Grèce: les "indignés" dénoncent les "assassins"

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Alors que devait être voté le nouveau plan d'austérité grec, de violents affrontements ont éclaté entre manifestants et forces de l'ordre les 28 et 29 juin derniers. Les opposants aux mesures du gouvernement Papandréou ont choisi Internet afin de sensibiliser le monde à leur cause. Vidéos et récits affluent sur la Toile pour dénoncer des méthodes policières.
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Pas question de baisser les armes! Tel pourrait être le credo des opposants au gouvernement grec. Quitte parfois à mettre leur vie en péril. Fin juin, les rues d'Athènes se sont ainsi transformées le temps de quelques jours en zones de combat. Des heurts ont éclaté entre manifestants et forces de l'ordre, faisant plusieurs dizaines de blessés. Une violence dont témoignent aujourd'hui les manifestants sur Internet. Vidéos et récits envahissent la Toile, pour dénoncer les méthodes employées par la police.

Le 28 juin, les syndicats grecs annoncent une grève générale de 48 heures pour protester contre le projet du gouvernement socialiste de Georges Papandréou visant à adopter de nouvelles mesures de rigueur. Un plan d'austérité − mis au point par le FMI et l'Union européenne en échange d'une aide financière – qui est approuvé les 29 et 30 juin par le parlement grec. L'objectif: éviter à tout prix la faillite du pays. D'ici 2015, la Grèce doit réaliser 28,4 milliards d’euros d'économies et 50 milliards d’euros de privatisations.

De nouveaux sacrifices que le peuple digère mal. Le 28 juin, les rues athéniennes connaissent de premiers affrontements. Affrontements encore plus intenses le lendemain. Aux manifestants pacifiques se mêlent des groupes hargneux, qui causent de multiples dégâts matériels et défient les forces de l'ordre. Les Grecs pacifiques dénoncent aujourd'hui la violence systématique dont a fait preuve la police. Les vidéos circulant sur Internet en témoignent.

L'une d'elles, tournée le 29 juin sur la place de Syntagma − lieu privilégié de la contestation situé face au Parlement −, révèle l'intensité des échanges entre opposants et MAT (CRS grecs). Tandis qu'un manifestant demande à un membre des forces de l'ordre de ne pas le frapper, celui-ci lui assène un coup de matraque. Le jeune homme s'écroule, la tête ensanglantée. Des insultes fusent, les “indignés” grecs condamnent les «assassins».

La junte sur la place de Syntagma Athènes 29.06.2011 (avec sous-titres FR) © odysseia1000
Deuxième vidéo, toujours sur la place Syntagma où un manifestant crie dans un mégaphone: «Ça suffit maintenant! Depuis tout ce temps, vous êtes en train d'étouffer les citoyens de ce pays!» Alors qu'une femme demande le calme, un homme gît au sol, blessé à la tête. Les opposants dénoncent immédiatement les «assassins d'un gouvernement illégal».

Blessure d'un manifestant sur la place de Syntagma 29/6/2011 (avec sous-titres FR) © odysseia1000
Autre vidéo cette fois-ci dans la rue piétonne de Mitropoleos, où plusieurs dizaines de membres du groupe DIAS (police à moto) donnent l'assaut, semant la panique.

Assaut de la police en moto sur la rue piétonne Mitropoleos 29-06-2011 (avec sous-titres FR) © odysseia1000

À ces images fortes s'ajoutent des récits, diffusés eux aussi sur la Toile. Citons en exemple les témoignages issus de Twitter et recensés par Global Voices Online sur Rue89. Certains opposants dénoncent l'illégalité du gouvernement et la répression opérée, comme @Cyberela: «Un État qui est élu par les gens et lance des tonnes de gaz lacrymogène sur eux, n'est tout simplement plus un État démocratique. C'est un régime!» Même son de cloche du côté de @spdd: «Nous avons donné naissance à la démocratie, et nous l'avons tuée! Au moins nous avons le savoir-faire!» D'autres comme @northaura lancent des appels au secours: «Urgent, appel désespéré à des médecins immédiatement place Syntagma RT SVP il y a des blessés et l'équipe de secours est débordée.» Manos Labrakis, auteur de pièces de théâtre «humilié et violé», raconte quant à lui son expérience dans une lettre sur Internet (la traduction en français est ici). Il se serait fait violenter au cours d'un contrôle de police: livres déchirés, railleries homophobes, objets personnels volés...

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