Visite dans "une france de propriétaires" qui galèrent

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Nicolas Sarkozy veut faciliter l'accession à la propriété. Sans forcément voir les difficultés qu'elle peut générer pour les foyers les plus modestes. Reportage en Loire-Atlantique.

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Caroline avait pourtant cru se montrer raisonnable. «Le 14 juin 2004, on a signé pour faire construire une maison à la Chapelle des Marais (Loire-Atlantique). Pour mon mari, qui vient d'une famille d'agriculteurs, c'était très important de devenir propriétaire. On n'a pas emprunté beaucoup : seulement 125 000 euros. Quinze jours après l'achat, la société de mon mari, qui était chef de chantier dans une entreprise de paysage, a été placée en redressement judiciaire. Ca a été le début de la galère.»
ce mercredi matin, dans une petite salle de la mairie de Guérande (Loire-Atlantique), Caroline, 34 ans, fait face à Roland, de l'association Service Conseil Logement (SCL). Elle est venue demander de l'aide. «Je ne suis vraiment pas fière d'être là, mais on est au stade où on ne sait plus gérer», dit-elle en tentant de garder le sourire, le dernier de ses trois enfants dans les bras.
Bien que le mari de Caroline n'ait mis que quelques mois à retrouver du travail, la famille a accumulé les retards d'impayés. 3465 euros pour le seul crédit immobilier. Et tous les mois, il faut en plus payer 500 euros de remboursement de crédit auprès de la Sofinco, et autres prétendus «spécialistes du prêt et du crédit à la consommation». Caroline explique: «Vous savez comment ça marche. On prend des crédits pour rembourser les crédits, et après....» Tout devient problématique: «J'ai rompu mon contrat de téléphone mobile pour faire des économies. Mais l'opératrice m'a mal renseignée. J'étais liée par contrat pour deux ans, et France Telecom, qui me réclame maintenant 10 mois de forfait, a confié à un huissier le contentieux. » Un de plus.
Le SCL du département, association à but non lucratif qui existe depuis 50 ans, va examiner son dossier et tenter de trouver des solutions, en négociant les taux avec les créanciers, en rééchelonnant les crédits ou en accordant des prêts sociaux.
Le dossier de Caroline est loin d'être un des plus lourds que doit gérer l'association : les dettes ne sont pas trop importantes. Mais son cas est emblématique: «Depuis quelques années, nous avons une explosion du nombre de familles qui n'ont plus les moyens d'acheter dans l'agglomération, explique Sylvain Huon, directeur du SCL. Elles achètent donc à 30-40 kilomètres du centre-ville, où elles se retrouvent assez isolées. Et dès qu'il y a un accident de la vie, type chômage, elles se retrouvent en grande difficulté. »
Caroline et son mari, comme bon nombre de ménages, ont sous-estimé certaines dépenses au moment de l'achat. Notamment celles liées à la voiture. «Habiter loin du centre signifie avoir besoin de deux véhicules. Les entretenir. En changer quand ils vieillissent, ou quand il y a un pépin. Souvent, les banques se sont contentées de budgéter le bien immobilier, et pour les familles, racheter un véhicule représente le crédit de trop, le premier pas vers le surendettement. Mais il arrive que ce soit autre chose, comme une chaudière qu'il faut subitement remplacer et qui fait tout basculer.»