Accord de libre-échange Europe/Etats-Unis: Bricq ne veut «pas se précipiter»

Par

Des négociations pharaoniques sont sur le point de s'ouvrir, portant sur un accord de libre-échange entre l'UE et les États-Unis, à l'horizon 2015. La ministre du commerce extérieur Nicole Bricq détaille pour Mediapart la position française dans ce dossier.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Des négociations pharaoniques sont sur le point de s'ouvrir entre Bruxelles et Washington. Objectif : un accord « transatlantique » de libre-échange entre l'Union européenne et les États-Unis, qui doit permettre, en ces temps de déprime économique, de relancer la croissance de l'Union. À terme, l'accord créerait la plus grande zone de libre-échange au monde. « Ces négociations vont fixer la norme, non seulement pour le commerce et les investissements transatlantiques, mais aussi pour le développement du commerce à travers le monde », s'est réjoui José Manuel Barroso, le président de la commission, le 13 février.

Les discussions, qui pourraient durer plusieurs années, s'annoncent d'une grande complexité : elles portent non seulement sur les barrières douanières à revoir à la baisse, mais aussi et surtout sur un éventail de normes et de réglementation, qu'il s'agirait d'harmoniser entre les deux régions, pour doper les échanges commerciaux. Le dossier est explosif, puisque quasiment aucun secteur n'est exclu, a priori, des négociations.

Selon le calendrier officiel, les 27 États membres de l'Union s'apprêtent à définir un mandat de négociation auprès de la commission, qui devrait s'en saisir en juin prochain. Si les Allemands et les Britanniques veulent aller vite, que dit la France ? Quelle stratégie le gouvernement socialiste a-t-il choisi de déployer pour négocier ces accords ? L'essor de ces accords bilatéraux, que l'Union est aussi en train de négocier avec le Canada ou le Japon, est-il compatible avec le « juste échange » cher aux socialistes français ? 

Dans un entretien à Mediapart, la ministre du commerce extérieur défend l'utilité de cet accord, mais exhorte ses partenaires européens à ne pas se précipiter et « bâcler le travail ». Elle prend aussi ses distances avec la « démondialisation » qui fut un temps prônée par son collègue Arnaud Montebourg : « C'est un concept qui ne me parle pas. »

Nicole Bricq le 21 janvier 2013. © Reuters. Nicole Bricq le 21 janvier 2013. © Reuters.

À un peu plus d'un an des élections européennes, n'y a-t-il pas un risque majeur à se lancer dans des négociations pour un accord de libre-échange avec les États-Unis ?

Je ne crois pas. J'accepte le débat. J'ai commencé à exprimer mes positions et j'attends les réactions. Je rencontre des parlementaires, à Paris et à Strasbourg. Je suis favorable à cet accord, mais à certaines conditions. L'Europe a intérêt à cet accord s'il est équilibré. Il suffit de regarder la croissance américaine, à un rythme de 2 % environ à l'année, quand nous avons une croissance attendue à 0,3 % en 2013 dans l'Union.

Quelle sera la position française que vous défendrez ? 

Nous sommes dans la période où nous, les États membres, discutons du mandat que nous allons donner à la commission pour mener les négociations avec les États-Unis. La commission a estimé ces dernières années que, puisque le multilatéralisme était en panne au sein de l'Organisation mondiale du commerce, il fallait multiplier les accords de libre-échange bilatéraux.

Elle s'est déjà montrée très active, avec de grands pays, et souvent trop rapide. Heureusement, depuis l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne (en décembre 2009 - ndlr), le parlement européen a son mot à dire sur ces accords. Nous allons donc travailler avec le parlement pour avancer.

La commission va trop vite pour négocier cet accord avec les États-Unis ?

Elle veut aller vite, très bien. Mais cet accord porte sur un tiers du commerce international. Il va donc structurer la norme : d'autres pays vont s'aligner, mécaniquement, sur cet accord. Je vois bien que les Irlandais, qui président l'Union européenne, veulent lancer officiellement les négociations avant la fin de leur présidence (en juin prochain - ndlr).

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale

L'entretien a été réalisé le 28 mars à Paris, soit avant l'éclatement de la crise politique provoquée par les aveux de Jérôme Cahuzac sur l'existence de son compte en Suisse. Il a été relu et amendé à la marge. Il s'agit du premier article d'une série que nous allons consacrer, dans les mois à venir, à ces négociations transatlantiques.