Covid-19: de la Californie à l’Allemagne, de nouvelles mesures restrictives sont adoptées

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Un peu partout dans le monde, les autorités nationales ou locales font une pause dans le processus de déconfinement en raison d’une remontée des contaminations. En Europe, cinq villes ont reconfiné tout ou partie de leur population.

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Le coronavirus, qui a infecté plus de dix millions de personnes et causé la mort de plus d’un demi-million d’entre elles, est toujours là, tapi, prêt à repartir à l’attaque, si l’on reprend les termes guerriers en usage chez certains dirigeants (Xi Jinping et Emmanuel Macron). Et dans plusieurs pays, des mesures restrictives sont de nouveau prises en raison de l’augmentation des cas de Covid-19.

La Californie – qui a vu une forte croissance des cas quotidiens (+70 %) et des hospitalisations (+ 51 %) ces deux dernières semaines, selon Politico – jadis présenté comme un modèle dans la gestion de la pandémie, a désormais rejoint la Floride, le Texas et l’Arizona parmi les plus affectés. 

Mercredi, le gouverneur Gavin Newsom est ainsi revenu sur les mesures de déconfinement prises à partir de mai et a ordonné aux dix-neuf comtés les plus touchés de procéder à la fermeture pendant trois semaines des lieux commerciaux accueillant le public, comme les restaurants, les cinémas, les bars…

Raw Video: Gov. Gavin Newsom Announces New COVID-19 Restrictions, Rollback Of Reopenings © KPIX CBS SF Bay Area

La décision, explique Politico, affecte un habitant sur dix dans un État qui en compte près de 40 millions et touche en particulier le sud de la Californie. « Nous avons constaté une augmentation des activités où les gens ne peuvent tout simplement pas respecter les mesures de distanciation sociale », a déclaré le gouverneur. Les autorités craignent en particulier les rassemblements à venir à l’occasion de la fête nationale, samedi 4 juillet. Des villes ont d’ailleurs annulé les festivités prévues et les feux d’artifice.

Cependant, souligne le site d’information, « l’État, qui est la cinquième plus grande économie du monde, offre un aperçu à grande échelle de ce à quoi les États du pays pourraient être confrontés dans les semaines à venir alors qu’ils comptent avec un virus qui ne ralentira tout simplement pas ».

La Californie est en effet un « microcosme de tous les problèmes qui surgissent dans le pays : une population plus âgée et plus vulnérable ; des épidémies dans les prisons et les maisons de retraite ; les habitants enfermés affluant vers les plages, les restaurants et les bars envahis par les jeunes ; et une incidence élevée d’infection parmi les travailleurs essentiels, vivant souvent dans des logements collectifs ».

Le reste du pays n’est pas épargné. Selon un décompte du New York Times, les États-Unis – près de 2,7 millions de cas, plus de 128 000 morts – ont enregistré mercredi 49 932 nouveaux cas de coronavirus, « le cinquième record de cas sur une seule journée en huit jours ». La Caroline du Nord, le Tennessee et le Texas ont également connu des records, ce dernier atteignant plus de 8 000 nouvelles infections. 

Un check-point à l'entrée d'un quartier de Melbourne mis sous confinement le 2 juillet 2020. © William West/AFP Un check-point à l'entrée d'un quartier de Melbourne mis sous confinement le 2 juillet 2020. © William West/AFP

Dans ces conditions, la Californie n’est pas la seule à décider de nouvelles mesures restrictives. La ville de New York a repoussé la reprise prévue la semaine prochaine du service en salle des restaurants. Miami Beach a imposé un couvre-feu nocturne à partir de jeudi pour tenter de limiter la reprise de la pandémie. 

Dans le reste du monde, alors que l’Europe recouvre progressivement ses frontières et se prépare à partir en vacances – pour ceux qui en ont les moyens –, certains pays sont également amenés à prendre de nouveau des mesures restrictives. 

L’Allemagne a été relativement épargnée par le Covid-19, qui a jusqu’ici touché 195 228 personnes et provoqué la mort de 8 994 d’entre elles, selon l’institut de veille sanitaire Robert Koch. Et au plus fort de la circulation du virus en Europe, entre mi-mars et mi-mai, le confinement, même si les mesures ont été variables selon les Länder, y a été bien moins strict qu’en France, en Italie ou en Espagne. 

Mais mardi 23 juin, une première à l’échelle fédérale, le président de la très industrialisée et densément peuplée région de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Armin Laschet (CDU), annonçait un reconfinement local lié à l’apparition d’un foyer de contamination dans ce qui est présenté comme le plus grand abattoir d’Europe, Tönnies, à Rheda-Wiedenbrück. Plus de 1 500 cas d’infections y avaient été détectés parmi les travailleurs et leurs proches, alors que l’entreprise compte 6 700 employés, pour beaucoup des Roumains et des Bulgares.

Deux cantons – celui de Gütersloh (360 000 habitants) et celui de Warendorf (280 000 habitants) – étaient concernés par ce reconfinement, prévu dans un premier temps pour durer jusqu’au 30 juin, et qui s’est traduit par la limitation stricte des contacts entre personnes, la fermeture des bars, cinémas, musées, l’interdiction des activités de loisirs dans des espaces fermés, l’accès aux restaurants réservé aux seules personnes d’un même foyer… mais n’obligeait toutefois pas les personnes à rester à leur domicile. 

Lundi 29 juin, Armin Laschet a annoncé le déconfinement du canton de Warendorf ; en revanche, celui de Gütersloh demeurera sous cloche une semaine supplémentaire, soit jusqu’au 7 juillet, « par précaution », a précisé le dirigeant conservateur, potentiel successeur d’Angela Merkel à la chancellerie et qui brigue la présidence de la CDU. L’Autriche, où se rendent de nombreux Allemands pendant leurs vacances d’été, a par ailleurs annoncé dimanche 28 juin qu’elle allait contraindre les habitants de Gütersloh à présenter un test négatif de Covid-19 pour entrer sur le territoire.

Le scandale sanitaire à l’abattoir Tönnies a eu des répercussions jusque dans le football : le patron de l’entreprise agroalimentaire, Clemens Tönnies, a démissionné mardi 30 juin de la présidence du populaire club de foot de Schalke 04, fonction qu’il assumait depuis 2001. L’homme d’affaires, dont la fortune est estimée par Forbes à plus de deux milliards de dollars, était néanmoins sous pression depuis des mois, après des propos racistes envers les Africains tenus en août dernier et une saison chaotique sur le plan sportif.

L’importance des foyers de contamination apparus ces derniers temps – à Rheda-Wiedenbrück, donc, mais aussi à Göttingen et dans le quartier de Neukölln à Berlin, tous liés à des entreprises de l’industrie de la viande où les mauvaises conditions de travail et de logement des ouvriers sont pointées du doigt – avait fait bondir le très surveillé taux de reproduction de coronavirus en Allemagne, ou « R », estimé le 21 juin par les autorités sanitaires à 2,88 (ce qui signifie que 100 infectés infectent à leur tour 288 personnes). Au 1er juillet, celui-ci était de nouveau redescendu sous la barre de 1, signe de reflux de l’épidémie, à 0,86. 

Dimanche 28 juin, la ville de Berlin, d’ordinaire pourtant très libérale, a de son côté introduit de nouvelles amendes allant de 50 à 500 euros pour les usagers des transports en commun qui ne respecteraient pas l’obligation du port du masque. 

© Mediapart d'après Bloomberg

Au Proche-Orient, l’Iran, en prise avec une crise économique et qui avait déconfiné est, lui aussi, confronté à une augmentation des infections, ce qui a amené les autorités à annoncer de nouvelles mesures restrictives dans les villes de onze provinces. Parmi ces dernières, huit, dont la capitale Téhéran, sont considérées comme des zones rouges.

Selon les médias locaux, cités par le New York Times, le docteur Alireza Zali, responsable du comité de contrôle du virus de Téhéran, a réclamé un confinement partiel pour la capitale qui limiterait les déplacements et interdirait les mariages et les enterrements. Le port du masque sera obligatoire la semaine prochaine.

Enfin, en Asie-Pacifique, 300 000 habitants de Melbourne, dans l’État australien de Victoria, vivant dans une trentaine de quartiers, sont de nouveau confinés depuis mercredi et ce jusqu’au 29 juillet. S’ils pourront sortir pour aller travailler, faire des courses ou des activités physiques, ils ne pourront pas recevoir de visites de personnes vivant à l’extérieur. Une sorte de bulle préventive. Le monde d’après n’est pas encore là. Loin de là.

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