Dette américaine: les renoncements d'Obama

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Au terme d'une négociation marathon, un accord a été trouvé dimanche entre les républicains et la Maison Blanche sur la dette américaine. Mais le président américain a cédé à toutes les exigences présentées par l'aile droite des républicains. Le New York Times parle d'une «capitulation».

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«Est-ce l'accord que j'aurais souhaité? Non.» Barack Obama n'a pas caché son insatisfaction en annonçant le compromis sur la dette américaine trouvé entre républicains et démocrates, à l'issue des journées de négociations. Mais le président américain l'a justifié au nom de la raison d'Etat: afin d'éviter un défaut de paiement américain qui aurait précipité les Etats-Unis et le reste du monde dans l'inconnu.

L'ennui est que cet accord, accepté au nom de la responsabilité politique, ne semble convaincre ni les marchés financiers ni l'opinion américaine. Si tous avouent un certain soulagement à voir s'éloigner la perspective d'un défaut, tout le reste garde un caractère d'irrésolu et de guerre politique, qui ne manquera pas de peser dans les mois voire dans les jours qui viennent.
Une fois les premiers instants d'euphorie passés, tout de suite après l'annonce de l'accord, les marchés financiers n'ont pas été aussi enthousiastes qu'espéré. Wall Street a salué, à l'ouverture, le compromis par une petite hausse de 0,73%, n'effaçant pas du tout les frayeurs et les pertes précédentes. Les bourses européennes, après un léger rebond, sont reparties dans le rouge. Sur le marché monétaire, le dollar qui a beaucoup perdu par rapport aux autres monnaies, s'est à peine repris face au yen. Il cotait en clôture de la bourse de Tokyo 77,42 yens contre 76,73 yens vendredi soir. La monnaie américaine s'est un peu appréciée aussi face au franc suisse, devenu monnaie refuge ces dernières semaines avec l'or. Mais elle reste toujours aussi faible face à l'euro. Malgré les dangers qui pèsent sur la zone euro, la monnaie européenne continue d'être à ses plus hauts à 1,43 dollar. L'accord ne semble donc pas avoir restauré la confiance si recherchée des marchés.
Les premières réactions aux Etats-Unis après l'annonce de l'accord survenu tard dans la soirée de dimanche sont aussi très critiques. Dès les premières heures, le New York Times signait un éditorial virulent sous le titre «un accord épouvantable pour échapper au chaos». «Il y a peu à saluer dans cet accord entre les dirigeants du Congrès et la Maison Blanche, hormis qu'il soit advenu. Le compromis devrait éviter un catastrophique défaut immédiatement et probablement jusqu'à la fin de 2012. Pour le reste, c'est une quasi complète capitulation face à la prise d'otage des républicains extrémistes. Cela va toucher les programmes pour les classes moyennes et les pauvres et menacer la reprise économique», écrit le quotidien new-yorkais.

Dès l'annonce, l'ancienne chef de file des démocrates à la chambre des représentants, Nancy Pelosi, qui s'était fait remarquer au moment de la crise financière par ses volontés d'encadrer Wall Street, a pris aussi ses distances. «Il faut regarder jusqu'où on peut soutenir cet accord», a-t-elle prévenu, laissant en suspens le vote d'une partie des démocrates.
Car l'accord obtenu dimanche soir est bâti sur les renoncements politiques et économiques des démocrates et de la Maison Blanche. Pendant des semaines, face à des républicains qui avaient transformé la question du relèvement du plafond de la dette, qui devait être une simple formalité, en un enjeu politique majeur, les démocrates avaient défendu des principes qui semblaient intangibles: la maîtrise tout à fait souhaitable des déficits ne pouvait passer par la seule réduction des dépenses. Les hauts revenus devaient aussi être associés à l'effort national, nombre de niches fiscales devaient être supprimées et les impôts devaient être relevés. Dans le même temps, le programme de sécurité sociale, Medicare, mesure phare de la présidence Obama devait rester intouché.

Aucun impôt pour les plus aisés

En quelques heures, toutes ces conditions ont été balayées. Pour obtenir le relèvement de 2.100 milliards du plafond de la dette américaine – d'un montant de 14.700 milliards de dollars – , la Maison Blanche a accepté toutes les exigences des républicains. Comme en décembre 2012 face au premier chantage de la droite américaine, Barack Obama a renoncé – ce qui pourrait lui coûter très cher politiquement – à augmenter les impôts des foyers les plus aisés et à supprimer les niches fiscales. Ceux-ci sont assurés d'être préservés jusqu'à la fin de 2013, date de la fin de l'accord avec les républicains sur la fiscalité.