyer des taupes pour obtenir les délibérations des plus hautes instances du syndicat avant la Seconde guerre mondiale, archivées avec soin dans les archives de l'UIMM !

 

 

Vivier de juristes capés, de lobbyistes brillants formés, comme les ministres, sur les bancs des plus grandes écoles de la République, l'UIMM suit les débats à l'assemblée, rédige des amendements qu'elle fait porter par des parlementaires à sa solde. En 1936, c'est avec son ancien collègue du Conseil d'Etat, le délégué général de l'UIMM et du Comité des Forges Alfred Lambert-Ribot, que le président du Conseil Léon Blum (photo) négocie l'Accord Matignon, les 40 heures et les congés payés.


Au sortir de la Deuxième guerre mondiale et d'une collaboration dont de nombreux patrons de la métallurgie se sont accomodés, comme le montre Danièle Fraboulet, l'UIMM retrouve toute sa puissance d'avant-guerre. Ses présidents font la pluie et le beau temps au CNPF, l'ancêtre du Medef. Toujours opposée à l'interventionnisme de l'Etat, l'UIMM se mue en garant du paritarisme et de la politique contractuelle.

 


Cette légende dorée ne saurait en occulter une autre, plus sombre, plus secrète aussi, presque souterraine : les efforts déployés depuis un siècle par le patronat de la métallurgie pour détourner les travailleurs du collectivisme, des rouges, bref de l'influence communiste.

 

Avant la guerre, les industriels de l'UIMM possèdent une myriade de journaux grâce auxquels ils comptent influencer les esprits. Ils diffusent à leurs ouvriers des fascicules illustrés dénonçant, par exemple, les affres de la «vie ouvrière en Russie». Et, déjà, ils financent des partis politiques, comme le raconte Danièle Fraboulet. L'UIMM possède alors déjà un compte à la banque Mirabeau, où les industriels qui souhaitent financer des candidats peuvent déposer leur obole. (durée de l'entretien audio : 1'10)

 

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A sa révélation en septembre 2007, l'affaire de la "caisse noire" de l'UIMM a sonné comme un coup de tonnerre dans le ciel économique, social et politique français. Ainsi, la plus puissante fédération patronale du pays -la métallurgie- dont le secteur représente chaque année un chiffre d'affaires de 380 milliards d'euros, a mis en place il y a trente ans un vaste système de retrait d'argent en liquide pour «fluidifier» la vie sociale, selon le mot de Denis Gautier-Sauvgnac, l'ancien président de l'UIMM! Imaginons un instant ces hauts dignitaires patronaux, héritiers directs du très artistocratique Comité des forges, aller retirer des liasses de billets pour "arroser" la vie publique... C'est digne d'un polar aux couleurs sépia. Mediapart, qui enquête depuis plusieurs mois sur l'affaire, a décidé de lui consacrer une série en cinq volets.