A Fukushima, «la situation est franchement mauvaise»

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Un nouveau séisme de magnitude 6,2 a frappé le Japon lundi, alors que l'exploitant nucléaire Tepco annonçait la mesure de taux de radioactivité records au sein de la centrale de Fukushima, endommagée par le séisme et le tsunami du 11 mars dernier.

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«La situation est franchement mauvaise.» Evoquant le site nucléaire de Fukushima, le directeur de l'Agence de l'OCDE pour l'énergie nucléaire, Luis Echavarri, a exprimé mardi son inquiétude après l'annonce, la veille, de taux de radioactivité records au sein de la centrale par la compagnie Tokoy Electric Power (Tepco).
Loin de s'améliorer, la crise nucléaire que traverse Japon après le séisme et le tsunami du 11 mars tend à se développer : «Il faut espérer qu'il y ait une évolution positive mais la situation est franchement mauvaise (…) Ce qui est préoccupant, c'est la tendance. Cela veut dire qu'il y a une source de radioactivité qui ne reste pas dans l'enceinte de confinement et qui va dehors», indique Luis Echavarri.
Lundi, un niveau de radiation anormalement élevé a été enregistré par l'exploitant du site nucléaire. Un niveau record qui aurait atteint 10 sieverts par heure entre les réacteurs accidentés de la centrale. C'est près de trois fois plus que le précédent le taux plus élevé, enregistré le 3 juin, qui s'élevait alors trois à quatre sieverts par heure dans le réacteur numéro un. Interrogée sur cette augmentation soudaine, la compagnie s'est révélée incapable de l'expliquer : «Nous sommes toujours en train de vérifier la cause de tels niveaux élevés de radioactivité», a indiqué une porte-parole de Tepco à l'AFP.
Ces nouvelles mesures de radioactivité remettent en cause les déclarations récentes du gouvernement japonais qui affirmait que les niveaux de radiations aux alentours de la centrale avaient chuté à un niveau identique à deux millionièmes du pic enregistré le 15 mars. D'autant plus qu'un nouveau séisme de magnitude 6,2 a secoué le nord-est du pays lundi près de Hamaoka (voir carte).
Si aucun dégât n'a été signalé par l'institut américain de géophysique (USGS), le danger n'est pas pour autant écarté: Hamaoka abriterait, selon le NewScientist «la centrale nucléaire la plus dangereuse du Japon». Fermée au mois de mai pour permettre la construction d'un barrage géant préventif contre les tsunamis, elle est située au centre de deux failles sismiques. En 2004, le sismologue Katsuhiko Ishibashi, de l'Université de Kobe, l'avait comparée à «un terroriste kamikaze prêt à se faire exploser». Dans un pays qui subit chaque année plus de 20% des tremblements de terre les plus violents recensés sur la planète, la menace est réelle.
Les autorités et Tepco prévoient toujours de stabiliser la situation à Fukushima en conduisant les réacteurs vers un état dit d’«arrêt à froid» d’ici à janvier. Diverses actions se poursuivent pour tenter de faire baisser la température du combustible, notamment grâce à la mise en place d’un système de circulation d’eau de refroidissement.
Mardi, le gouvernement a également déclaré l'arrêt de toutes les ventes de bœuf provenant de la région de Fukushima, après que de la viande contaminée ait été vendue à des magasins et des restaurants. Un plan s'étalant sur trente ans a été annoncé pour contrôler et préserver la santé des deux millions d'habitants de la zone sinistrée, également victime depuis le week-end dernier de pluies torrentielles et d'inondations (voir vidéo).