Fin de l'"exception bavaroise" ? Les alliés de Merkel en difficulté

Par
Depuis plusieurs décennies, ignorant les aléas de la vie politique fédérale, la très conservatrice Union chrétienne-sociale (CSU) dirige l'Etat libre de Bavière, célèbre pour ses BMW, ses fêtes de la bière et le club de football du Bayern de Munich.
Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

ABENSBERG, Allemagne (Reuters) - Depuis plusieurs décennies, ignorant les aléas de la vie politique fédérale, la très conservatrice Union chrétienne-sociale (CSU) dirige l'Etat libre de Bavière, célèbre pour ses BMW, ses fêtes de la bière et le club de football du Bayern de Munich.

Mais cela pourrait changer le 14 octobre, à l'issue des élections locales où la CSU, alliée de la CDU d'Angela Merkel au niveau national, risque de perdre sa majorité absolue.

Le parti a fondé sa puissance sur l'alliance de la tradition et de la modernité - "ordinateurs et culottes de peau" - dans une Allemagne qui a connu un remarquable essor économique dès les années 1960.

Une "exception bavaroise" aujourd'hui menacée.

Principale raison de ce bouleversement, la poussée du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD), souverainiste et anti-immigration, en première ligne contre la politique de la chancelière Angela Merkel qui a accepté d'accueillir en 2015 un million de migrants.

Dépassée sur sa droite, la CSU veut compter sur ses succès économiques - le taux de chômage en Bavière est de seulement 2,9%, le plus bas d'Allemagne - et sur son ancrage identitaire pour limiter le montée de l'AfD.

"Si l'Allemagne gagne, c'est grâce à nous, les Bavarois !", a lancé le ministre-président bavarois, Markus Söder, lundi lors de la traditionnelle foire annuelle de Gillamoos, à Abensberg, à une centaine de kilomètres au nord de Munich.

Il est arrivé sur place en costume traditionnel, au son d'un orchestre qui jouait le Bayerischer Defiliermarsch, une marche du XIXe siècle qui est l'hymne officieux de la Bavière.

"Nous avons besoin d'un point d'ancrage politique et aussi d'une boussole politique. En Bavière, ce ne peut être que la CSU !", a-t-il assuré à 4.000 personnes rassemblées sous un vaste chapiteau. "Le monde change mais la Bavière reste la Bavière grâce à la CSU", a-t-il ajouté sous les applaudissements de la foule.

UNE CHUTE INQUIÉTANTE

Mais le message ne semble pas passer partout.

Le soutien à la CSU est passé de 47,7%, lors des élections de 2013, à 36% aujourd'hui. En 1974, sous la direction du charismatique Franz Josef Strauss, le parti s'était imposé avec plus de 62% des voix. Il y a quinze ans, il pouvait encore revendiquer 60,7% des suffrages.

Plus récemment, la bonne santé économique de la Bavière a permis à la CSU d'avoir au niveau fédéral une influence sans commune mesure avec sa taille au sein de l'alliance conservatrice avec l'Union chrétienne-démocrate (CDU).

D'ailleurs, la CDU se garde bien de présenter des candidats en Bavière. Et Angela Merkel vient d'apporter son soutien à la candidature du CSU Manfred Weber à la tête de la Commission européenne l'an prochain.

Mais le parti de la chancelière s'inquiète des divisions au sein de la direction de la CSU et de la chute de son allié dans les sondages.

Cet été, Horst Seehofer, patron de la CSU et ministre fédéral de l'Intérieur, n'a pas hésité à défier Merkel sur la politique migratoire, au risque d'amener la coalition gouvernementale au bord de l'éclatement. Finalement, un compromis a été conclu qui a permis d'éviter la rupture.

Lors de son discours à Abensberg, Markus Söder a tenté de jouer une carte plus "centriste", accusant l'AfD de "marcher côte à côte" avec les groupes d'extrême droite qui ont participé aux récentes manifestations de Chemnitz, dans l'est de l'Allemagne, à la suite d'un meurtre imputé à des migrants.

Jeudi, Horst Seehofer a déclaré qu'il serait lui aussi allé manifester à Chemnitz, "mais pas avec les extrémistes", s'il ne faisait pas partie du gouvernement.

Ce dossier de l'immigration divise l'électorat traditionnel de la CSU. Certains modérés, déçus par la radicalisation du parti, sont tentés de se tourner vers les Verts, le parti écologiste crédité d'environ 15% des voix le mois prochain.

Les "durs", eux, regardent vers l'AfD, qui recueillerait 14% des voix, selon les enquêtes d'opinion. D'après un récent sondage Forsa, un tiers des électeurs de la CSU préférerait voter pour la CDU si c'était possible.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale