Etats-Unis: le faramineux budget de l'armée échappe aux coupes claires

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Le président des Etats-Unis a exposé sa vision d'une armée réduite. Mais, derrière les chiffres, le département de la Défense ne s'apprête pas vraiment à subir une cure d'austérité.
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En cette période de vaches maigres budgétaires et de serrage de ceinture généralisé, aux Etats-Unis comme ailleurs, Barack Obama a voulu marquer le coup en organisant, jeudi 5 janvier, une conférence de presse au Pentagone (une première pour un président américain). Il s'agissait d'expliquer comment il entendait réduire les effectifs et le budget du département de la Défense dans les dix ans à venir. Flanqué par un aréopage de galonnés en tenue d'apparat et avec l'air grave de gamins punis, le « commandant en chef » a exposé sa vision de forces armées américaines qui accompliraient leur mission aussi bien, sinon mieux, avec moins de moyens. Sauf qu'avant de conclure, Obama a ajouté que le budget du Pentagone continuerait malgré tout... d'augmenter.

Leon Panetta et Barack Obama au Pentagone jeudi 5 janvier. © Erin A. Kirk-Cuomo/DOD Leon Panetta et Barack Obama au Pentagone jeudi 5 janvier. © Erin A. Kirk-Cuomo/DOD

Paradoxe ? Jeu de miroir ? Sans aucun doute. S'agissant des finances du département de la Défense (20% du budget des Etats-Unis), rien n'est jamais vraiment simple étant donné les enjeux caché : fierté nationale d'être la première puissance militaire au monde, à la fois en termes de technologie et de capacités sur le terrain ; symbole politique exploité aussi bien par les républicains, qui se veulent le parti de l'ordre et de la force, mais aussi par les démocrates qui ne veulent pas passer pour des faibles (la guerre de Corée et l'escalade au Viêtnam, c'est eux) ; enjeu économique enfin puisque les centaines de milliards de dollars du budget se retrouvent dans la poche non seulement des 570.000 soldats, mais aussi de centaines de milliers de civils qui travaillent indirectement pour le Pentagone via les entreprises prestataires, du supermarché en bordure de base jusqu'à Boeing.

Le Congrès a beau s'être mis d'accord sur 450 milliards de dollars (environ 350 milliards d'euros) de réduction de dépenses liées à la défense sur les dix années à venir – et la possibilité de 500 milliards supplémentaires au cas où les élus républicains et démocrates ne s'accorderaient pas pour couper dans d'autres budgets –, les chiffres s'avèrent souvent trompeurs.

Tout d'abord, il faut savoir que l'on parle du « budget de base » du Pentagone : le coût des guerres en Irak et en Afghanistan est assumé par un « supplément budgétaire » de plusieurs centaines de milliards annuels voté par le Congrès par exemple. Pareil pour les frais associés aux vétérans (les différentes pensions et le coût des soins pour les blessés de guerre), qui ont augmenté ces dernières années et vont continuer à croître mathématiquement, conséquence des conflits à Kaboul et Bagdad : ils sont pris en charge par un ministère (et un budget) séparé.

Deuxièmement, les années 2000 ont été des années fastes pour le Pentagone (voir graphique ci-dessous), donc toute coupe doit être replacée dans son contexte. Ainsi, si l'on prend la réduction maximale prévue de 1.000 milliards de dollars pour la prochaine décennie), cela ferait passer le budget des forces armées pour 2013 de 530 milliards à 472, selon le New York Times. Ce qui représente le même budget... qu'en 2007, pas vraiment une année maigre donc, et un budget 25% supérieur (en dollars reéls) à celui de 2000. La pilule ne semble donc pas trop dure à avaler. D'autant que ces 450 milliards de réductions sont prévus sur dix ans et qu'Obama a promis que le budget continuerait à augmenter avec l'inflation : cette coupe sombre s'apparente donc surtout à une limitation de l'augmentation budgétaire prévue.

Evolution des dépenses liées aux activités militaires des Etats-Unis de 1962 à 2014 (projections) © Wikipedia Evolution des dépenses liées aux activités militaires des Etats-Unis de 1962 à 2014 (projections) © Wikipedia

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