La remise des armes de l’ETA est effective

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Samedi matin, les coordonnées des dépôts d’armes de l’organisation indépendantiste ont été communiquées par les « artisans de la paix » et transmises au parquet de Bayonne, qui a commencé à prendre possession des lieux.

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De nos envoyés spéciaux à Bayonne. - Ce samedi 8 avril, les armes de l’ETA ont donc commencé à changer de main. Les « artisans de la paix », qui annonçaient cette initiative il y a trois semaines, ont transmis tôt dans la matinée, en mairie de Bayonne, la localisation des huit derniers sites de stockage de l’arsenal de l’organisation clandestine armée, où des observateurs accrédités avaient été positionnés, aux représentants de la Commission internationale de vérification. Parmi ces derniers, on trouve plusieurs personnalités, notamment la députée socialiste des Pyrénées-Atlantiques Sylviane Alaux, l’eurodéputé José Bové, ou le secrétaire général de la CFDT Pays basque.

Peu après, selon les informations de Mediapart, à 8 h 20 précises, ces derniers se sont rendus au palais de justice de Bayonne, où ils ont remis ces informations aux représentants du parquet. Des équipes de la police judiciaire de Bayonne ont été mobilisées pour se rendre sur les sites, avec le renfort de la PJ de Bordeaux et des compagnies de CRS et gendarmes mobiles. Selon les artisans de la paix, ces caches ne se situent pas « toutes au Pays basque français ». Plusieurs équipes de déminage étaient aussi parties prenantes du dispositif, afin de prendre en charge l’armement de façon sécurisée.

L'activiste Voltuan dans les rues de Bayonne, le 8 avril 2017, jour du désarmement de l'ETA © K.L L'activiste Voltuan dans les rues de Bayonne, le 8 avril 2017, jour du désarmement de l'ETA © K.L

Lors d’un point presse, le ministre de l’intérieur Matthias Fekl a confirmé le déploiement des services de police, depuis 9 heures du matin, « afin de procéder à la sécurisation de ces sites, et des armes et explosifs qui pourront y être découverts ». Il a salué cette « étape de neutralisation d’un arsenal d’armes et d’explosif », comme « un grand pas ». « C’est un jour incontestablement important », a-t-il commenté.

« Ce matin, nous avons communiqué à la CIV et aux représentants internationaux présents, les coordonnées de huit sites où se trouvait et se trouve encore l’arsenal de l’ETA », a exposé depuis Bayonne vers 11 heures, Michel Tubiana, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme, et l’un des trois négociateurs pour les « artisans de la paix », avec l’écologiste Jean-Noël Etcheverry, dit « Txetx », et le syndicaliste agricole Michel Berhocoirigoin. Des images tournées à la mairie de Bayonne montrent la remise officielle par Txetx d’un document au pasteur irlandais Harold Good, artisan du désarmement de l’IRA, et à l’archevêque de Bologne Matteo Zuppi, lequel avait déjà pris part au processus de négociation de paix de Loiola en 2006.

« Cette étape constitue le désarmement d’ETA », a certifié Ram Manikkalingam au nom de la commission internationale de vérification, qui a assuré la mise sous scellés de l’arsenal de l’organisation. « Avec le concours des institutions et de la société civile nous avons travaillé pour tourner la page de la violence. Je crois que ce pas important va consolider la paix au sein de la société basque », a-t-il ajouté. « Dans les huit endroits dont nous avons communiqué les coordonnées et les chemins qui peuvent y mener, a poursuivi Michel Tubiana, se trouvent stockés 120 armes à feu, 3 tonnes d’explosifs et plusieurs milliers de munitions et de détonateurs. Ces informations ont été immédiatement communiquées aux autorités françaises. »

Le maire (UDI) de Bayonne Jean-René Etchegaray prend la parole devant les représentants de la commission de vérification et des artisans de la paix. © A.R Le maire (UDI) de Bayonne Jean-René Etchegaray prend la parole devant les représentants de la commission de vérification et des artisans de la paix. © A.R

Durant un point presse, Michel Berhocoirigoin et Michel Tubiana ont précisé que 172 observateurs accrédités ont été positionnés sur place, pour « vérifier que ce sont bien les autorités françaises qui entrent en possession de ces stocks ». « À 11 heures, tout se passe remarquablement bien, a précisé Michel Tubiana. Nos observateurs sont sur place, et sur plusieurs sites, les forces de l’ordre sont entrées en action. Là où elles ne se sont pas encore présentées, nos observateurs attendent. »

Michel Berhocoirigoin, ancien président de la Chambre d’agriculture alternative du Pays basque, a salué le rôle « très positif » du maire (UDI) de Bayonne, Jean-René Etchegaray, qui a « joué un rôle de facilitateur dans toutes les opérations du matin », non sans avoir obtenu le soutien de la communauté Pays basque. Michel Tubiana a regretté l’absence des représentants de l’État lors des « séances » de remise officielle des coordonnées des caches. Mais l’exécutif semble avoir effectivement cédé à la pression de la société civile et du monde politique basque, en choisissant non seulement de ne pas entraver les opérations, mais d’enclencher un dispositif de récupération de l’armement, au travers de l’autorité judiciaire.

Samedi après-midi, plusieurs milliers de personnes ont célébré sous un soleil de plomb, place Paul-Bert au cœur de Bayonne. En fin de journée, le premier minstre Bernard Cazeneuve a confirmé dans un communiqué que « près de 3,5 tonnes d'armes, explosifs et matériels » avaient été « trouvées » dans les huit caches désignées par l'ETA. « Le gouvernement français se félicite de cette opération, menée dans le calme et sans violence », a-t-il ajouté, saluant « une étape décisive vers la fin du terrorisme indépendantiste basque ».

A Bayonne, le 8 avril 2017, sur la place Paul-Bert, pour célébrer le désarmement de l'ETA © Les artisans de la paix A Bayonne, le 8 avril 2017, sur la place Paul-Bert, pour célébrer le désarmement de l'ETA © Les artisans de la paix

La police judiciaire a ouvert une enquête, qui servira notamment à déterminer si certaines armes ont été utilisées dans le passé par l'organisation. « Sur les sites indiqués, ont été découverts, dans des bidons et sacs, des dizaines d'armes de poing et d'épaule, des milliers de munitions, plusieurs centaines de kilogrammes d'explosifs et produits entrant dans la composition d'explosifs, plusieurs centaines de détonateurs et retardateurs », a précisé dans la soirée le parquet de Paris dans un communiqué.

À Madrid, le gouvernement espagnol a demandé « la dissolution définitive » à l'ETA, qui doit « demander pardon à ses victimes et disparaître, au lieu de monter des opérations médiatiques pour dissimuler sa défaite ». Dans un communiqué, le premier ministre Mariano Rajoy a déclaré que « les terroristes ne peuvent espérer aucun traitement de faveur du gouvernement et encore moins l'impunité de leurs crimes ».

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