Les exilés afghans dans le dédale de l'Europe

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Mardi 18 août, au soir, les CRS ont évacué le jardin Villemin qui jouxte la gare de l'Est à Paris. Depuis trois ans, une partie de ce square était devenu l'étape des réfugiés afghans qui espéraient rejoindre la Grande-Bretagne via Paris, Calais et la Manche, avec parfois des altercations et même en avril, la mort d'un réfugié poignardé lors d'une bagarre. Soumis au règlement de Dublin II, les dizaines de milliers d'Afghans parcourent, chaque année, l'Europe d'est en ouest en quête d'asile politique, risquent à tout moment d'être renvoyés dans le premier pays de l'Union européenne par lequel ils sont entrés. En chemin, ils ont affaire à des passeurs véreux.

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Il est afghan et a parcouru la moitié du globe, de Kandahar à Paris, en trois mois. Il voyait l'Europe comme une terre d'accueil, il s'y retrouve piégé, momentanément tout du moins, sans logement fixe ni travail ni famille. Abdullah Alizai a 22 ans. Il a l'air d'un jeune homme de cet âge, basket, tee-shirts superposés, jean. Souriant, mais visiblement fatigué. Il s'est senti menacé par les talibans au point de s'enfuir de chez lui. Son père et son frère ont été assassinés, dit-il, entremêlant le français et l'anglais pour raconter son histoire. Au printemps 2008, sa décision est prise: il quitte sa mère, direction le Pakistan en bus, traverse à pieds les cols enneigés de la frontière irano-turque, «nous marchions la nuit pour ne pas nous faire repérer», et roule vers la Grèce caché dans des camions.