Au cœur du scandale de l'UIMM (1/5) -107 ans de manœuvres et d'intrigues

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Un magot très conséquent

 

Avec la Guerre froide, l'UIMM devient une machine de guerre anticommuniste. Elle finance des officines, des instituts d'étude proches de l'extrême-droite. Jusqu'à la loi de 1988 sur le financement des partis politiques, elle aide massivement la droite. En 1978, les journalistes Nicolas Brimo et Claude Angeli, du Canard Enchaîné, révèlent, dans Les Dossiers confidentiels du patronat une note où l'UIMM détaille les aides fournies aux candidats de droite pour les législatives de 1973 : «8.810.000 exemplaires de journaux et revues, 2.000.000 d'affiches» et autant de tracts, de bandeaux et de papillons; des spots dans les radios périphériques, type Europe 1 ou RTL, des films pour les candidats... et même des séances de media training pour certains candidats, comme Alain Griotteray ou le centriste Bernard Stasi, qui fut par la suite médiateur de la République. En 1974, la campagne de Valéry Giscard d'Estaing a également été soutenue par l'UIMM, via des groupuscules d'extrême-droite, le Gud ou Occident.

 

L'UIMM a les moyens. Dès 1907, elle a créé une caisse mutuelle d'entr'aide, en principe destinée à rembourser les frais généraux de ses adhérents «victimes» de grève. Danièle Fraboulet raconte (durée : 1'25)

 

 

 


En 1972, François Ceyrac, alors président de l'UIMM (il sera ensuite président du CNPF jusqu'en 1981, photo) réorganise la caisse. Les grèves se multiplient alors dans le reste de l'Europe, et les patrons français craignent la contagion, comme le montre cette note confidentielle, publiée par L'Humanité en mars 2008. «Ceyrac décide de rénover la fameuse caisse d'assurance contre le chômage -son nom officiel, ndlr. Il crée l'Epim, l'Entraide professionnelle des métiers de la métallurgie, et décide d'augmenter les cotisations qui équivaudront désormais à 2% des salaires bruts», explique Danièle Fraboulet. (durée : 1'29)

 

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A sa révélation en septembre 2007, l'affaire de la "caisse noire" de l'UIMM a sonné comme un coup de tonnerre dans le ciel économique, social et politique français. Ainsi, la plus puissante fédération patronale du pays -la métallurgie- dont le secteur représente chaque année un chiffre d'affaires de 380 milliards d'euros, a mis en place il y a trente ans un vaste système de retrait d'argent en liquide pour «fluidifier» la vie sociale, selon le mot de Denis Gautier-Sauvgnac, l'ancien président de l'UIMM! Imaginons un instant ces hauts dignitaires patronaux, héritiers directs du très artistocratique Comité des forges, aller retirer des liasses de billets pour "arroser" la vie publique... C'est digne d'un polar aux couleurs sépia. Mediapart, qui enquête depuis plusieurs mois sur l'affaire, a décidé de lui consacrer une série en cinq volets.