Crise alimentaire: faut-il vraiment supprimer la FAO, cet outil si décrié des Nations unies?

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Une cinquantaine de chefs d'Etat et de gouvernement sont attendus à Rome, à partir de mardi 3 juin, pour apporter des réponses concrètes à la crise alimentaire mondiale. Ils ont répondu à l'appel de la FAO, l'organisation de l'ONU pour l'alimentation, de plus en plus critiquée depuis l'explosion des «émeutes de la faim». Qu'attendre de cette organisation à bout de souffle, fortement concurrencée par d'autres agences ou programmes internationaux ? Enquête.
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C'est l'heure de vérité pour la FAO. L'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, cible de critiques acerbes depuis l'explosion d'«émeutes de la faim» en février, organise à partir de mardi 3 juin à Rome, une conférence internationale sur la sécurité alimentaire. Une cinquantaine de présidents et de chefs de gouvernement sont attendus, autour du secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon.

 

 

Les objectifs officieux qui ont été fixés sont plus ou moins réalistes : lever des fonds supplémentaires pour l'aide alimentaire, élaborer un consensus sur l'épineuse question du rôle des biocarburants dans l'actuelle flambée des prix ou encore prendre position face aux mouvements de fermeture des frontières agricoles observés ici et là.

 


L'exercice sera périlleux pour la FAO : il s'agira tout autant d'organiser les débats et conclure des avancées sur des sujets délicats, que de se réinventer elle-même. Car plus personne ne semble croire aujourd'hui à la capacité de l'institution onusienne, née en 1945, et de son directeur général, le Sénégalais Jacques Diouf, en poste depuis 1994, à peser sur la situation actuelle.

 

 

Un rappel : 850 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde et un million d'enfants meurent chaque année de malnutrition, si l'on en croit les chiffres régulièrement communiqués par les ONG du secteur.

 

 

C'est le président sénégalais Abdoulaye Wade qui a frappé le plus fort, en appelant, le 4 mai, à la suppression pure et simple de la FAO : «La situation actuelle est largement son échec. Cette institution aux activités dupliquées par d'autres, apparemment plus efficaces, est un gouffre d'argent largement dépensé pour très peu d'opérations efficaces sur le terrain.» La sortie n'est sans doute pas exempte de considérations purement stratégiques (M. Diouf n'exclut pas d'être candidat à la présidentielle au Sénégal, à la fin de son troisième mandat, en 2012), mais l'écho retentissant des propos de Wade laisse penser qu'il n'est pas le seul à faire ce constat.

 

 

Rama Yade, le 23 mai, en rajoutait une couche, exhortant à «dégraisser certains mammouths parmi ces organisations qui recrutent beaucoup de gens, dépensent beaucoup en budget de fonctionnement, et donc moins en budget d'investissement».

 


Les critiques entendues ici et là ces dernières semaines ne sont pas nouvelles. La crise est larvée depuis les années 80. En juillet 2007, un comité d'experts indépendants avait déjà rendu un verdict cinglant, en près de 400 pages : institution à bout de souffle, structures «coûteuses et inefficaces», procédures d'un autre temps, bureaucratie excessive... Avant de conclure : «Le déclin amorcé dans les années 80 s'accélère maintenant rapidement. (...) A moins d'un changement drastique, [la FAO] sera confrontée à un déclin rapide et total.» Revue de détail des faiblesses de l'organisation.

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Contactés à plusieurs reprises, la représentation française de la FAO à Rome, ainsi que le ministère de l'agriculture à Paris, n'ont pas souhaité s'exprimer sur le sujet avant la conférence de Rome, où Nicolas Sarkozy devrait, semble-t-il, faire une «annonce».

 

Deux anciens fonctionnaires français en poste à la FAO ont refusé de parler, invoquant leur «droit de réserve». Enfin, deux économistes en poste actuellement à la FAO, assez critiques sur le fonctionnement de l'institution, ont eux aussi décliné, de peur de représailles...