A Saint-Denis, le PCF n’en a pas fini avec les socialistes

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Un PS « vraiment installé »

« Pour gagner, j’ai besoin de 50 % des voix de la droite. Plus d’une majorité de celles des électeurs de Sali, qui sont fondamentalement pour un changement de majorité municipale. » Au pied d’un immeuble dans le quartier Pleyel, Mathieu Hanotin justifie le bien-fondé de son optimisme à toute épreuve. Et assume sa rupture avec la municipalité sortante. Désormais, il est le moins amoché des « Barto boys » en pleine déconfiture séquano-dionysienne (lire notre article).

En prenant Saint-Denis, troisième ville d’Île-de-France avec 106 000 habitants, il est le seul à pouvoir atténuer l'échec de l’offensive rose sur la banlieue rouge du président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, parrain-baron du « 9-3 ». Seul face à tous les autres partis de gauche, qui soutiennent Paillard, ce membre du courant Hamon n’a pas franchement réalisé une campagne façon “gauche du PS”.

Mathieu Hanotin, à Saint-Denis, le 28 mars 2014 © Nicolas Serve Mathieu Hanotin, à Saint-Denis, le 28 mars 2014 © Nicolas Serve

« J’assume de parler à tout le monde, rétorque-t-il. Je ne me cache pas, j’affiche le logo PS, mais je ne vais pas avoir honte de parler aux électeurs de droite. Ils font partie des 60 % qui n’ont pas voté Paillard au premier tour, parce qu’ils veulent que ça change. L’élection municipale déploie des ressorts différents des législatives. C’est du local, c’est un programme. » Il balaye critiques et reproches ayant suivi ses accusations d’inscriptions frauduleuses de 80 Roms par la municipalité. « J’ai écrit un seul texte là-dessus, où je ne stigmatise absolument pas les Roms, mais où je parle de la fraude électorale, évacue-t-il. Cette polémique a duré une semaine, sur six mois de campagne… » Son « Saint-Denis bashing », dont le taxent les communistes, n’est à ses yeux qu’un diagnostic. « Le scandale, est-ce de dénoncer la situation déplorable de la ville, ou d’avoir créé cette situation ? »

Si Hanotin n’est plus en tête dans les quartiers populaires des Francs-Moisins et Floréal, par rapport à la législative de 2012, il confirme son implantation dans le centre-ville, le quartier Gare et dans le quartier résidentiel de Pleyel. Sa campagne a impressionné localement. « C’était “à l’américaine”, souffle le journaliste Dominique Sanchez. Il tape dans les mains en arrivant dans un meeting, les militants ont des panneaux, des boudins pour applaudir… » « En campagne, il faut bien faire les choses, avec de belles lumières, une ambiance sympathique, assume Hanotin. Mais ça permet de parler politique et d’être écouté. Ce n’est pas le meeting du maire, où certes la bouffe est gratos et la buvette bon marché, mais où seuls les deux premiers rangs sont attentifs… »

Militant PS, sur le marché de Saint-Denis, le 28 mars 2014 © Nicolas Serve Militant PS, sur le marché de Saint-Denis, le 28 mars 2014 © Nicolas Serve

Malgré ses airs de jeune loup et ses certitudes, le candidat socialiste semble avoir convaincu quant à l’épaisseur de son cuir. « Il se la donne », glisse ainsi Didier Paillard, au volant, quand il croise son adversaire en train de tracter en plein milieu des Francs-Moisins, seul. Cyril, un militant socialiste dionysien, avoue être bluffé par « Mathieu » : « Il a créé une dynamique. De son proche entourage des débuts, il a su fédérer énormément de militants de tous milieux sociaux, de toutes couleurs, de tous âges… » Dominique Sanchez opine : « Qu’il gagne ou qu’il perde, Hanotin a vraiment installé le PS dans la ville. »

En porte-à-porte dans le quartier Pleyel, au milieu des “appartements pour classes moyennes”, le député de 35 ans s’adapte à tous les publics, et cite souvent les rapports de la Cour des comptes critiquant la gestion municipale. Il prend le temps pour convaincre, puis charge chaque convaincu de convaincre les voisins absents. En l’espace de dix minutes, il parvient à retourner deux électeurs hostiles, l’un de l’UMP, l’autre sympathisant socialiste ulcéré.

Au premier, « frustré de ne pas avoir de candidat au second tour », il emporte la mise en ne lâchant jamais le morceau (« Voter blanc, c’est voter Paillard »), et en promettant de « mettre le nez dans les comptes ». Au second, « homme de gauche » désireux « de punir les socialistes », il emporte la mise en ne lâchant jamais le morceau (« Vous en faites pas, la claque, on l’a bien reçue, mais si vous voulez en remettre une, il y a les européennes »), et en promettant « de faire passer ce message de mécontentement en interne au PS ». Il ajoute : « Mais si vous m’élisez, vous me renforcerez pour être entendu. »

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Toutes les personnes citées dans ce reportage ont été rencontrées à Saint-Denis, les 27 et 28 mars.