Mark Judge, ami de jeunesse du juge Kavanaugh, interrogé par le FBI

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Mark Judge, l'ami de jeunesse du juge Brett Kavanaugh impliqué par l'universitaire californienne dans l'agression sexuelle dont elle dit avoir été victime en 1982, a été entendu par des agents du FBI, a annoncé lundi soir son avocate.
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WASHINGTON (Reuters) - Mark Judge, l'ami de jeunesse du juge Brett Kavanaugh impliqué par l'universitaire californienne dans l'agression sexuelle dont elle dit avoir été victime en 1982, a été entendu par des agents du FBI, a annoncé lundi soir son avocate.

Christine Blasey Ford affirme que Mark Judge était présent lorsque Brett Kavanaugh, choisi par Donald Trump pour siéger à la Cour suprême, l'a agressée dans une chambre d'une maison du Maryland alors que tous trois étaient lycéens.

Dans sa déposition devant les membres de la commission des Affaires judiciaires du Sénat, retransmise en direct à la télévision et sur internet, l'universitaire de Palo Alto a affirmé jeudi dernier que Judge et Kavanaugh étaient tous les deux ivres et hilares au moment de l'agression.

Kavanaugh comme Judge ont rejeté les accusations de l'universitaire, aujourd'hui âgée de 51 ans. Le juge fédéral se dit victime d'une cabale politique montée par les démocrates.

"M. Judge a été interrogé par le FBI mais son interrogatoire n'est pas terminé. Nous vous prions de faire preuve de patience le temps que le FBI finisse son enquête", a dit l'avocate Barbara Van Gelder dans un communiqué.

Mark Judge et Brett Kavanaugh étaient dans la même classe de la Georgetown Preparatory School, une école privée élitiste de la banlieue de Washington.

P.J. Smyth, qui fréquentait la même école et qui, selon Ford, était lui aussi présent à la fête privée, a également été entendu par des agents du FBI, assurant de nouveau n'avoir aucun souvenir de cette fête ni d'une conduite déplacé de son ami Kavanaugh, ont rapporté ses avocats.

Les enquêteurs du FBI ont aussi entendu une autre accusatrice de Brett Kavanaugh, Deborah Ramirez. En revanche, sa troisième accusatrice, Julie Swetnick, n'a pas été contactée par le Bureau fédéral d'investigation, a déclaré lundi sur CNN son avocat, Michael Avenatti.

CONFIRMATION SUSPENDUE

La commission judiciaire du Sénat, à majorité républicaine, a bien voté vendredi en faveur de la nomination du juge Kavanaugh et transmis le dossier au Sénat pour un vote solennel.

Mais ce vote en commission n'a été possible que parce que le sénateur républicain modéré Jeff Flake a obtenu de la commission qu'elle sollicite une enquête du FBI sur les allégations d'agression sexuelle dont fait l'objet ce magistrat catholique conservateur.

Le processus de confirmation est donc suspendu le temps que le FBI boucle le complément d'enquête dont Donald Trump l'a chargé vendredi soir, précisant qu'il souhaitait que ce travail soit bouclé "en moins d'une semaine".

"Je veux qu'ils mènent une enquête très complète. Quoi que cela signifie pour les sénateurs, les républicains et la majorité républicaine, je veux qu'ils fassent ça", a réaffirmé le président américain lundi devant la presse à la Maison blanche.

"Je souhaite que cela soit fait rapidement", a-t-il ajouté, faisant observer aussi que ce complément d'enquête ne devait pas se transformer en une "chasse aux sorcières", reprenant l'expression qu'il emploie régulièrement pour qualifier l'enquête du procureur spécial Robert Mueller sur l'ingérence russe dans la présidentielle de 2016.

Mitch McConnell, leader de la majorité républicaine au Sénat, a déclaré qu'un vote sur la candidature de Brett Kavanaugh aurait lieu dans la semaine. Son porte-parole a refusé de dire si McConnell faisait allusion à un vote procédural ou au vote définitif sur la nomination de Kavanaugh.

"NOUS DEVONS DÉVOILER CE QUE NOUS POUVONS"

L'affaire Kavanaugh, qui s'est mué en casse-tête pour la Maison blanche, a accentué, à cinq semaines des élections du 6 novembre au Congrès, la polarisation politique des Etats-Unis et intervient dans le contexte prégnant du mouvement #MeToo contre le harcèlement sexuel et les agressions sexuelles.

S'il est confirmé, Kavanaugh, 53 ans, consolidera pour plusieurs décennies le contrôle qu'exerce le camp conservateur sur la plus haute instance judiciaire du pays, dont les membres sont nommés à vie.

Certains républicains redoutent cependant qu'un passage en force ne se retourne contre leurs candidats le 6 novembre.

Neuf des dix sénateurs démocrates siégeant à la commission judiciaire ont adressé lundi une lettre au directeur du FBI, Christopher Wray, et à Don McGahn, avocat de la Maison blanche, recensant 24 personnes qu'ils souhaitent voir être interrogées par la police fédérale dans ces trois affaires.

"Nous souhaitons évidemment que le FBI mène une véritable enquête et nous travaillons à ce qu'elle ait lieu", a commenté Jeff Flake lors d'une réunion à Boston. "Nous devons dévoiler ce que nous pouvons", a ajouté le sénateur de l'Arizona qui ne briguera pas de nouveau mandat le 6 novembre prochain.

Certains élus démocrates se sont indignés au cours du week-end des informations faisant état de la volonté de la Maison blanche et de la majorité républicaine de limiter le nombre de témoins qui pourraient être entendus par le FBI et d'exclure la troisième accusatrice de Kavanaugh.

Les démocrates demandent également une copie de toutes les auditions de témoins ainsi que la liste des personnes qui ont refusé de coopérer avec l'agence fédérale.

MOBILISATION FÉMINISTE

Signe du profond débat qui a saisi l'Amérique sur l'affaire Kavanaugh, Mitch McConnell a à son tour été pris à partie par des manifestantes alors qu'il tentait lundi de quitter le terminal de l'aéroport Reagan de Washington.

"Combien d'histoires de violences sexuelles vous faudra-t-il entendre avant de croire les femmes", lui a lancé une manifestante, dont l'intervention a été filmée et mise en ligne sur les réseaux sociaux.

Vendredi, c'est le sénateur Flake, quelques heures avant son "oui mais" à la nomination du juge, qui avait été interpellée par deux femmes victimes de violences sexuelles. Flake a reconnu lundi que cette rencontre impromptue, largement relayée, avait contribué à sa démarche, voter pour Kavanaugh mais demander aussi qu'une enquête du FBI soit menée avant le vote en séance plénière par les 100 sénateurs.

Les manifestantes visent aussi deux autres sénatrices républicaines encore indécises, Susan Collins, élue du Maine, et Lisa Murkowski, dans l'Alaska. Des rassemblements quotidiens sont organisés devant le local de Collins à Portland, Maine.

Avec 51 voix contre 49, la majorité républicaine au Sénat pourrait dépendre des décisions de Flake, Collins et Murkowski.

"Nous sommes toujours là, toujours en colère", a déclaré Rachel Carmon, une des organisatrices de la Women's March organisée à Washington au moment de l'investiture de Trump, début 2017, et qui prépare un nouveau rassemblement, la Cancel Kavanaugh March, contre le juge Kavanaugh ce jeudi à Washington.

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