Répression syrienne: Hama, ville martyre coupée du monde

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Près de trente ans après le massacre ordonné par Hafez El-Assad pour écraser le soulèvement des Frères musulmans à Hama, cette ville du centre de la Syrie fait de nouveau l'objet d'une répression sanglante. Depuis dimanche, plus de cent personnes y auraient été tuées par les forces de sécurité.
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En pénétrant dans la ville rebelle de Hama dimanche 31 juillet, veille du ramadan, les chars de l'armée syrienne ont brutalement réveillé les fantômes de 1982. Près de trente ans après le massacre ordonné par Hafez El-Assad pour écraser le soulèvement des Frères musulmans, le président syrien Bachar El-Assad se pose aujourd'hui en triste héritier de son père.

Dans la seule journée de dimanche, plus de 100 personnes sont mortes à Hama. Et le bilan humain s'alourdit de jour en jour. Mercredi 3 août, selon les ONG de défense des droits de l'homme basées à l'étranger, de nouvelles explosions ont retenti dans la ville. Les lignes téléphoniques semblaient avoir été coupées, ce qui rend impossible toute confirmation de ces nouvelles violences sur le terrain.

Nombre d'observateurs mettent en perspective les événements de 1982 avec la répression actuelle. Selon le quotidien d'Abou Dhabi The National, «les autorités (syriennes) ont délibérément comparé la situation actuelle à celle du début des années 1980, insistant sur le fait qu'aujourd'hui, comme alors, le pays faisait face à une insurrection de l'armée islamique». Le caractère hautement symbolique de la ville d'Hama aurait également été utilisé par l'opposition pour rappeler la violence du régime. «Votre âme est damnée, Hafez», scandaient certains manifestants lors des derniers rassemblements, rapporte The National.

Mais pour l'historienne Nora Benkorich, qui poursuit une thèse portant sur l'histoire de la Syrie baasiste depuis 1963, la comparaison entre les événements récents et ceux de 1982 est loin d'être évidente : «L'idée que les manifestants se soient emparés de cette ville emblématique pour faire écho aux seuls événements passés me semble guère probable», confie-t-elle avant de revenir sur les circonstances qui entraînèrent la répression sanglante de février 1982, qui fit, en l'espace de trois semaines, entre 15.000 et 30.000 morts, selon les estimations.

«L'impulsion du mouvement d'insurrection de 1982 a été initiée par une branche dissidente des Frères musulmans (la Tali'a al-Muqâtila, l'Aile combattante), sans l'aval officiel du bureau politique de ces derniers, explique-t-elle. Les militants de cette branche dissidente ont lancé l'assaut sur Hama en s'attaquant à tous les éléments assimilés au parti Baas et au régime. C'était un peu suicidaire comme démarche. Ils avaient peut-être espéré que leur mouvement s'élargisse à d'autres villes de Syrie, mais personne ne s'est solidarisé à l'époque de Hama, justement parce que c'était des ultra-radicaux qui étaient derrière.»

«En 1982, il n'y avait ni You Tube, ni Twitter, et il n'y avait pas de téléphones mobiles, écrit Robert Fisk dans The Independant. Pas une seule photo de morts n'a jamais été publiée.» Pour ce spécialiste du Moyen-Orient, seules les nouvelles technologies permettent aujourd'hui de se faire une idée de la violence de la répression. Plusieurs vidéos attestant cette violence sont en effet régulièrement mises en ligne sur la page Facebook de la révolte syrienne. Car faute de journalistes sur place, la situation de Hama est difficile à mesurer autrement que par le web: «Cette fois-ci, le régime a tout simplement fermé les frontières à la quasi-totalité des journalistes», constate M. Fisk.

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