«Ulysse» et les djihadistes, les dessous d’un attentat empêché

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Tout ce qui avait échoué avant les attentats de janvier 2015 et du 13-Novembre, la lutte antiterroriste française va le réussir en empêchant un attentat d’ampleur courant 2016. Les hommes accusés d’avoir préparé cette attaque sont jugés en février. Récit.

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Lorsque la DGSI prend connaissance, le 14 novembre 2016, du message adressé sur Skype à deux Strasbourgeois, elle ne doute pas un instant que l’expéditeur ne soit Boubakeur el-Hakim. Cet émir français qui pilote, au sein de l’État islamique, la cellule chargée des attentats et est suspecté d’avoir planifié la plupart des attaques ayant endeuillé l’Europe, dont le 13-Novembre, n’est peut-être pas le rédacteur du message mais, à tout le moins, celui qui a soufflé les mots. C’est ce qu’elle écrira, quelques semaines plus tard, dans une note remontée au plus haut niveau de l’État. En réaction à l’offensive militaire contre son fief de Mossoul, l’État islamique, entend « réitérer une attaque de grande ampleur en Occident ». Un nouveau 13-Novembre.

Salah-Eddine Gourmat, le djihadiste français piégé par "Ulysse". © DR Salah-Eddine Gourmat, le djihadiste français piégé par "Ulysse". © DR

Fin août, un service secret étranger alertait les renseignements français : deux opérationnels de retour du Shâm prépareraient un attentat depuis l’Alsace. La DGSI identifie les deux hommes sans grande difficulté. Dans leur quartier de la Meinau, ils se vantent d’être allés en Syrie en 2015. Depuis, ils échangent de manière ininterrompue avec un compte Skype utilisé par le bureau des opérations extérieures de l’État islamique, la structure chargée des attentats en dehors du califat. Durant dix-huit mois, les apprentis terroristes ont l’impression que, d’une conversation à l’autre, leur interlocuteur change, mais que le message reste le même : il faut commettre un attentat. 

Courant novembre, la DGSI apprend que le projet est désormais imminent : les Alsaciens ont proposé une date, le 1er décembre. 

« Parce qu’on est à sec, expliquent-ils à leur émir. On n’a pas d’argent pour se déplacer, se loger et manger sur Paris. Notre salaire rentre le 28 novembre, inch’Allah, et le lendemain on décolle. Est-ce que c’est possible ? » 

C’est possible. 

Ils reçoivent l’ordre d’aller récupérer, dès les fonds reçus, quatre kalachnikovs enterrées « dans un trou » en région parisienne et, dans la foulée, de frapper la capitale. 

Le 14 novembre, un nouveau message leur explique comment entrer les coordonnées GPS dans Google Maps. Depuis la Syrie, leur interlocuteur leur communique la marche à suivre pour trouver la cache d’armes. 

« Il faut se garer au fond du parking au niveau de la barrière verte. Quelques mètres avant, il y a un arbre marqué 246. À la droite de cet arbre, il y a un chemin qui descend sur à peu près 200 mètres jusqu’à un grand arbre avec un point blanc dessus. Avant cet arbre, il faut prendre à droite un petit chemin de feuilles qui monte sur à peu près 50 mètres jusqu’à voir deux arbres marqués de ce symbole. Arrivé là, direct à gauche, il y a un arbre couché par terre. Sous cet arbre, il y a une bûche posée là où il faut creuser. » 

L’auteur du message précise enfin le nom de la commune du Val-d’Oise où se trouve la cache : Montmorency. 

À la lecture de ce simple mot, les agents de la DGSI esquissent un sourire. Ils vont pouvoir réactiver le dossier « Ulysse ».

C’est l’histoire de cette affaire, unique dans les annales de la lutte antiterroriste, sur laquelle va se pencher la cour d’assises spécialement composée du 1er au 19 février prochain. Trois hommes, deux Français et un Marocain, vont être jugés pour association de malfaiteurs terroriste ; ils encourent 30 années de réclusion criminelle. Ils contestent les faits. Deux d’entre eux ont reconnu avoir été missionnés pour commettre un attentat sur les Champs-Élysées, au siège de la DGSI ou au 36 quai des Orfèvres : « Il fallait entrer dedans et allumer ce qu’il y a. Ici, à la DGSI, il fallait faire pareil. » Mais ils protestent avoir songé à passer à l’acte : « Je voulais faire croire qu’on voulait mais on ne voulait pas le faire », dira l’un d’eux. Le troisième se présente comme un simple touriste et assure que les témoignages qui l’accablent ont été extorqués sous la torture par les policiers français et marocains.

Le 3 mars 2016, Salah-Eddine Gourmat, un livreur de pizzas de Malakoff qui aspirait à mourir en martyr mais a fini par intégrer le bureau des légendes djihadistes, où ses connaissances en communications sécurisées sont appréciées, s’est montré directif lorsqu’il a pris attache sur Telegram avec un sympathisant de l’État islamique basé en France et qui a promis d’aider la cause : « On veut quatre kalachs ! Et, avec chaque kalach, quatre chargeurs et des munitions ! » 

Le recrutement du sympathisant met en lumière la compartimentation des tâches et l’organisation très hiérarchisée du bureau des opérations extérieures. Ce salafiste résidant en France a été hameçonné par un proche d’Abaaoud, puis par un égorgeur apparaissant sur une vidéo de décapitation. Ces recruteurs sont d’abord chargés de chasser, sur les réseaux sociaux, des candidats aux attentats-suicides dans l’Hexagone. Ensuite seulement, ils mettent les nouvelles recrues en lien avec des émirs. Ainsi, ce 3 mars, l’égorgeur met le sympathisant en relation « avec son émir », Salah-Eddine Gourmat, qui lui‐même en réfère à Boubakeur el‐Hakim.

Face à la demande pressante de Gourmat, le sympathisant se veut rassurant. Il connaît un copain qui lui-même connaît un marchand d’armes dans son quartier. Ce dernier vend des kalachnikovs aux équipes de braqueurs. 

« Il faut absolument que tu y ailles tout seul et que tu les achètes, ordonne Gourmat. Ensuite, on verra comment faire pour les récupérer chez toi. » 

Le sympathisant s’inquiète. Il n’y connaît rien en armes et ne voudrait pas se faire abuser lors de l’achat. Il préférerait être accompagné de son interlocuteur. 

« J’ai des instructions, je ne peux pas me permettre de te rencontrer, désolé. Va falloir que tu les achètes tout seul », lui répond Gourmat, qui envoie au néophyte une vidéo cryptée montrant comment démonter et monter un AK-47. 

Le salafiste prévient un peu plus tard qu’il a vu le marchand d’armes. Ce dernier proposerait les quatre kalachnikovs et 16 chargeurs garnis pour 12 000 euros. 

Le 15 mars, Gourmat est aux abonnés absents.

« Tu es là ? », tente le salafiste en début d’après-midi. En temps normal, Gourmat se connecte à partir de 15 heures sur Telegram. À 17 h 56, il donne un fugace signe de vie. « Ouais, attends, je vais te répondre. Juste je suis occupé. » D’habitude, l’achat des quatre kalachnikovs est une priorité pour lui. Pas ce jour-là. Quelques heures plus tôt, la police belge est tombée, presque par hasard, sur la planque de Salah Abdeslam, le survivant du commando du 13-Novembre, et de complices, qui ont fait feu. Deux hommes seraient en fuite, annoncent les médias. À Raqqa, le bureau des opérations extérieures est sur le pont. 

Le 16 mars, tandis que la police belge est à la poursuite du fuyard Salah Abdeslam, la DGSI arrête un ancien complice de Salah-Eddine Gourmat, qui préparait un attentat en France. Gourmat adresse au sympathisant un message qui, derrière son ton impératif, laisse percevoir une certaine panique. 

« Frère, anéantis ton téléphone ! Jette-le là où personne ne peut le retrouver ! » 

Cinq jours plus tard, alors que se pose la question de faire parvenir les 12 000 euros au salafiste qui trouve le temps long, Gourmat l’incite à la prudence. 

« Avec les événements qu’il y a en ce moment, on cherche le meilleur moyen pour ne laisser aucune trace. Patiente un peu. » 

Le lendemain, le 22 mars, ont lieu les attentats de Bruxelles et de l’aéroport de Zaventem. Salah-Eddine Gourmat arrête d’émettre durant six jours.

La cible « Priam »

Salah-Eddine Gourmat réapparaît le 28 mars. « Excuse-moi, frère, j’avais trop de taf, là… » Le lendemain, il délivre ses nouvelles instructions. « Frère, pour commencer je m’excuse encore du retard mais on a eu quelques empêchements. […] J’ai trouvé un moyen de t’envoyer de l’argent. Une fois que tu as les armes, il faut que tu gardes une arme pour toi, pour que tu travailles [comprendre « commettre un attentat » – ndlr]. Les autres, tu les enterres dans un endroit et tu nous envoies la position GPS. » 

Cela va se révéler plus compliqué que prévu. Trois mois supplémentaires sont nécessaires à Gourmat pour faire voyager la somme depuis l’État islamique. 

« Ce n’est pas simple d’envoyer de l’argent intraçable. Même les plus grands bandits, ils galèrent à faire ça, explique-t-il au sympathisant. Parce que tu sais très bien que, s’il y a une seule erreur, tu vas plonger longtemps, et nous on ne veut pas envoyer nos frères en prison. » 

Le 24 juin, l’argent est enfin arrivé en France. Il se cache entre les morts. Les clandestins de l’EI ont dissimulé 13 300 euros dans une enveloppe sur une tombe du cimetière du Montparnasse, à Paris. Le salafiste doit aller la récupérer le lendemain à la première heure. 

Il y a plus que le nécessaire pour acheter les quatre AK-47 et leurs munitions. « Ce qui reste de l’argent, ne l’utilise pas sans notre autorisation », avertit Gourmat.

Dans ce sac plastique, les 13 300 euros cachés dans le cimetière du Montparnasse. © DR Dans ce sac plastique, les 13 300 euros cachés dans le cimetière du Montparnasse. © DR

Une semaine plus tard, Salah-Eddine Gourmat recadre le salafiste. Celui-ci lui a envoyé les coordonnées GPS de l’endroit en forêt où, avec un complice, il a enterré toutes les armes. Sans en parler à son émir. 

« Akhy, il y a certaines choses qu’on doit remettre au clair : tu aurais dû me consulter avant d’aller enterrer les affaires. Tu t’es précipité et maintenant on va devoir refaire les choses correctement. 1) Tu dois enterrer trois kalachs et en garder une pour toi. 2) Il faut que personne ne connaisse l’endroit où tu les as enterrées (même pas ton pote qui t’a aidé à porter), par conséquent, il va falloir que tu changes d’endroit. Je ne peux pas me permettre que quelqu’un d’autre que toi et moi connaisse la planque : c’est notre méthodologie de travail. […] Une fois que tu as fait ça, tu nous transmets les informations. Ensuite, il faudra que tu passes à l’action SEUL. » 

Mais le salafiste ne témoigne pas d’un enthousiasme débordant à l’idée de déterrer les armes de guerre. 

Gourmat le relance dans la nuit. 

« Tu es un soldat du califat ! Sache que tout soldat doit obéissance à son émir. Il se peut que je te demande de faire telle ou telle chose, sache que ce sont des commandements qui te viennent d’en haut et non pas le fruit de mes désirs personnels. » 

Rien n’y fait. 

Les armes restent enterrées sous un arbre de la forêt de Montmorency.

*

Dans la mythologie grecque, Ulysse est ce héros qui donna son nom au voyage long de dix années qu’il entreprit pour rejoindre son foyer et sa bien-aimée. Il est aussi celui qui inventa le cheval de Troie permettant, par la ruse, de triompher d’une guerre qui n’en finissait pas. C’est en référence à ce dernier fait d’armes qu’« Ulysse » est le nom de code donné, sur les procès-verbaux, au cyberpatrouilleur chargé d’infiltrer le bureau des opérations extérieures de l’État islamique. Sa cible, Salah-Eddine Gourmat, est baptisée « Priam », du nom du roi de Troie qui laissa entrer le cheval de bois rempli de soldats grecs dans sa cité. 

Quand Gourmat contacte sur Telegram le sympathisant recruté par ses subalternes, il ne s’imagine pas que l’individu, effrayé par la tournure qu’ont prise ses conversations avec les djihadistes, est déjà allé sonner à la porte de la DGSI. L’homme n’entend pas être impliqué dans un projet d’attentat. Le contre-espionnage se procure alors les identifiants et les codes de ses comptes en relation avec les membres de l’EI. Démarre ce que le jargon administratif désigne sous l’expression d’« enquête sous pseudonyme »

Et c’est donc à Ulysse, un agent de la DGSI, que Gourmat passe la commande de quatre kalachnikovs et d’autant de chargeurs, et qu’il révèle certaines des façons d’opérer du bureau chargé des attentats.

Plusieurs tutoriels de l’EI ont répété les consignes de sécurité afin d’éviter pareil désagrément. En cette occasion, le propre service secret du califat s’est cependant fait berner. 

Pourtant, comme à leur habitude, ses membres ont mené une enquête sur leur nouvelle recrue. Un jour, Gourmat pose dans la conversation une question piège : 

« Quand tu es venu avec ta famille en Turquie, il s’est passé quoi en France ? 

— Je n’ai jamais été en Turquie avec ma famille », répond Ulysse, parfaitement au courant du passé de celui dont il emprunte l’identité. 

La légende d’Ulysse tient bon. L’opération d’infiltration peut se poursuivre. 

Le 24 juin, lorsque Gourmat indique à Ulysse l’endroit où repose l’argent envoyé de Syrie, des policiers vont planquer aux alentours du cimetière du Montparnasse, bien que ses portes soient déjà closes. Ils passent la nuit à observer les allées et venues des noctambules. 

Entre la dalle et la pierre tombale, des terroristes ont caché l'argent nécessaire à l'achat de kalachnikovs. © DR Entre la dalle et la pierre tombale, des terroristes ont caché l'argent nécessaire à l'achat de kalachnikovs. © DR
Le lendemain matin, dix minutes avant l’ouverture, un agent s’assoit sur un banc face à l’entrée du cimetière. Il fume une cigarette. À 8 h 27, les grilles s’ouvrent. L’agent se lève du banc et pénètre dans le cimetière. Vingt minutes plus tard, il atteint l’endroit indiqué par Ulysse : la 28e section de la 3e division du cimetière parisien. L’agent prend son temps, semble hésiter, déambule dans les allées. À 9 h 03, il fait face à la sépulture d’un certain Emmanuel Meyer et plonge la main entre la dalle et la pierre tombale. Dans l’interstice recouvert par la végétation, une enveloppe cartonnée. À l’intérieur, 13 300 euros en provenance de Raqqa. 

L’agent s’en saisit, rebrousse chemin et sort du cimetière. Il est suivi par des collègues jusqu’à une station de métro afin de s’assurer qu’il ne fasse pas l’objet lui-même d’une filature.

Cinq jours plus tard, un policier se rend au petit matin dans la forêt de Montmorency. À 5 h 10, il commence à creuser un trou, puis y dépose deux sacs : l’un contient quatre kalachnikovs emballées dans du film alimentaire ou dans du papier kraft ; l’autre, 16 chargeurs garnis de cartouches ainsi que quelques centaines d’euros, le reliquat de la vente d’armes. Une demi-heure plus tard, le trou est rebouché. Tout autour du bois, des forces de l’ordre attendent que des terroristes viennent chercher leurs instruments de travail. La souricière est en place. 

Le lendemain, Ulysse se prend la tête avec Priam. Le « sympathisant » rechigne à commettre un attentat, alors Gourmat, méfiant face à ce comportement de mauvais moudjahid, le menace : « Ta manière de travailler et les choix que tu as faits te mettent dans une situation où l’on peut même douter de ta personne ! Akhy, je te rappelle que ce n’est pas un jeu… » 

Leur relation est dans l’impasse

« Ton frère qui t’aime en Allah. »

Deux semaines plus tard, un nouveau personnage contacte Ulysse. Le ton se veut plus conciliant, plus charmeur, plus structuré aussi que celui de Gourmat. 

« Cher frère, j’espère de tout cœur que tu vas bien et je demande à Allah de te protéger. J’étais en Irak et je viens de revenir. Dorénavant, je communiquerai avec toi. » 

Après avoir lu « toutes les lettres qu[’il a] envoyées aux frères ainsi que celles que les frères [lui] ont envoyées » – ce qui témoigne d’une volonté de s’imprégner du dossier et de connaître la personnalité du moudjahid qu’il va devoir désormais diriger –, son interlocuteur ne peut, « pour commencer », que remercier Ulysse pour tout ce qu’il a fait. 

Ensuite, viennent les points sensibles. Le nouveau moyen de communication que Gourmat voulait lui faire adopter ? « C’est pour ta sécurité, car le programme que l’on utilise en ce moment est connu des services de renseignement, même s’il reste très dur à décrypter. » 

Le bureau des opérations extérieures de l’État islamique n’ignore pas que la police belge a mis la main sur l’ordinateur des auteurs des attentats de Bruxelles, qui recelait nombre d’informations sur sa façon de procéder. Aussi le service secret djihadiste entend-il renouveler son mode opératoire pour rester hors de portée des radars occidentaux. 

Enfin, le nouvel interlocuteur aborde la suite de la collaboration. Il ne revient pas sur l’éventuelle participation d’Ulysse à un attentat. « Dans le cas où tu voudrais continuer à nous aider, s’il y a d’autres choses que tu es capable de faire, j’aimerais bien que tu me mettes au courant : comme déplacer des armes d’un endroit à un autre ; aller voir des cibles que l’on pourrait attaquer ; transférer de l’argent… Bref, tout ce que tu peux faire pour nous aider. Ton frère qui t’aime en Allah. » 

Les analystes de la DGSI croient reconnaître le style de Boubakeur el-Hakim. La violence du terroriste sait s’effacer lorsque le besoin s’en fait sentir : dix ans plus tôt, le détenu islamiste qui, dans le même temps, recrutait à tour de bras à la maison d’arrêt d’Osny, se révélait toujours courtois dans ses rapports avec l’administration pénitentiaire. Dans une syntaxe irréprochable, El-Hakim demandait par exemple à « Madame la Directrice » s’il pouvait récupérer « un livre à couverture rigide qu[’il avait] reçu à [s]on parloir ». Déférent, il concluait chacune de ses missives d’un « Sincères salutations »

Ulysse a-t-il commis une faute dans la réponse, sommaire, qu’il adresse à son nouvel émir ? Le contact est coupé mi-juillet. Durant quatre mois, personne n’adresse plus de message au cyberpatrouilleur. 

C’est alors, selon le témoignage d’un acteur du dossier, que le chef de la section terrorisme islamique à « J », la sous-direction chargée des enquêtes judiciaires au sein de la DGSI, le commissaire SI 562 – le nom de code le désignant , va jouer un rôle essentiel pour garder la motivation de ses troupes, notamment pour poursuivre le fastidieux dispositif de surveillance de la forêt de Montmorency. Jusqu’à ce que les grandes oreilles de la NSA américaine enregistrent des conversations au cours desquelles des djihadistes français parlent de « leur cache d’armes à côté de Paris ». Alors, dans l’espoir qu’ils servent d’appât à des terroristes, les AK-47 dorment toujours sous terre.

*

En juin, les policiers de la DGSI en planque aux abords de la forêt de Montmorency avaient alerté la centrale de Levallois. Un homme « de type caucasien », selon le jargon policier, vêtu d’une veste de sport à l’effigie de l’Olympique de Marseille, s’était approché de la cache d’armes, balayant les environs du regard, à droite et à gauche, à la recherche de quelque chose. Il s’était accroupi devant la souche d’un arbre devant servir de repère pour ceux qui viendraient récupérer les kalachnikovs. Il ne fouillait ni ne touchait le sol. Au bout de quelques instants, le supporter de l’OM reprenait son chemin, les yeux toujours rivés par terre. On ne saura jamais si c’était un promeneur ou un terroriste. 

En revanche, le 14 novembre 2016, tandis que Boubakeur el-Hakim et ses sbires envoient les coordonnées GPS de la cache d’armes aux deux opérationnels basés à Strasbourg, les agents sur le dispositif de Montmorency ne repèrent pas le Maghrébin revêtu d’un manteau en cuir noir et portant en bandoulière un sac vert et orange qui pénètre dans le bois. L’homme regarde son téléphone portable, arpente la forêt, regarde son portable, arpente la forêt... Il ne trouve pas la souche. Sans doute a-t-il fait une erreur lorsqu’il a entré les coordonnées GPS dans son téléphone. Au bout de 40 minutes de vaines recherches, il rentre à Paris sans avoir attiré l’attention des policiers. L’inconnu est passé vraiment trop loin de la cache.

Cet inconnu s’appelle Hicham el-Hanafi et il représente ce qui se rapproche le plus d’un nouvel Abdelhamid Abaaoud, le coordinateur des tueries du 13-Novembre. 

Les policiers sont persuadés de reconnaître Hicham el-Hanafi sur ces photos de surveillance en forêt de Montmorency. © DR Les policiers sont persuadés de reconnaître Hicham el-Hanafi sur ces photos de surveillance en forêt de Montmorency. © DR

Plusieurs services européens avaient déjà signalé à leurs homologues français le profil de ce Marocain de 26 ans, formé en Syrie en 2014 et qui depuis a sillonné l’Allemagne, l’Espagne, la France, la Grèce, l’Italie, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, et ce à plusieurs reprises. En juin 2016, il a passé 15 jours de « vacances » au Brésil, deux mois avant que ne démarrent les Jeux olympiques de Rio, ciblés par l’État islamique. De retour du Brésil, il séjourne à Düsseldorf, où un commando devait commettre une tuerie de masse. 

En Espagne, El-Hanafi se laisse volontiers filmer en train de fumer du haschich tout en écoutant de la musique forte avec des connaissances d’un soir ; un leurre, explique-t-il à un proche, pour tromper les forces de l’ordre ibériques. À Paris, comme d’autres membres de l’EI avant lui, il prend la pose devant la tour Eiffel. Il s’est choisi pour zone de repli le Portugal et voyage avec un jeu de faux papiers, ouvre des comptes un peu partout en Europe sous des noms d’emprunt pour bénéficier de prêts. Autant d’escroqueries destinées à financer des cellules dormantes de l’EI, au Maghreb comme en Europe. 

Dans une planque d’Hicham el-Hanafi au Portugal, cette carte des transports franciliens avait été affichée avec plusieurs stations annotées au stylo bille, à chaque fois des lieux de forte affluence, constatera la DGSI. © DR Dans une planque d’Hicham el-Hanafi au Portugal, cette carte des transports franciliens avait été affichée avec plusieurs stations annotées au stylo bille, à chaque fois des lieux de forte affluence, constatera la DGSI. © DR

À Fès, d’où il est originaire, Hicham el-Hanafi cherche à recruter un ami d’enfance, sergent de la Protection civile. Il convainc un autre Marocain, rencontré en Espagne, de participer à un projet qu’il est en train d’élaborer pour frapper de nouveau Paris. El-Hanafi explique à sa recrue que les dirigeants de l’EI « accordent une grande importance à la capitale française ». Ils veulent l’attaquer parce qu’ils la considèrent « comme le symbole de la laïcité, de la corruption et de la dépravation des mœurs ».

Et l’émir envoya le terroriste vers un policier infiltré

*

Le 18 novembre, quatre jours après sa fouille infructueuse dans la forêt de Montmorency, El-Hanafi, cheveux longs frisés sous un bonnet noir, frappe à la porte d’un appartement à Trappes. Un proche de djihadistes originaires de cette commune des Yvelines lui remet 4 000 euros en petites coupures. El-Hanafi n’a pas réussi à trouver les armes enterrées, il va donc falloir en acheter. Le bureau des opérations extérieures lui a expédié l’argent nécessaire. 

Le même jour, le Marocain recruté par El-Hanafi rencontre un moudjahid saoudien dans un jardin de la zone industrielle de Gaziantep, en Turquie, où El-Hanafi l’a envoyé pour s’aguerrir et prendre les dernières informations des commanditaires. Le Saoudien donne à la recrue une carte mémoire à remettre en mains propres à El-Hanafi. Elle contient les coordonnées GPS et une photo de la cible, le Café de Paris, dans la capitale.

Le lendemain, à 11 h 03, Hicham el-Hanafi se présente à un guichet gare de Lyon, puis il monte dans un TGV qui doit le conduire à 14 h 57 à Marseille. Ce jour-là, il est en contact sur Telegram avec un compte attribué par un service secret étranger à Boubakeur el-Hakim.

Le 19 novembre 2016, Hicham el-Hanafi (ici gare du Nord) se rend à la gare de Lyon pour prendre le TGV qui le conduira à Marseille. © DR Le 19 novembre 2016, Hicham el-Hanafi (ici gare du Nord) se rend à la gare de Lyon pour prendre le TGV qui le conduira à Marseille. © DR

Une réunion houleuse se tient à la DGSI. Le 7 novembre, « un partenaire étranger » a signalé à la DGSI qu’un projet d’attentat était dirigé par Boubakeur el-Hakim depuis Raqqa et visait l’Allemagne. Un second service prévient que l’opérationnel chargé d’exécuter l’attaque serait un Marocain passé par un camp d’entraînement de l’EI : Hicham el-Hanafi. 

Et voilà que ce dernier se dirige vers Marseille. La DGSI exploite les fadettes du clandestin et découvre qu’il est allé se promener dans le bois de Montmorency. Là où un policier infiltré a enterré les armes sur ordre de Salah-Eddine Gourmat, là où Boubakeur el-Hakim vient de commander à deux opérationnels basés à Strasbourg de se rendre. Les trois dossiers sont liés. 

Trois dossiers, trois régions concernées, autant de directeurs zonaux de la Sécurité intérieure, plus celui, à Levallois-Perret, qui dirige le contre-terrorisme. Tout le monde a son mot à dire, tout le monde veut avoir la main sur cette enquête. Personne n’est d’accord sur ce qu’il convient de faire. Faut-il interpeller tout de suite ? Attendre pour identifier l’ensemble du réseau ? Cela s’engueule. Cela cafouille. Jusqu’à ce que Patrick Calvar, le directeur de l’époque de la DGSI, tape du poing sur la table, d’après un témoin de la scène. 

« Il a donné la priorité au policier sur le terrain, à celui qui était au contact des terroristes. C’est lui, a-t-il dit, qui devait donner le tempo », se souviendra ce témoin. 

Car un second cyberpatrouilleur de la DGSI a infiltré le bureau des attentats de l’État islamique après la défection d’un autre sympathisant de l’organisation terroriste. El-Hakim ou un de ses proches avait contacté l’homme, puis lui avait demandé de récupérer les 4 000 euros à Trappes, mission dont El-Hanafi s’était finalement chargé. Une nouvelle « enquête sous pseudonyme » est initiée quand le sympathisant est venu trouver les services de renseignement. Et cette fois, le commanditaire de l’attentat demande à un policier s’il est capable de trouver un hébergement sécurisé pour El-Hanafi à Marseille. 

Bien sûr, il peut. 

Le 18 novembre, à 20 h 27, le commanditaire – qui n’est pas affublé, en procédure, d’un nom aussi romanesque que Priam, mais du plus prosaïque OpEx (pour opérations extérieures) – insiste. 

« Le frère, demain, inch’Allah, il arrive [à Marseille – ndlr]. Il ne reste pas longtemps. Lui, il est pressé [de passer à l’acte – ndlr]. » Le cyberpatrouilleur donne le numéro d’un contact à Marseille, un marchand de sommeil, en réalité un autre policier infiltré, à charge pour le commanditaire de le communiquer à son homme en route pour la cité phocéenne.

Mais Hicham el-Hanafi est un clandestin trop distrait. Il a mal orthographié le numéro que lui a donné son émir en Syrie. Il ne parvient pas à joindre le faux marchand de sommeil et trouve refuge auprès de la concurrence, chez un Afghan. Son émir le contacte dans la soirée pour lui redonner le bon numéro et l’exhorter à quitter les lieux.

« Éloigne-toi de cet Afghan, recommande l’émir. On ne sait pas à qui on a affaire ! »

Alors El-Hanafi obéit et, à 23 h 14, prend langue avec le policier infiltré. Un rendez-vous est fixé dans l’heure devant le 12, un immeuble de béton gris de la rue Pontevès.

*

Il est minuit passé de 52 minutes dans la nuit du 19 au 20 novembre lorsque la voiture de l’agent « Franck » s’arrête devant le 12 de la rue Pontevès. L’agent patiente dix minutes avant de voir un homme sortir de l’immeuble et monter dans son véhicule. En route vers le logement que Franck est censé lui louer, l’inconnu s’assure qu’il est bien possible de se faire à manger dans l’appartement, où il compte rester cloîtré. 

À un feu rouge, la voiture s’arrête. Le groupe d’appui opérationnel de la DGSI surgit et procède à l’interpellation de Hicham el-Hanafi. 

Une heure après, à l’autre bout de la France, les deux opérationnels strasbourgeois et deux amis d’enfance, avec lesquels il s’apprêtait à passer à l’acte, sont interpellés. Deux pistolets automatiques et un pistolet-mitrailleur sont découverts aux domiciles des suspects. 

La cible des terroristes présumés n’a pas pu être déterminée, même si des consultations de sites internet permettent de déduire que le palais de justice de Paris, le siège de la DGSI ou le 36 quai des Orfèvres étaient notamment envisagés. 

Un des gardés à vue s’offusque quand on lui demande pourquoi il a tapé dans un moteur de recherche « bâtiment de la DGSE »

« Pourquoi on n’a pas le droit de taper ‘‘bâtiment de la DGSE’’ ? C’est interdit ?!, s’insurge-t-il. Je ne vais pas perpétrer un attentat dans un endroit où les gens sont armés jusqu’aux dents. »

Entendu dans le bureau d’à côté, l’un de ses complices explique pourtant que « le but était de se faire tuer par des policiers ou des militaires »

Depuis que la presse a révélé que la DGSE était impliquée dans le bombardement d’un camp d’entraînement aux environs de Raqqa un mois avant le 13-Novembre, le bureau des attentats de l’organisation terroriste s’intéresse en effet au « bureau des légendes » français. Un djihadiste francilien a notamment consulté depuis la Syrie une édition numérique du Figaro Magazine consacrée à la DGSE et rappelant où loge le service secret. 

La satisfaction du commissaire SI 562

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Le lendemain du coup de filet, Patrick Calvar adresse un message interne à ses hommes pour les féliciter pour leur « travail exemplaire » réalisé sur une période de huit mois et qui a permis « d’éviter un nouveau drame dans notre pays ». Son service vilipendé pour ses ratés depuis le début de la vague d’attentats connaît là un succès spectaculaire, qui s’explique autant par des raisons structurelles que conjoncturelles. 

Structurelles : en deux ans, la DGSI a rattrapé une partie de son retard. Désormais les procès-verbaux ne sont plus truffés de fautes d’orthographe sur les kounya, le moindre OPJ maîtrise les différentes expressions et concepts djihadistes. Le niveau général a progressé. Et puis la DGSI dispose de nouvelles techniques d’enquête et les mixe avec des méthodes plus traditionnelles. Autre facteur décisif : la coopération internationale fonctionne à plein. Sur ce seul dossier, les services américains, israéliens, marocains, allemands, espagnols et portugais (pour ceux dont on a connaissance) se sont échangé des informations. « En matière de terrorisme, la coopération dépasse les ego des nations, confie un acteur de ces échanges. Contrairement à ce qui peut se passer d’habitude dans le monde du renseignement, là on se file tout. Nous travaillons tous ensemble. Même les Russes jouent le jeu. » 

Conjoncturelles : face à l’avalanche de drames, la guerre des services est mise, un temps, de côté. DGSE et DGSI ne se marchent plus sur les pieds. « Il y a tellement d’affaires à traiter qu’on n’a pas le temps de se quereller, chacun a sa part de travail à faire », avoue un membre d’un de ces deux services. 

Par ailleurs, les attentats de Paris, Bruxelles et Nice ont terrorisé le monde entier, y compris des criminels de droit commun et des gens acquis aux thèses de l’État islamique. Il n’est pas anodin que, dans la même affaire et à quelques mois d’intervalle, deux hommes sollicités par l’État islamique se soient tournés l’un et l’autre vers le contre-espionnage français. Interrogé plusieurs mois avant le dénouement de cette affaire, un gradé des services de renseignement avait justifié la frilosité actuelle des marchands d’armes, s’agissant de fournir des djihadistes : « Ce sont des businessmen très pragmatiques. Ils regardent ce que cela leur rapporte, ce que cela leur coûte. Désormais, le moindre trafiquant européen a compris que, si on retrouve ses armes non pas sur un braquage ou sur un règlement de comptes, mais sur un attentat, il risque la perpétuité. Et que les frontières ne le protégeront pas. Au besoin, si les contraintes juridiques sont trop fortes, il finira au fond d’un lac, et son propre pays n’ira pas se plaindre. Ça, les trafiquants l’ont bien intégré… » 

Enfin, le bureau des opérations extérieures du califat, à en croire un magistrat, serait « en perte de vitesse » : « Avec les attentats de Bruxelles, ils ont perdu leur réseau belge, toute leur infrastructure logistique. Là, les opérationnels de Strasbourg ne sont pas du même niveau… » 

Après les arrestations de Strasbourg et de Marseille, des policiers restent en planque durant encore deux jours aux abords du bois de Montmorency. Personne ne vient. Alors, à 23 heures passées, le 22 novembre 2016, un promeneur se dirige droit sur la souche. À la belle étoile, il creuse la terre sous les yeux d’une équipe de la DGSI disposée à distance, qui ne bronche pas. Le promeneur est un collègue. L’homme déterre les sacs contenant les AK-47, les transporte jusqu’au coffre de sa voiture. Et le policier infiltré les rapporte à son service.

Boubakeur el-Hakim, photo de propagande de l'État islamique. © DR Boubakeur el-Hakim, photo de propagande de l'État islamique. © DR
Quatre jours plus tard, Boubakeur el-Hakim circule au volant de sa voiture dans un Raqqa déserté lorsqu’un missile américain met un terme définitif à la carrière du Français le plus haut gradé au sein de l’État islamique. C’est le deux cent vingt-troisième djihadiste français à trouver la mort en Syrie ou en Irak. Il était âgé de 33 ans.

Dans un courriel à l’AFP, un porte-parole du Pentagone se félicite qu’un drone « prive l’État islamique d’un cadre clé impliqué depuis longtemps dans la préparation et l’organisation d’opérations extérieures et affaiblisse sa capacité à mener des attaques terroristes ». Son décès constitue « un événement important pour la lutte antiterroriste », se réjouissent les services français. Une semaine plus tard, le Pentagone annonce avoir tué Salah-Eddine Gourmat et deux autres commis d’El-Hakim. Toujours lors d’une frappe de drones à Raqqa. En 2019, la DGSI écrira dans une note que la mort Boubakeur el-Hakim aura « fortement réduit la capacité [de l’État islamique – ndlr] à organiser des attentats en Europe ».

Entendu en tant que témoin via visioconférence, lors du procès des attentats de janvier 2015 alors qu’il avait difficilement contenu ses sanglots au moment de présenter ses excuses pour ces attentats que ces hommes et lui n’avaient pas su empêcher, le commissaire SI 562 a livré une allusion cryptique à propos du dossier « Ulysse » : « Boubakeur el-Hakim est décédé le jour où l’on déférait les membres de la filière Strasbourg-Marseille. » Il n’en a pas dit plus mais on a cru percevoir, dans cette phrase sibylline une certaine satisfaction.

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Le dossier « Ulysse » a donné lieu à de nombreux sujets dans les médias, notamment sur le recours aux infiltrés et aux « enquêtes sous pseudonyme » menées par des cyberpatrouilleurs. Toutes les techniques déployées par la DGSI pour démanteler ce réseau terroriste figurent dans le dossier d’instruction et sont donc connues des accusés, dont certains sont d’authentiques membres de l’État islamique. Pour les besoins du récit, je n’ai parlé que des techniques déjà révélées par les médias et/ou ayant fait l’objet d’études de la part de la propagande djihadiste accessible sur Internet. D’autres éléments de la procédure qui n’ont jusqu’ici pas été rendus publics ne sont pas publiés dans cet article. De même, certains éléments pouvant permettre l’identification de sources humaines ne sont pas mentionnés.

Sinon, parmi les sources ayant permis ce récit : 

– Entretiens avec diverses sources judiciaires et policières, en 2016, 2017, 2018 ;

– Consultation du compte Facebook Ichigo Turn II utilisé par le nommé Salah-Eddine Gourmat, DGSI, 16 avril 2014 ;

– Rapport de synthèse du dossier « Ulysse », DGSI, 25 novembre 2016 ;

– Audition de Yahya N., Brigade de la lutte contre le terrorisme du royaume du Maroc, 29 novembre 2016 ;

– Procès-verbal « Annonce du décès de Salah-Eddine Gourmat, en compagnie de Sammy Djedou et de Walid Hammam », DGSI, 10 janvier 2017 ;

– Compte rendu de la réunion de coordination du groupe Eurojust, La Haye, 9 juin 2017 ;

– Nuno Tiago Pinto, « Como Portugal ajudou a desmantelar uma rede jihadista europeia », Sábado, 9 août 2018 ;

– Procès-verbal de « Renseignements relatifs à Boubakeur el-Hakim », DGSI, 31 août 2018.

L’essentiel de cet article est tiré de deux chapitres de mon livre Les Espions de la terreur (HarperCollins, 2020), réactualisés avec de nouveaux éléments d’enquête.