Au cœur du scandale de l'UIMM (1/5) -107 ans de manœuvres et d'intrigues

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Avec les syndicats, des relations très spéciales

 

«En cas de grève, l’UIMM reverse 60% de la masse salariale», précise Danièle Fraboulet. Le magot enfle à vue d’œil, car les nouveaux statuts de l’Epim n’obligent plus à reverser aux adhérents les sommes non dépensées en fin d’année. En 1973, l’Humanité parle de 50 millions de FF. En 1982, on apprend au détour d’un débat à l’Assemblée nationale que la fameuse caisse est évaluée à «18 milliards de centimes», soit 180 millions de FF, d’après un document retrouvé par Mediapart dans les archives de l’Assemblée nationale.

 

 

Ce magot aurait-il servi à financer des syndicats? Les grandes centrales s'en défendent. Certaines avec plus de vigueur que d'autres. Depuis plusieurs décennies, l'UIMM a tissé avec FO (scission de la CGT financée dès sa création par la CIA, c'est désormais un fait établi), la CGC (les cadres sont réputés partager ses points de vue) et la CFTC (syndicat catholique) des relations très étroites.

 

 

Dès 1978, Brimo et Angeli publient des documents dans lesquels l'UIMM estime qu'il faut «renforcer» la CGC et «apport[er] des moyens financiers» à FO. Dans l'automobile, un des bastions de l'UIMM, des syndicats jaunes téléguidés par la direction font le coup de poing contre les grèves. C'est le cas dans l'usine Simca de Poissy, dès les années 1950, où la Confédération française du travail (CFT) devient le premier syndicat, comme le racontent les historiens Nicolas Hatzfeld et Jean-Louis Loubet. Rebaptisée CSL, elle ne se sabordera qu'en 2002. En incitant ses membres à voter pour les listes FO aux élections prud'hommales! «Il fallait bien rembourser les voitures cassées de ceux qui s'opposaient aux grèves», expliquait, récemment, Dominique de Calan, ancien bras droit de DGS à l'UIMM, à un syndicaliste qui lui demandait de préciser ce que celui-ci entendait par «fluidification» des relations sociales...

 

Un an après, la suspicion plane toujours sur le dialogue social. L'UIMM à genoux, Laurence Parisot en profite pour pousser sa vision des relations sociales. L'ère des élégants du patronat, tenants du paternalisme d'antan, semble proche de sa fin. On peut penser ce qu'on veut de ces négociations de couloirs, de ces arrangements secrets, de ces circulations de billets sous le manteau. Malgré ses manœuvres, grâce à sa puissance, l'UIMM apparaissait, paradoxalement, comme le meilleur garant du paritarisme, cette forme de travail en commun qui permet au patronat et aux syndicats de diriger à tour de rôle l'assurance-chômage ou les retraites. Rien ne dit que demain, les relations sociales basées sur le gré à gré ou la négociation entreprise par entreprise, que prônent le Medef, feront davantage le bonheur des salariés.

 

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A sa révélation en septembre 2007, l'affaire de la "caisse noire" de l'UIMM a sonné comme un coup de tonnerre dans le ciel économique, social et politique français. Ainsi, la plus puissante fédération patronale du pays -la métallurgie- dont le secteur représente chaque année un chiffre d'affaires de 380 milliards d'euros, a mis en place il y a trente ans un vaste système de retrait d'argent en liquide pour «fluidifier» la vie sociale, selon le mot de Denis Gautier-Sauvgnac, l'ancien président de l'UIMM! Imaginons un instant ces hauts dignitaires patronaux, héritiers directs du très artistocratique Comité des forges, aller retirer des liasses de billets pour "arroser" la vie publique... C'est digne d'un polar aux couleurs sépia. Mediapart, qui enquête depuis plusieurs mois sur l'affaire, a décidé de lui consacrer une série en cinq volets.