A Bruxelles, la visite tout sourire du président de l’Azerbaïdjan

Par

La lecture des articles est réservée aux abonnés.

Bruxelles (Belgique), de notre envoyé spécial.-  Les dirigeants bruxellois le répètent sur tous les tons depuis l’entrée en fonction de Donald Trump aux États-Unis : il n’est pas question de répondre au coup par coup aux sorties de l’ancien magnat de l’immobilier. Tous veulent se concentrer sur l’agenda européen, afin d’apporter la preuve que l’Europe, elle, incarne d’autres valeurs, plus démocratiques, plus humanistes. « Trump peut être une opportunité pour l’Europe, celle du sursaut », avait ainsi assuré, lyrique, le commissaire français Pierre Moscovici.

La visite du président de l’Azerbaïdjan, lundi 6 février à Bruxelles, prouve que le « sursaut européen » tant attendu n’est pas pour demain. Ilham Aliyev, qui dirige d’une main de fer l’ancienne république soviétique depuis 2003, a fait le déplacement pour lancer des négociations en vue d’un « nouveau partenariat » entre Bruxelles et Bakou. Il a été reçu par Donald Tusk, le président du conseil européen (qui porte la voix des capitales), puis par Jean-Claude Juncker, à la tête de la Commission (institution censée incarner l’intérêt général de l’UE). L'autocrate a également échangé dans la journée avec l’Italienne Federica Mogherini, à la tête de la diplomatie européenne.

En amont de cette visite sulfureuse, 76 ONG avaient co-signé une lettre exhortant les dirigeants bruxellois à faire pression sur Aliyev, pour qu’il améliore la situation des droits de l’homme dans son pays, qui compte près de dix millions d’habitants. « Le gouvernement azerbaïdjanais s’en prend à l’activisme indépendant, au journalisme critique, à l’opposition politique, en emprisonnant et harcelant de nombreux militants, défenseurs des droits de l’homme et journalistes, mais aussi en adoptant des lois qui limitent fortement l’activité de groupes indépendants et leur capacité à se financer », lit-on dans cette lettre.

Sous la pression internationale, les autorités de Bakou avaient consenti à libérer l’an dernier 17 prisonniers politiques. Mais les arrestations ont repris depuis. D’après les décomptes d’observateurs de la société civile, dont Human Rights Watch, l’Azerbaïdjan abritait quelque 160 prisonniers politiques au 15 novembre 2016 (dont sept journalistes, deux écrivains et sept membres de l’opposition). En 2015, le Parlement européen a adopté une résolution très dure à l’encontre de Bakou. Les élus y critiquaient la « dégradation constante » des droits de l’homme et exigeaient « la libération immédiate et inconditionnelle de tous les prisonniers politiques ».

Sans surprise, il n’y a pas eu de conférence de presse d’Aliyev lundi, à Bruxelles, ni du côté du Conseil européen, ni du côté de la Commission. Tout au plus s’est-il présenté pour lire une déclaration sommaire devant les photographes, en milieu d’après-midi, tout sourire aux côtés de Tusk. Ce dernier, très diplomatique, a assuré que « tous les sujets importants » ont été abordés, y compris « l’attachement des Européens aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales ». Mais le Polonais n’en a pas dit plus.