Israël-Palestine: le fiasco de l'initiative française

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Reculades françaises en série

L’interminable négociation entre les États-Unis et Israël, en cours depuis des mois, sur le renouvellement de l’aide financière américaine à l’armée israélienne semblait d’ailleurs offrir à Obama un levier exceptionnel pour agir sur le gouvernement Netanyahou. Alors que l’accord en cours (2009-2018) allouait à Israël un total de 30 milliards de dollars, l’accord signé en septembre porte sur un montant de 38 milliards, soit une augmentation de 20 %. C’est-à-dire l’aide militaire la plus généreuse de toute l’histoire des États-Unis.

En échange, Israël s’était engagé à ne pas construire de nouvelle colonie en Cisjordanie. Trois semaines après la signature de l’accord, alors que Barack Obama était en vol à destination de Tel-Aviv pour assister aux obsèques de Shimon Peres, le gouvernement israélien approuvait la construction de 300 nouveaux logements dans la colonie de Shilo, en Cisjordanie. À elle seule, cette séquence indiquait à quel point il était irréaliste d’attendre d’Israël la moindre concession.

Si Washington, son protecteur historique, n’était pas parvenu à obtenir même une trêve de la colonisation, et acceptait sans réagir un camouflet humiliant, comment Paris, loin de disposer des mêmes atouts, pouvait-il espérer obtenir, avant la fin de l’année, une volte-face d’Israël ? Sans l’avouer, le Quai d’Orsay avait intégré, dès septembre, la quasi-certitude d’un refus israélien, donc de l’impossibilité de réunir la seconde conférence et de maintenir en vie l’initiative française.

Shimon Peres était venu défendre l'intransigeance israélienne auprès de ses amis socialistes français en mars 2016 Shimon Peres était venu défendre l'intransigeance israélienne auprès de ses amis socialistes français en mars 2016

L’important étant, selon un familier du dossier, de « redonner du souffle à la solution à deux États », l’émissaire français planchait sur des options de substitution reposant notamment sur l’activation du volet économique de l’initiative ou la mobilisation, dans les deux camps, des ONG et des associations favorables à la coexistence des deux États. C’est à ce moment que la résolution sur Jérusalem, adoptée en avril par l’Unesco, est revenue devant le Conseil exécutif de l’organisation pour être définitivement adoptée. Pour éviter les critiques adressées par Israël et ses amis au texte d’avril, les promoteurs du texte – Palestine, Égypte, Algérie, Maroc, Liban, Oman, Qatar et Soudan – avaient accepté de le modifier. Le document rappelait donc, à deux reprises, que la Vieille Ville de Jérusalem et ses remparts, mais aussi le tombeau des Patriarches à Hebron et la tombe de Rachel à Bethléem, « revêtent une importance religieuse pour le judaïsme, le christianisme et l’islam ».

Peine perdue. Non seulement plusieurs pays qui avaient voté en faveur du texte, parmi lesquels la France, ont choisi cette fois de s’abstenir – quatrième reculade –, ce qui n’a pas empêché la résolution d’être adoptée, mais Benjamin Netanyahou, sans même discuter le fond de la résolution, a sur-le-champ manifesté son indignation en affirmant que « l’Unesco avait perdu le peu de légitimité qui lui restait », avant de décider le retrait de son ambassadeur de l’organisation culturelle internationale. Début novembre, après cette ultime escarmouche où Paris avait, une nouvelle fois, reculé face à Israël, le sort de l’initiative française était définitivement scellé.

En visite à Jérusalem, pour une dernière tentative de relance du projet, l’émissaire français Pierre Vimont se heurtait à un mur. « On ne parviendra à un accord que par des négociations directes entre Israël et l’Autorité palestinienne, lui répétaient le conseiller à la sécurité nationale, Jacob Nagel, et le représentant spécial du premier ministre, Yitzhak Molcho. Israël ne participera donc à aucune conférence internationale quelle qu’elle soit, qui irait à l’encontre de cette position. »

Sèchement éconduit, contraint d’admettre son échec, Paris était fondé à manifester un mécontentement ostensible. Sa réponse fut, au contraire, une manifestation de coopération militaire inédite : durant deux semaines, en novembre, des avions de combat israéliens participèrent, pour la première fois dans l’histoire des relations entre les deux pays, à des manœuvres communes avec des Rafale de l’armée de l’air dans le ciel corse.  

L’échec du projet français était pourtant d’autant plus clair que les informations en provenance de Washington, au lendemain de l’élection de Donald Trump, ne laissaient espérer aucun soutien américain. « Il est très peu probable, rapportaient les diplomates français, que Barack Obama prenne une dernière initiative à propos du processus de paix au Moyen-Orient. Pour deux raisons. Parce que, après la victoire de Trump, il tient à ce que la transition se déroule dans la sérénité, sans polémiques. Et parce que le dossier du processus de paix n’est la première priorité ni pour le gouvernement sortant, ni pour la prochaine équipe au pouvoir. »

Refus ferme et définitif d’Israël. Retraite en bon ordre de Washington. Passivité du monde arabe. Attentisme russe. Inconséquences et reculades françaises en série. Il ne reste plus aujourd’hui à Jean-Marc Ayrault et François Hollande qu’à annoncer officiellement l’échec de l’initiative française.       

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