Derrière le «modèle» économique allemand, des milliers de précaires

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Douze ans après la mise en place des réformes « Hartz », l’économie allemande affiche certes le plus bas taux de chômage de la zone euro. Mais elle compte aussi une proportion croissante d’emplois à temps partiel et sous-payés. Reportage à Bochum, dans la Ruhr, où la désindustrialisation se conjugue à la dérégulation.

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Bochum (Allemagne), envoyée spéciale.– « Nous vous remercions pour votre candidature mais pour le moment, tous nos postes sont occupés. » Combien de fois Jozef a-t-il reçu ce type de réponse ? Dix, vingt… ? « Au moins une cinquantaine », estime ce chômeur de Bochum, ancien fleuron industriel de la Ruhr, dans l’ouest de l’Allemagne. À 57 ans, pour continuer à avoir droit à sa mince allocation chômage de 409 euros par mois, Jozef Klaczor est obligé d’envoyer au moins une candidature par semaine à une entreprise afin d’attester  la réalité de sa recherche d’emploi. Comme tous les « Hartz IV » – du nom de la loi passée en 2005 qui a sévèrement durci les conditions d’indemnisation des chômeurs en Allemagne –, s’il ne s’acquitte pas de cette obligation, il court le risque de voir son allocation amputée. C’est d’ailleurs ce qui lui est arrivé, un mois où il n’avait envoyé que trois candidatures au lieu de quatre. Tout un trimestre ensuite à tirer le diable par la queue avec une allocation minorée de 30 %… C’est ce qui arrive, aussi, quand on ne se présente pas à un rendez-vous fixé par le “Jobcenter” (en anglais dans le texte), l’office allemand chargé des chômeurs de longue durée. Et si les manquements sont répétés, au bout, c’est la suppression complète de l’allocation.