La main cachée des groupes français dans les élections américaines

Par

Les filiales américaines des groupes français ont activement participé au financement politique des dernières élections. Mais officiellement, ce ne sont pas eux mais leurs salariés. Bizarrement, ceux-ci ont privilégié les candidatures très proches des intérêts de leur groupe.  

Cet article est en accès libre. L’information nous protège ! Je m’abonne

L’affaire aurait pu être très embarrassante. Comment justifier que des groupes français dépensent plus de 728 000 dollars pour financer directement les candidats à la dernière élection américaine, comme le révélait une enquête de Bastamag ? Tous apportent la même réponse et plaident la parfaite innocence : ce ne sont pas eux mais leurs employés américains travaillant dans leurs filiales implantées aux États-Unis qui ont volontairement décidé d’apporter leur contribution personnelle au financement de la campagne.

« Le système est totalement différent des usages européens », insistent les uns et les autres. Et tous en reviennent à la loi américaine sur le financement politique. Ce texte d’une grande habileté permet toutes les contorsions tout en affichant une vertu exemplaire, ce qui évite tous les questionnements juridiques et légaux, comme l’abus de biens sociaux par exemple. « La loi américaine interdit tout financement politique direct par les groupes », explique Guy Hicks, vice-président des relations avec le gouvernement d’EADS North America. « Mais il est possible de créer des comités d’action politique (Pacs), ce qui permet de récolter les dons pour le financement des campagnes directement au sein des entreprises. Seuls les salariés de nationalité américaine ont le droit d’y contribuer sur une base volontaire. L’argent récolté est alloué par un comité d’employés totalement indépendant. Les directions des sociétés n’ont aucun droit de regard sur les candidats choisis. Elles apportent juste une aide administrative dans ce processus de collecte », insiste-t-il. « Nous ne sommes responsables de rien. Ce sont nos salariés qui s’organisent », surenchérit un porte-parole de GDF Suez. Généreusement, ceux-ci ont donc apporté près de 2 millions de dollars, si on ajoute aux aides directes aux candidats les dons aux partis et aux organisations.

À regarder de plus près la liste des donateurs aux élections américaines, établie par le site opensecrets.org – sous réserve que celle-ci soit exhaustive –, il apparaît cependant que les salariés américains de certains groupes français se sont bien plus investis dans la campagne américaine que d’autres. Ainsi, alors que la quasi-totalité des grands groupes français ont des implantations aux États-Unis, il n’y a que 20 comités d’action politique répertoriés, en incluant EADS et Louis Dreyfus inscrits aux Pays-Bas. Cela ne signifie pas que les autres ne participent pas au financement de la vie politique américaine. Mais ils préfèrent sans doute passer par les canaux plus discrets des organismes professionnels ou de lobbying.

Parmi les groupes où se sont constitués de tels comités, on retrouve Areva, Lafarge, Sanofi, GDF-Suez, Axa, Vivendi. Des groupes qui sont très sensibles – hasard ? – aux évolutions réglementaires et législatives dans leur activité. La remarque vaut aussi pour les groupes allemands. Là aussi, ce sont les salariés américains des sociétés comme BASF, Siemens, Bayer, Deutsche Bank, Heidelberg (ciment), qui sont le plus sensibilisés aux enjeux électoraux.

Pas de mobilisation sans confiance
Pas de confiance sans vérité
Soutenez-nous