La «théorie du genre», ennemi chimérique bien pratique

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« Je suis contre la théorie du genre »

Malgré ce risque « civilisationnel » finement théorisé par son patron (« On va avoir un pays d'homos... Regardez dans l'histoire, la Grèce, c'est une des raisons de sa décadence, à l'époque », analysait Serge Dassault au micro de France Culture), Le Figaro s'affole donc que « des dizaines de livres évoquant l'homoparentalité ou l'homosexualité à destination des tout-petits (soient) cependant édités depuis une quinzaine d'années par des maisons ayant pignon sur rue », quand il serait plus convenable, sans doute, que ces sulfureuses brochures s’échangent sous le manteau... « En début d'année, ma fille, en quatrième au lycée Carnot, dans le XVIIe arrondissement, s'est vu expliquer comment faire un coming out. Elle était toute aussi déconcertée que nous », raconte une mère de famille au Figaro. Des profs entraînant par pure idéologie d’innocents adolescents à la « technique » du « coming out » ?

La caricature, grossière, pourrait faire rire si elle n’était, dans le climat actuel, profondément détestable.

Vincent Peillon, interpellé à plusieurs reprises sur le sujet ces jours derniers, a eu raison de rappeler qu’en primaire, l’insulte la plus utilisée est « pédé », et que cette année les cas d’homophobie constatés dans les établissements scolaires ont augmenté de façon inquiétante. Son ministère a d’ailleurs depuis plusieurs mois montré qu’il prenait à bras-le-corps ce sujet et a multiplié les initiatives en matière de lutte contre l’homophobie, mais aussi pour contrecarrer les préjugés sexistes à l’école.

Mais pourquoi avoir cru bon de préciser, comme s’il cherchait un juste milieu entre deux positions trop extrémistes : « Je suis contre la théorie du genre. Je suis pour l'égalité filles/garçons » (France 2, “Les 4 vérités”). Un distinguo d’autant plus improbable que la « théorie du genre » n’existe pas et que personne ne s’en revendique. Les débats au sein des recherches sur le genre sont vifs et il n'y a pas de dogme. « Si l'idée, c'est qu'il n'y a pas de différences physiologiques, biologiques entre les uns et les autres, je trouve ça absurde », a ajouté le ministre dans un étonnant raccourci qu’apprécieront les très nombreux chercheurs qui travaillent sur ces questions. 

Heureusement pour Vincent Peillon, son ministère, aiguillé par la ministre des droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem, s’est engagé à développer des formations aux enseignants sur ces sujets dès la rentrée dans les nouvelles écoles supérieures du professorat. Une séance de rattrapage est toujours possible.

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