Au Mali, Niger et Sénégal, le marché de l’identité en plein essor

Par Andrea De Georgio et Giacomo Zandonini
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Merci pour cet article.

Ne pas oublier qu'en France, c'est le régime de Vichy qui a rendu obligatoire la carte d'identité, pour faciliter le contrôle de la population. Ce n'est évidemment pas son seul usage, mais il est bon de le garder à l'esprit.

Par ailleurs, rappelons que le "pacte de Marrakech" acte le fichage des migrants "pour leur bien" puisqu'il s'agit de les répartir correctement au sein des pays occidentaux. L'article mentionne justement cette finalité de contrôle migratoire.

Tout cela est inquiétant quand on l'intègre aux tensions migratoires à venir compte tenu de la guerre des ressources et des changements climatiques en cours. Vers quel type de société allons-nous ?

Point Godwin presque atteint. 

Par ailleurs, c'est bien parce qu'il y a des tensions migratoires à venir que l'identification des populations est une urgence.

C'est marrant de voir comment, en utilisant exactement les mêmes arguments que vous, on arrive, quand on est dans la logique et non pas dans l'aveuglement idéologique, à une conclusion exactement contraire. 

 

Le fichage des migrants est une pente glissante, un outil dangereux à la portée d'une dérive autoritaire. Imaginez la ligne Orban majoritaire en UE d'ici 10 ans, et un tel fichier à porter de main...

Il ne s'agit pas de votre sous-entendu nazi mais de l'usage de l'identification dans un régime autoritaire, dont Vichy n'a été qu'un exemple.

Quant à l'idéologie que vous me prêtez, je ne vois pas trop. Je vous invite à expliciter.

La carte d'identité n'est pas obligatoire ce me semble...

Voici la formulation issue de Wikipédia : Par la loi du 20 novembre 194010, le gouvernement du maréchal Pétain ordonne que « tout Français de l'un ou de l'autre sexe, âgé de plus de seize ans, ne peut [désormais] justifier de son identité […] que par la production d'une carte d'identité, dite « carte d’identité de Français »»

J'avoue que le caractère obligatoire n'est pas explicite mais qu'il est mentionné comme unique moyen de justifier son identité. Il faut donc se demander quelle importance il y avait à être en capacité de justifier son identité à cet époque.

Il semble que la CNI redevient facultatif après-guerre : la carte d'identité redevient non obligatoire avec le décret no 55-1397 du 22 octobre 19556

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Les éléments de comparaison des crânes d'oeuf de Bruxelles...

 un fonctionnaire de Bruxelles, sous le couvert de l’anonymat. C’est comme acheter une Porsche là où on n’a même pas un chemin pour se promener. »

Ach Ferdinand Porsche l'ami personnel d'adolf

C’est fou ce que l’on investit dans les pays les plus pauvres d’Afrique, et notamment au Niger, pour aider les gouvernements à empêcher leurs troupeaux de crève-la-faim de sortir du pays (la semaine dernière, on investissait dans la police des frontières au Niger, maintenant dans le fichage de la population). Je pense qu’il n’est pas grossier de dire qu’on ferait mieux de les aider à soigner et à éduquer les populations (dont le taux d’alphabétisation est dramatiquement bas et le système de santé quasi-inexistant), puisque c’est ce que l’on prétend vouloir faire depuis 60 ans. Ces populations préféreraient mille fois rester chez elles, si elles pouvaient y entrevoir un avenir. Or ce qui nous intéresse, ce n’est pas leur avenir mais les richesses qu’ils ont sous les pieds et dans leurs eaux. Des cartes d’identité pour voter : formidable. On leur a même donné, au Congo, des machines à voter. Cela ne nous a jamais empêché d’aider les dictateurs à rester au pouvoir. Comme disait Chirac : « Il faut bien que les dictateurs gagnent les élections, sinon ils n’en feront plus ».

Ce commentaire a été dépublié par son auteur.

passeport-enfant

Pour « un monde digne des enfants » ...

Pour « un monde sans âmes errantes » ...

 

« Si j’avais enregistré ma fille à la naissance,j’aurais gagné ce procès. Je l’aurais protégée. »

( Mukasa, père ougandais d'une fillette de 13 ans abusée sexuellement.)

 

« Pour obtenir un certificat de naissance, j’ai dû obtenir dans un premier temps un certificat de baptême ! »

(Témoignage d’un Bolivien )

LE SAVAIS-TU ?

Dans le monde, la naissance de près de 230 millions d’enfants de moins de cinq ans n’a jamais été enregistrée ! Les niveaux d’enregistrement des naissances les plus faibles concernent l’Afrique subsaharienne (44 %) et l’Asie du Sud (39 %) . Plus de la moitié des enfants privés du droit à une identité vivent en Asie !

Être enregistré à la naissance est le premier des droits civils parce qu’il atteste de l’existence et de l’identité d’un enfant. Sans enregistrement, l’enfant ne peut pas être protégé car il n’a pas d’existence officielle.

Avoir une identité permet de lutter contre la traite, les enlèvements, les mariages précoces, l’exploitation sexuelle, l’enrôlement des enfants dans l’armée, le travail forcé...Il y a des enfants qui arrivent seuls en France et qui n’ont pas de carte d’identité (.https://www.unicef.fr/sites/default/files/userfiles/04_DROIT_IDENTITE.pdf)

Les enfants issus de l’immigration, ceux des familles sans-papiers, des demandeurs d’asile ou des gens du voyage, sont gravement pénalisés en matière de droit à l’identité et ne bénéficient daucun STATUT protecteur.(https://data.unicef.org/wp-content/uploads/2015/12/Birth_Registration_French_LoRes_24.pdf)

Accusé d’un délit, l’enfant non inscrit à l’état civil peut être poursuivi au même titre qu’un adulte, en raison de son incapacité à prouver son âge. Enregistrer un enfant dès sa naissance est la première étape pour garantir son existence aux yeux de la loi, protéger ses droits et s’assurer que toute violation de ces droits ne passe pas inaperçue.1


IL N'Y A PAS DE DÉMOCRATIE POSSIBLE SANS CARTES D' IDENTITÉ DE SES CITOYENS !



 

 

Compléments :

https://data.unicef.org/wp-content/uploads/2015/12/Birth_Registration_French_LoRes_24.pdf

MALI

Nbre de naissances enregistrées ( %) : 81

Sexe (%) Fille : 81

Garçon : 80

Âge exprimé en mois 

0-11 : 78

12-23 : 83

24-35 : 80

36-47 : 81

48-59 : 82

Lieu de résidence ( %)

urbain : 92

rural : 77

Région (%)

Taux d'enregistrement le plus élevé : 95

Taux d'enregistrement le plus faible : 41

Quintille de richesse du foyer (%)

Le plus pauvre : 65

Le deuxième : 74

Intermédiaire : 81

Quatrième : 92

Le plus riche : 96

Année de référence 2010

Sources des données : MICS ( Enquête en grappes à indicateurs multiples )

2006 : Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention des cas d’apatridie en relation avec la succession d’États, article 2

Article 7

1.L’enfant est enregistré aussitôt sa naissance et a dès celle-ci le droit à un nom, le droit d’acquérir une nationalité et, dans la mesure du possible, le droit de connaître ses parents et d’être élevé par eux.

2. Les États parties veillent à mettre ces droits en œuvre conformément à leur législation nationale et aux obligations que leur imposent les instruments internationaux applicables en la matière, en particulier dans les cas faute de cela l’enfant se trouverait apatride.

Article 8

1. Les États parties s’engagent à respecter le droit de l’enfant de préserver son identité, y compris sa nationalité, son nom et ses liens familiaux, tels qu’ils sont reconnus par la loi, sans ingérence illégale.

2. Si un enfant est illégalement privé des éléments constitutifs de son identité ou de certains d’entre eux, les États parties doivent lui accorder une assistance et une protection appropriées, pour que son identité soit rétablie aussi rapidement que possible.

https://www.unicef.org/protection/files/BRHandbook_Final_FR_Web.pdf



Toutes vos remarques sont très pertinentes. Le problème de l'enregistrement des naissances à l'état civil pourrait même être plus important que ce que disent les statistiques. Au Sénégal, comme certainement dans d'autres pays, de nombreux enfants sont bloqués à l'enseignement primaire car il leur faut une carte d'identité pour pouvoir s'inscrire à l'école.

Mais l'état civil EXISTE dans ces pays et ce n'est pas en investissant dans une carte d'identité/d'électeur biométrique et dans un système de protection des frontières que le problème de l'enregistrement se résoudra. Ce sont les parents qui doivent être accompagnés et sensibilisés à ce problème au niveau local. Un enfant non déclaré n'aura jamais de carte d'identité (qu'elle soit traditionnelle ou biométrique).

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Cet article fait partie d’une enquête internationale, « Invisible Borders », soutenue par une subvention du fonds IJ4EU, abondé par la Commission européenne.

Il est le troisième et dernier d’une série d’articles publiés par Mediapart.