Affaire Ramadan: l’enquête policière met à mal l’une des plaintes pour viol

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L’une des plaintes pour viol visant l’islamologue est contredite par plusieurs éléments de l’enquête de la brigade criminelle, tandis qu’une autre a été déposée, selon Le Monde. Il s’agit de la cinquième plainte en France mettant en cause Tariq Ramadan.

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L’une des plaintes pour viol visant Tariq Ramadan est contredite par plusieurs éléments de l’enquête de la brigade criminelle de Paris, tandis qu’une autre a été déposée, a relaté Le Monde.  Il s’agit de la cinquième plainte en France visant l’islamologue de 57 ans.

En juillet 2019, le procureur de Paris avait reçu une nouvelle plainte pour viol visant Tariq Ramadan. Moins de deux semaines plus tard, il avait délivré aux juges un réquisitoire supplétif, pour « viol commis en réunion » et « menace ou acte d’intimidation pour déterminer une victime à ne pas porter plainte ou à se rétracter ». 

Que disait cette plainte ? La plaignante – une Varoise de 54 ans se présentant comme une ex-animatrice de radio de la région lyonnaise –, accusait Tariq Ramadan de viols en réunion avec « une personne de son staff » lors d’une rencontre pour une « interview » qui aurait eu lieu le 23 mai 2014 dans une chambre de l’hôtel Sofitel de Lyon.

« C’est allé très vite, c’était d’une violence inouïe. Il m’a attrapé le bras, me l’a tordu […] il m’a jeté [sic] par terre », avait-elle relaté à la justice, d’après Le JDD et Europe 1. Elle affirmait avoir été violée plusieurs fois par les deux hommes. « À la suite de ça, j’ai déménagé, j’ai arrêté de travailler, j’ai divorcé et j’ai pris beaucoup de poids, je suis désormais dépressive », indiquait-elle dans sa plainte.

Elle assurait avoir ensuite subi des tentatives d’intimidation de la part de deux individus et avoir fait des démarches auprès des gendarmes le jour même. Dans plusieurs médias, cette femme avait témoigné sous le prénom d’emprunt d’« Elvira ».

Tariq Ramadan lors d'une conférence à Bordeaux, le 26 Mars 2016. © Mehdi Fedouach / AFP Tariq Ramadan lors d'une conférence à Bordeaux, le 26 Mars 2016. © Mehdi Fedouach / AFP

Les enquêteurs se sont penchés sur le témoignage de la quinquagénaire, et se sont attachés à le vérifier point par point. De nombreux éléments ne sont, soit pas confortés par l’enquête, soit clairement contredits, selon Le Monde.

Quelques exemples : les responsables du Sofitel Lyon-Bellecour ont indiqué n’avoir eu aucune réservation pour Tariq Ramadan entre le 20 et le 24 mai 2014. Parmi les documents recueillis par les enquêteurs, figure un billet d’avion électronique au nom de M. Ramadan, au départ de Londres le 23 mai 2014 à 16 h 35, et à destination de Baltimore (États-Unis). L’islamologue participait là-bas à une convention.

Les policiers n’ont trouvé « aucune trace » des démarches qu’« Elvira » dit avoir faites auprès des gendarmes après les intimidations de deux individus qu’elle dénonce. Et les vérifications sur les lignes téléphoniques « ne corrobor[ent] absolument pas son récit ». 

Autre point souligné par la brigade criminelle : avant sa plainte, « Elvira » a été en contact téléphonique à des dizaines de reprises avec le paparazzi Jean-Claude Elfassi. Comme le souligne Le Monde, ce photographe a aussi appelé régulièrement Henda Ayari, première femme à avoir porté plainte pour viol contre Tariq Ramadan, défendue par le même avocat qu’« Elvira », Me Francis Szpiner.

Enfin, le casier judiciaire de cette quinquagénaire affiche des condamnations, notamment pour des faits d’escroquerie, de vol avec violence, de dénonciation calomnieuse et d’agression sexuelle.

La plaignante n’a par ailleurs plus donné de nouvelles aux policiers qui cherchaient à l’auditionner. Elle avait rendez-vous à Toulon, le 3 décembre dernier, avec les enquêteurs de la brigade criminelle : un rendez-vous accepté puis annulé, comme l’a rapporté Var-Matin.

« Elvira » devait ensuite se rendre à Paris, le 7 janvier. La veille, elle a décliné, tout comme pour sa convocation devant le juge, le 13 janvier. Elle avait également refusé la rencontre avec l’expert psychiatre mandaté dans ce dossier. Le quotidien régional la décrit comme « épuisée par une affaire qui la mine », et affirme qu'elle envisagerait « de retirer sa plainte », tout en maintenant toutes ses déclarations.

Joint vendredi par Mediapart, Me Francis Szpiner a indiqué avoir rencontré la plaignante à deux reprises dans le cadre de ce dépôt de plainte. « Elle m’avait semblé cohérente et traumatisée », a-t-il déclaré. Depuis, il dit n’avoir plus eu de nouvelles.

Joint également vendredi par Mediapart, l'avocat niçois d'« Elvira », Me Philippe Soussi, explique qu'il a décidé « de ne plus intervenir dans cette procédure », ainsi qu'il l'avait indiqué à Var-Matin le 26 janvier. Mais il précise que cette décision « n'a rien à voir avec l'évolution de l'enquête » : « Moi je suis avocat, je suis là pour défendre cette femme, or elle ne me met plus en situation de le faire, puisqu'elle ne s'est pas rendue aux convocations, comme la presse l'a écrit ». L'avocat souligne l'état de « de grande souffrance, grande difficulté » de la plaignante, « c'est incontestable », dit-il. Il précise ne pas pouvoir s'exprimer sur le fond du dossier, étant soumis « au secret professionnel ».

De son côté, l'avocat de Tariq Ramadan, Me Emmanuel Marsigny, a dénoncé « le choix du parquet de Paris de délivrer un réquisitoire supplétif » en juillet dernier, « sans effectuer la moindre vérification, même élémentaire ». Cela « traduit son aveuglement dans cette affaire et son parti pris, affirme-t-il. S’il avait fait son travail, cette plainte aurait été classée. Le parquet a manœuvré pour éviter d’avoir à prendre une décision favorable à Tariq Ramadan qui, pourtant, s’impose ».

Le Monde révèle par ailleurs qu’une nouvelle plainte a été déposée, par l’une des femmes auditionnées par les enquêteurs. Il s'agit de la cinquième plainte visant l'islamologue en France.

Le 23 janvier, les juges devaient interroger Tariq Ramadan sur ce témoignage et sur plusieurs récits de femmes ayant eu des relations sexuelles avec lui.

Depuis octobre 2017, Tariq Ramadan est visé par plusieurs plaintes pour viols : celle d’Henda Ayari, une ancienne salafiste devenue militante laïque, qui dénonce des faits qui auraient eu lieu au printemps 2012 ; celle d’une femme qui a témoigné dans les médias sous le prénom d'emprunt de « Christelle », et qui évoque elle un viol qui se serait déroulé le 9 octobre 2009, à Lyon.

Une troisième femme avait saisi la justice en mars 2018. Elle avait témoigné sous le prénom d'emprunt de « Marie » sur Europe 1 : elle relatait des mois d’emprise psychologique qui l’aurait contrainte, dit-elle, à entretenir des relations sexuelles violentes avec l’islamologue.

Tariq Ramadan a été mis en examen pour les deux premiers cas, pas le troisième. Il conteste fermement ces accusations.

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Mise à jour: cet article a été actualisé samedi 1er février à 9h55 sur deux points : l'audition prévue de Tariq Ramadan devant les juges, le 23 janvier, et la cinquième plainte. D'après un procès-verbal daté du 8 janvier, cité par Le Monde, cette plaignante n'avait pas donné de nouvelles depuis octobre ; elle l'a finalement fait tout récemment. Cet article avait été actualisé vendredi 31 janvier à 14h10 avec la réaction de l'avocat Philippe Soussi.