C'était la prison de Palmyre

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Emprisonné durant 16 années dans les geôles du régime, l'intellectuel syrien Yassin Al Haj Saleh raconte dans un livre l’horreur de Palmyre, qui dit tant de ce régime des Assad dont les révolutionnaires tentent de venir à bout depuis 2011. Mediapart en publie les bonnes feuilles.

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 « Vivre après Palmyre relève de l'exploit. » Pour comprendre le rôle historique de cette prison syrienne que les combattants de l'État islamique ont dynamitée, samedi 30 mai, Mediapart s'est tourné vers l'intellectuel Yassin Al Haj Saleh.

© Wassim Nasr

En choisissant de laisser intactes les ruines de la ville antique, mais en médiatisant largement la destruction de la prison, l’État islamique a cherché (et réussi) un « coup » politique dont la portée doit être mesurée à l’aune de ce que le lieu a représenté dans l’imaginaire de chaque Syrien, et particulièrement pour tous ceux qui y ont transité (lire ici un rapport d’Amnesty international). Yassin Al Haj Saleh est l’un d’eux. « Dans les prisons d’Adra et Saydnaya près de Damas, et Mussalamiyeh à Alep, écrit cet intellectuel méconnu en Occident mais célèbre dans tout le Moyen-Orient (lire ici quelques-uns de ses textes traduits en français)le prisonnier a accès, au bout d’un temps plus ou moins long, à des outils qui l’aident à apprivoiser le monstre. Tandis que, s’il échoue à Palmyre ou à la section d’interrogatoire militaire, nul doute qu’il aura besoin de mobiliser toute son énergie physique et psychique pour la stricte survie. »

Né en 1960, Yassin Al Haj Saleh est arrêté à dix-neuf ans, alors qu’il a entamé des études de médecine à l’Université d’Alep. La dictature d’Hafez al-Assad le condamne pour son appartenance au bureau politique du Parti communiste syrien. Il passera en tout 16 années et demie de son existence dans les prisons du régime, dont celle de Tadmor (Palmyre en arabe), la plus redoutée de toutes. À partir des années 1980, la prison abrite en effet des milliers d’opposants politiques de tous bords. La torture y est quotidienne. L’épisode le plus tragique, gravé depuis dans la mémoire de chaque citoyen syrien, a lieu le 26 juin 1980 lorsque, pour se venger de la tentative d’assassinat contre Hafez al-Assad, les brigades de défense de Rifaat al-Assad, le frère du président syrien, massacrent entre 500 et 1 000 prisonniers issus des Frères musulmans dans les dortoirs de la prison de Palmyre.

Fermée en 2001, ouverte à nouveau en 2011 pour emprisonner les militants révolutionnaires, Tadmor n’existe plus depuis quelques jours. Mais la dictature de Bachar al-Assad, qui a succédé à son père le 20 juin 2000 à la tête de l'État syrien, demeure. Et avec elle, un régime qui « tente d'enraciner dans l'esprit de ses victimes qu'elles sont de simples particules », écrit Yassin Al Haj Saleh, aujourd'hui en exil à Istanbul.

 

La maison d’édition Les Prairies ordinaires publie la traduction française d'un recueil de textes rédigés entre 2003 et 2011 par Yassin Al Haj Saleh, Récits d'une Syrie oubliée. Sortir la mémoire des prisons (260 pages, 19 euros). « Me débarrasser de ce livre en le publiant, écrit l’opposant, le 29 octobre 2011, dans sa première préface rédigée de Damas, c’est dire adieu à une expérience que la révolution pousse à grande allure vers le passé. C’est laisser la voie libre aux nouvelles expériences d’une nouvelle génération. » Mediapart et Les Prairies ordinaires vous proposent ci-dessous le chapitre intitulé « Une route vers Palmyre ».

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