L'Afrique au centre (1) - Comment la Chine s'est emparée d'un continent

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Un grand merci à la Banque mondiale

La Chine avance en fait sous une série de sigles plus ou moins bien identifiés. CRBC (China Road and Bridge Corporation), WEITC (Weihai International Economic Technical Cooperative), CNOOC (China National Oil Offshore Corporation) : autant d'entreprises en train de s'internationaliser à toute vitesse sur le continent africain, avant de devenir, dans quelques années, des poids lourds mondiaux de leur secteur.

 

Pour résumer la situation à très gros traits, la Chine importe des ressources naturelles et exporte des produits manufacturés. «Si les échanges entre la Chine et l'Afrique relèvent du Sud-Sud, leur structure s'apparente à un commerce Nord-Sud», estime Jean-Raphaël Chaponnière, de l'Agence française de développement (AFD).

 

Pour autant, la vision d'une Chine «pilleuse» du sol africain, régulièrement relayée à Bruxelles ou à Paris, est réductrice. Les situations sont très variées. D'abord, les investissements ne se limitent pas aux seules matières premières – la construction, le textile, les télécoms sont également concernés. Et tous les pays africains ne sont pas logés à la même enseigne (parmi les grands absents, la Libye).

 

Parfois, comme en Zambie, les activités chinoises sont très contestées et font l'objet de prises de position des politiques sur la scène nationale. Dans d'autres cas, comme au Soudan, c'est la communauté internationale qui gronde. La carte ci-dessous dresse un rapide état des lieux, à travers la situation d'une dizaine de pays emblématiques.

 

Cliquer ici pour lire la carte.

 

Comment les Chinois s'en sont-ils retrouvés là, en quelques années à peine ? D'après la Cnuced, l'empire du Milieu pilotait en 2005 près de 10% de l'ensemble des investissements étrangers en Afrique... En fait, les Chinois peuvent remercier la Banque mondiale, qui leur a sérieusement facilité les choses.

 

«Les Africains ont été obligés par l'institution de Washington de soumettre leurs travaux d'infrastructure à des appels d'offres. Et les Chinois gagnent à tous les coups, grâce à une main-d'œuvre bon marché, à des économies d'échelle et sur les faux frais», résument Serge Michel et Michel Beuret. Conséquence, depuis 2000, les entreprises chinoises sont en train de construire plus de 6.000 kilomètres de routes, 3.000 kilomètres de chemins de fer et huit centrales électriques, selon les chiffres du FMI.

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Depuis le lancement du site il y a presque trois mois, des dizaines d'informations ont confirmé, à intervalles réguliers, la montée en puissance de la Chine et de l'Inde en Afrique : signature de contrats juteux ici et là en Afrique, rapport du Parlement européen sur la question, conférence de presse d'officiels chinois à Paris, batterie de working papers du centre de développement de l'OCDE sur le sujet, etc. Jusqu'à présent, nous n'en avions pas dit mot. A chaque fois, la même gêne : évoquer par le tout petit bout de la lorgnette une tendance de fond complexe et hautement polémique, se retrouver contraint de relayer les chiffres publiés par Pékin ou lus un peu partout dans la presse, faute d'en savoir plus sur le sujet, faute d'avoir enquêté un tant soit peu. Nous avons donc attendu, quitte à perdre en réactivité.

 


Les partis pris de la série sont simples : raconter cette mondialisation Sud-Sud qui en dit beaucoup plus sur l'état du monde que les grandes conférences internationales et leur langue feutrée, faire le tri dans l'abondante littérature parue sur le sujet en donnant le plus possible la parole aux chercheurs sur le terrain, constituer une base de référence qui nous permette, dans les mois à venir, de rebondir plus vite sur tel ou tel événement que l'on jugera significatif. Bref, constituer, doucement, une mémoire du site sur ces sujets à nos yeux décisifs.