Alexandre Benalla affirme échanger très régulièrement avec Emmanuel Macron

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Alexandre Benalla affirme à Mediapart avoir échangé très régulièrement avec Emmanuel Macron, sur des « thématiques diverses » comme les gilets jaunes, depuis sa mise à l’écart l’été dernier. L'Élysée avait pourtant assuré n'entretenir « plus aucun contact » avec lui. « Ça va être très dur de le démentir parce que tous ces échanges sont sur mon téléphone portable », confie l’ancien collaborateur du président, qu’il décrit par ailleurs comme étant entouré de « technocrates » qui « appartiennent à une famille pire que la mafia ».

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Il est formel et dit en avoir des preuves, nombreuses. Alexandre Benalla, dont le nom est aujourd’hui synonyme d’une, puis deux affaires qui empoisonnent la vie de l’Élysée, a affirmé dimanche 30 décembre, lors d’un entretien avec Mediapart, avoir échangé très régulièrement avec Emmanuel Macron depuis sa mise à l’écart de la présidence l’été dernier.

« Ça, ils ne pourront jamais le nier. Ça va être très dur de le démentir parce que tous ces échanges sont sur mon téléphone portable », assure l’ancien adjoint au chef de cabinet d’Emmanuel Macron, mis en examen pour « violences volontaires » (notamment) dans l’affaire du 1er mai et visé depuis peu par une nouvelle enquête judiciaire pour « abus de confiance » (notamment), ouverte par le parquet de Paris après les révélations de Mediapart sur ses passeports diplomatiques.

Emmanuel Macron et Alexandre Benalla. © Reuters Emmanuel Macron et Alexandre Benalla. © Reuters

La présidence de la République, qui n’a pas donné suite à nos sollicitations (voir notre boîte noire), avait pourtant assuré le 24 décembre, au quotidien Le Monde, qu'elle n’entretenait « plus aucun contact » avec Alexandre Benalla.

L’ancien collaborateur du chef de l’État, auprès duquel il a commencé comme garde du corps avant de devenir un confident doublé d’un conseiller informel, explique que ses rapports avec Emmanuel Macron passent essentiellement par l’application Telegram.

« Nous échangeons sur des thématiques diverses. C’est souvent sur le mode “comment tu vois les choses ?”. Cela peut aussi bien concerner les gilets jaunes, des considérations sur Untel ou sur Untel ou sur des questions de sécurité. C’est, en gros : “Comment tu sens le truc ?” », précise Alexandre Benalla. « C’était déjà le cas avant [quand il était encore à l’Élysée – ndlr] », ajoute-t-il.

Il affirme avoir échangé de manière régulière avec Emmanuel Macron, mais aussi d’autres membres de la présidence, jusqu’aux récentes révélations de Mediapart sur son utilisation d’un passeport diplomatique en dépit de son éviction de l’Élysée. « Là, le lien est coupé », dit-il.

Alexandre Benalla, dont les déplacements à l’étranger (en Afrique ou en Israël), le business privé qu’il y a entrepris dans le domaine sécuritaire et certaines de ses fréquentations (comme avec l’intermédiaire sarkozyste Alexandre Djouhri à Londres) suscitent des interrogations, affirme par ailleurs avoir toujours rendu compte en plus haut lieu de ses faits et gestes depuis son départ forcé de l’Élysée.

« J’explique que j’ai vu telle personne, je détaille les propos qui m’ont été rapportés et de quelle nature ils sont. Après, ils en font ce qu’ils veulent. Y compris le président de la République, qui est informé en direct », témoigne-t-il, précisant être autant sollicité par le chef de l’État qu’il le sollicite lui-même.

Alexandre Benalla se montre aujourd’hui surpris, voire amusé, par l’embarras que son nom peut susciter au Château. « C’est quand même facile pour l’Élysée de couper le cordon avec moi s’il le voulait vraiment. Il suffit d’arrêter les sollicitations ou de ne pas me répondre. Personne ne m’a jamais rien dit », dit-il.

A-t-il revu physiquement le président depuis son licenciement officiel de l’Élysée ? Alexandre Benalla louvoie : « Je vais encore affirmer un truc avec, en face de moi, des gens qui vous disent qu’ils sont prêts à mentir pour protéger le président », argue-t-il, faisant référence à une déclaration d’une conseillère presse du président, Sibeth Ndiaye, qui avait assuré en juillet 2017, dans un entretien à L’Express : « J’assume parfaitement de mentir pour protéger le président. »

Assurant n’avoir jamais reçu formellement de lettre de licenciement, en dépit d’un entretien préalable après les révélations du Monde sur les violences du 1er mai, Alexandre Benalla dit ne pas se considérer pour autant comme étant toujours en mission pour l’Élysée : « Non, je suis un élément extérieur qui veut du bien au mec [Macron – ndlr] qui lui a fait confiance. Aujourd’hui, ça peut paraître un peu dingue, j’aurais pu claquer la porte et passer à autre chose. Mais on continue à me solliciter, alors je continue à répondre. Je garde des liens. Cela dérange un certain nombre de personnes, qui sont puissantes et qui font comme si le président était sous curatelle. Ils lui font faire des conneries phénoménales. »

Aujourd’hui, Alexandre Benalla, 27 ans, ne retient plus ses coups contre le plus proche entourage du chef de l’État, un univers qu’il décrit comme peuplé de « technocrates » qui « appartiennent à une famille pire que la mafia, où tout le monde se tient, où tout le monde doit sa carrière à l’autre ».

Il cite nommément le directeur de cabinet du président, Patrick Strzoda, et le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, comme « archétypes des gens qui ne l’aident pas et lui font prendre des mauvaises décisions ».

« Ils sont dans le moule de ce système. Je suis désolé d’utiliser des mots que l’on entend d’ordinaire dans la bouche des extrêmes, mais c’est une réalité qui existe : un système technique et administratif qui déconnecte un mec – Macron – qui n’est déjà pas très connecté mais brillant. Mais quand vous êtes entouré de gens qui vous intoxiquent en permanence, ça finit par faire faire des bêtises. »

Emmanuel Macron et Alexandre Benalla. © Reuters Emmanuel Macron et Alexandre Benalla. © Reuters

Alexandre Benalla poursuit : « J’ai brusqué quand j’étais là, j’ai refusé de prendre les codes et les gens autour ne comprenaient pas pourquoi le président m’écoutait et pourquoi ma parole pouvait avoir une sorte d’importance. Vous vous rendez compte de l’énervement de ces mêmes gens quand ils découvrent que je continue d’échanger avec le président. […] Vous avez un système qui est pris en otage par une haute fonction publique qu’on appelle aussi les technocrates ou les énarques, plus un certain nombre de personnes qui errent dans les couloirs et qui font de l’influence sans qu’on sache bien quels intérêts ils servent si ce n’est les leurs. »

« J’ai un peu le cœur jaune », reconnaît l’ancien collaborateur élyséen, en référence au mouvement des gilets jaunes. L’intéressé dit d’ailleurs avoir été consulté par Emmanuel Macron sur cette crise sociale durant le mois de décembre. Le bruit d’une réunion confidentielle à l’Élysée le dimanche 9 décembre, à laquelle aurait assisté Benalla, a même couru Paris ces derniers jours, mais elle a été formellement démentie à Mediapart par la présidence.

Quant à Benalla, il affirme à ce sujet : « Je vais dire des choses qui vont être niées. Je ne veux pas rentrer là-dedans. Je veux garder ma crédibilité. La parole de Benalla qui a déjà menti sur Djouhri, c’est une parole systématiquement mise en cause. À chaque fois que je dis quelque chose, on saisit le procureur de la République. Quoi qu’il se passe, à la fin, il me restera l’image d’un menteur. »

Sur l’affaire des passeports diplomatiques, Alexandre Benalla répète ce qu’il a déjà déclaré à d’autres médias depuis les révélations de Mediapart. À savoir : les passeports diplomatiques en sa possession, rendus fin août à la présidence de la République, lui ont été restitués début octobre.

Il décrit la chronologie de la sorte : « Je rends une partie de mes effets personnels à la suite d’un mail que j’ai reçu du général Bio-Farina [commandant militaire de l’Élysée – ndlr] autour du 30 juillet, qui me demande de prendre contact avec son adjoint, un commandant. À la fin du mois d’août, je dépose tout, dont les passeports diplo’. Comment peuvent-ils dire que cela n’a pas existé ? Au mois de septembre, on m’appelle pour me dire “Alex, on a encore un carton à toi avec des affaires, il faudrait que tu les récupères”. Quand je me rends à l’angle de l’avenue Gabriel et de la rue de l’Élysée pour récupérer ces effets début octobre, il y a dans un sac plastique un chéquier, des clés et… les passeports diplomatiques. »

Pourquoi cette restitution a-t-elle eu lieu dans la rue ? « Parce que je suis comme un pestiféré. » Il assure que le « salarié » de l’Élysée qui lui a restitué les passeports lui aurait déclaré dans le même geste : « Tu ne fais pas de bêtises avec. » Benalla : « La personne qui me les rend le fait sur instruction. Qui peut donner l’instruction ? A minima le directeur de cabinet du président, ou au mieux le secrétaire général de l’Élysée. » Le président lui-même ? « Ça, faudra leur demander », esquive-t-il.

Alexandre Benalla accuse le Quai d’Orsay de l’avoir laissé utiliser ses passeports comme bon lui semble. « Si on ne veut pas que j’utilise ces passeports, il n’y a qu’à les désactiver et les inscrire à des fichiers. Il y a des procédures, tout de même ! Normalement, au Quai d’Orsay, au bout de plusieurs de lettres de relance soi-disant envoyées, on s’inquiète, non ? Ça ne passe pas inaperçu, deux passeports diplomatiques… », s’amuse l’ancien collaborateur d’Emmanuel Macron.

Il ajoute : « Il n’y a eu aucune démarche de faite pour récupérer mes passeports parce qu’il y a eu des instructions données dans le sens inverse, c’est tout. Et comme ils ne savent pas répondre aux journalistes, ils saisissent le procureur. Mais quand vous voyagez à l’étranger avec un passeport diplomatique, l’ambassade de France est au courant que vous arrivez. Les services de sécurité pour certains pays comme Israël ou en Afrique sont au courant. La DGSE peut être au courant. »

L’Élysée et le Quai d’Orsay assurent depuis plusieurs jours n’avoir jamais eu vent de l’utilisation de ses passeports diplomatiques à l’étranger par Alexandra Benalla. Ce dernier dit être entré avec « dans une dizaine de pays » depuis l’automne.

Pour lui, dans cette affaire, c’est certain : « Il y a des têtes qui vont tomber. » Mais Alexandre Benalla ne se fait pas d'illusion sur le fait que, pour l'instant, c'est la sienne qui est une nouvelle fois sur le billot judiciaire.

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L'Élysée n'a pas répondu aux questions de Mediapart, avant la publication de cet article.

Ce n'est que plusieurs heures après que le responsable de la communication a répondu, sans jamais démentir les propos d'Alexandre Benalla sur ses échanges avec le président de la République, comme Fabrice Arfi en a rendu compte sur Twitter.

L'Élysée a aussi fait savoir auprès de l'AFP qu'il refusait de répondre précisément. « Nous ne souhaitons pas poursuivre un dialogue par presse interposée avec M. Benalla qui se venge de son licenciement pour faute grave en entretenant tout un faisceau de contrevérités et d'approximations », indique l'Élysée.

Le Palais a en revanche démenti avoir remis les passeports diplomatiques à l'ancien chargé de mission : « L'Élysée a procédé depuis son licenciement à toutes les diligences pour récupérer les passeports et autres titres de l'intéressé. Il revient à la justice de donner suite à l'éventuelle utilisation de ces passeports diplomatiques par Alexandre Benalla depuis son départ de l’Élysée, utilisation dont l’Élysée n'avait pas connaissance avant que la presse ne la révèle. »