A Saint-Denis, le PCF n’en a pas fini avec les socialistes

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Prise de conscience et ralliement

Dans son bureau au quatrième étage de l’hôtel de ville, Didier Paillard a « tiré plusieurs leçons de sa campagne », et notamment de sa soixantaine de réunions d’appartement. Il dit avoir pris conscience que le communisme municipal est devenu « trop distant ». « Les gens veulent plus voir le maire, mais le village est grand », sourit-il. Il dit vouloir désormais « davantage d'élus en lien avec des quartiers, plutôt qu’avec des délégations », ou « faire émerger des coopérateurs de quartier, pour construire une meilleure disponibilité vis-à-vis des habitants ».

Didier Paillard, le 28 mars 2014, à Saint-Denis © Nicolas Serve Didier Paillard, le 28 mars 2014, à Saint-Denis © Nicolas Serve

Durant la campagne, le municipalisme communiste a su renouer avec ses réseaux dans les quartiers les plus populaires, où il avait perdu beaucoup d’audience lors des derniers scrutins, au profit de Hanotin. Au premier tour, avec une très faible participation, Paillard est repassé en tête dans ces bureaux de vote. « On a retrouvé nos voix. Pas lui », résume Stéphane Peu. Selon l’adjoint de Paillard, et président de l’office HLM de l’agglo Plaine-commune, le contexte national n’y serait pas étranger. « J’ai été frappé dans les porte-à-porte par les inquiétudes des gens liées à l’austérité. Le gel des APL (aides pour le logement - ndlr) est revenu très souvent dans les discussions. »

Ce jeudi en fin de journée, le maire vient à la rencontre d’une association de femmes du quartier des Francs-Moisins. Face à un public plutôt conquis, mais qu’il convient de mobiliser, Paillard promet de « construire une nouvelle complicité » avec la population, et appelle son auditoire à « être intransigeant pour que nous ne nous enfermions pas dans une tour d’ivoire ».

Son adversaire, il l’évoque à travers Hollande ou le Grand-Paris, quand il remarque que « rien n’a changé depuis l’élection du président et du député », autrement nommés « les deux H ». Il évoque aussi son « combat » pour que « les populations ne soient pas rejetées plus loin », ce qui serait la marque de « la métropole voulue par Claude Bartolone », à laquelle il oppose son ambition de construire 1 200 logements sociaux par an désormais (contre 1 000 actuellement). Quand un habitant se plaint de « TF1 et M6, à cause de qui nous serons toujours considérés par les employeurs comme des brigands », une co-listière de Paillard rebondit : « C’est aussi ce que disent les socialistes dans leur propagande… Pensez à ce qui va se passer si Hanotin passe. » 

Militant du PCF, le 28 mars 2014 à Saint-Denis © Nicolas Serve Militant du PCF, le 28 mars 2014 à Saint-Denis © Nicolas Serve

Le ralliement de Georges Sali a rassuré Paillard et les siens. Même si celui-ci a toutefois préféré ne pas figurer sur la liste communiste (« pour ne pas donner le sentiment d’aller à la soupe, et puis au bout de 25 ans, je commence à en avoir marre d’être élu municipal »), et que la fusion a entraîné un léger accroc avec la mise à l’écart des candidats du parti de gauche (PG), dont le poids est faible dans la ville mais qui ont appelé à voter blanc. « Ils ont voulu jouer au bras de fer, alors qu’il ne restait que quelques minutes pour déposer la liste, soupire un cadre communiste. Ils ont joué aux cons… mais la fédération du PG 93 nous soutient. » « Et puis, ici, c’est nous qui occupons le terrain idéologique du PG », fait remarquer Sali.

Désormais, les communistes peuvent espérer compter sur ses 7,7 %, et plus seulement sur les 3 % des listes d’extrême gauche. De quoi atténuer l’inquiétude de se retrouver dans un duel, et non plus une triangulaire avec la droite, où les voix de l’UMP et du centre se reporteraient massivement sur Hanotin.

Même si le poids de la droite ne représente plus que 13 % cette fois-ci, un score bien plus bas que les 20-22 % habituels aux précédents scrutins, cela pourrait permettre au challenger socialiste de créer la surprise. « Il en a déjà siphonné le maximum dès le premier tour, veut croire Stéphane Peu, adjoint de Paillard. Ceux qui ont quand même voté UMP ne sont pas prêts à voter PS cette fois-ci… » Lui non plus n’a pas goûté la « campagne droitière de Hanotin » : « L’insécurité, la drogue, la saleté, les Roms… On ne fait pas campagne sur le dénigrement d’une ville. »

La mairie de Saint-Denis © Nicolas Serve La mairie de Saint-Denis © Nicolas Serve

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Toutes les personnes citées dans ce reportage ont été rencontrées à Saint-Denis, les 27 et 28 mars.