Le FMI presse l'Europe d'alléger la charge de la Grèce

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La situation d’Athènes est jugée « insoutenable » par l’institut international. Les Européens refusent pour l’instant toute concession, afin de « forcer le gouvernement grec à tenir ses engagements ».

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À peine revenu d’Athènes, le FMI envoie un message bien différent de celui donné quand il était en Grèce. Durant la semaine d’inspection dans la capitale grecque, qui s'est achevée le 5 août, les membres de l’institution internationale, accompagnés par des experts de la Banque centrale européenne et de l’Union européenne, ont multiplié les déclarations sur les progrès réalisés avec le nouveau gouvernement grec, la volonté de ce dernier de mettre en œuvre les réformes exigées et trouver 11,5 milliards d’euros d’économies supplémentaires.

Le ton a manifestement changé depuis. Il se fait beaucoup plus alarmiste. Selon le Wall street journal, les dirigeants du FMI multiplient les pressions pour que les gouvernements de la zone euro allègent la charge du plan de sauvetage à la Grèce.

Le FMI ne devrait donner qu’à la fin du mois son rapport sur la situation de la Grèce. Mais il apparaît de plus en plus évident que les prévisions économiques ont totalement déraillé : l’économie, en récession pour la cinquième année consécutive, devrait enregistrer une nouvelle chute de 7 %  du PIB contre 4,5 % prévu en début d’année. Confronté à un tel effondrement récessif, le pays n’est pas en mesure de respecter ses engagements. Les dirigeants du FMI réclament donc un nouvel allégement de la dette, à un niveau « soutenable » , avant d’accorder une nouvelle ligne de crédit au pays.

Il estime que le moyen le plus efficace serait d’annuler à nouveau une partie de la dette grecque, de telle sorte que son endettement retombe à 100 % et non à 120 % d’ici à 2010, ou au moins d’alléger la charge des intérêts.

Dans le cadre du plan de sauvetage, la Grèce doit payer 39 milliards d’euros d’intérêt entre 2012 et 2014 aux autres membres de la zone euro. La BCE détient, de son côté, 50 milliards de dettes obligataires grecques, acquises avec une décote de 30 %, au moment où la banque centrale essayait de soutenir la dette grecque en achetant des titres sur le marché secondaire. La BCE n’a pas été partie prenante au plan de restructuration de la dette grecque mise en place fin 2011, et attend donc de la Grèce qu’elle la rembourse totalement, en réalisant au passage des plus-values !

La demande du FMI vient appuyer celle de la classe politique grecque, qui ne cesse de réclamer une renégociation du plan de sauvetage européen. Jusqu’à présent, ces demandes sont restées sans effet, l’ensemble des gouvernements européens insistant au contraire sur la nécessité pour la Grèce de respecter pleinement ses engagements, quoi qu’il lui en coûte. Les responsables allemands se montrent les plus intransigeants sur cette question, au moment où de plus en plus de dirigeants allemands parlent à nouveau de la sortie de la Grèce de la zone euro.

La partie de bras de fer entre le FMI et l’Europe risque de s’accentuer les prochains jours, alors qu’un test se profile, le 20 août. Athènes doit rembourser à cette date une échéance obligataire de 3,2 milliards d’euros, essentiellement détenue par la BCE. Le gouvernement grec, qui attend toujours le déblocage d’une nouvelle de crédit de 35 milliards d’euros prévue dans le cadre du plan de sauvetage européen, n’a pas le premier centime pour l’honorer. Il a essayé de négocier un crédit relais auprès du marché, mais a échoué.

Les gouvernements européens et la BCE ont refusé de faire le moindre geste de conciliation à l’égard d’Athènes sur cette échéance, afin de « forcer le gouvernement grec à prendre les mesures qu’il ne cesse de différer ». La seule concession qu’a faite la BCE est d’autoriser la banque centrale grecque à élever le fonds de liquidités d’urgence destiné aux banques du pays, afin que celles-ci puissent consentir un crédit à l’État, et de ne pas placer la Grèce en défaut de paiement déclaré.

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