Médias européens: le maquis des financements publics

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La commission et le parlement européens subventionnent une myriade de médias, plus ou moins connus, traitant de l'actualité européenne. Le but : favoriser un débat public européen. Pour mieux le contrôler ?

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De notre envoyé spécial à Bruxelles

Le site Presseurop va s'arrêter de fonctionner le 20 décembre. La perte d'un contrat avec la commission européenne a ouvert, en octobre, une procédure de licenciements, au sein de la rédaction de Courrier International, l'hebdomadaire du groupe Le Monde qui réalise ce projet. Au total, 26 postes équivalents temps plein sont supprimés, et au moins 25 autres de pigistes.

Lors d'un vote fin novembre à Strasbourg, les eurodéputés semblaient avoir accordé un sursis à Presseurop. Ils avaient en effet relevé de près de sept millions d'euros la ligne prévue pour le « multimédia », dans le budget 2014 – ce qui aurait pu profiter, par ricochets, à ce site spécialisé, qui assure un service de sélection et de traduction en dix langues du « meilleur » de la presse européenne. Mais la commission n'a rien voulu entendre.

Une histoire comme il en existe tant, dans le paysage sinistré de la presse européenne ? Pas tout à fait : le grand public a découvert, à cette occasion, l'existence de financements publics, versés par la commission de Bruxelles, mais aussi par le parlement européen, à des titres « spécialisés » sur l'actualité de l'Union. Presseurop touchait ainsi, depuis cinq ans, 3,2 millions d'euros par an de la commission. Bien d'autres médias, plus ou moins confidentiels, en profitent également, pour tenter de faire émerger cet introuvable « espace public européen ». D'après nos calculs, la seule direction de la communication a versé quelque 40 millions d'euros, cette année, à des médias en tout genre. Mais à quel prix, en matière d'indépendance éditoriale ?

À la tête de Presseurop, Éric Maurice comprend d'autant moins la décision de la commission, que l'audience du site n'a cessé, assure-t-il, de progresser en quatre ans. Mieux encore : le cabinet privé Deloitte avait, à la demande de la commission, évalué le site en 2012, et le bilan s'était révélé plutôt positif – même si l'on peut douter de la pertinence de certains critères retenus. 

Chez Viviane Reding, la commissaire européenne à la citoyenneté, on avance deux arguments, pour expliquer la volte-face de l'été. D'abord, crise oblige, l'institution doit faire des économies. La « DG comm' », comme on l'appelle à Bruxelles, est l'un des postes les plus touchés, au sein de la commission, par le budget d'austérité que les chefs d'État et de gouvernement ont entériné, en février, pour l'Union européenne : une coupe de 20 % dès l'an prochain.