L'Afrique au centre (1) - Comment la Chine s'est emparée d'un continent

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La technique du «package»

Ce coup de pouce, bien involontaire, de la Banque mondiale a de quoi faire sourire, quand on sait que Hu Jintao ne cesse, lors de ses voyages officiels en Afrique, de fustiger le «consensus de Washington» prôné par le FMI et la Banque mondiale, pour mieux défendre l'esprit des non-alignés, dans la droite ligne de la conférence de Bandung de 1955... Un discours qui rencontre un franc succès auprès des dirigeants africains comme des populations.

 

Pourquoi les propositions des Chinois sont-elles régulièrement moins chères, de 30 à 50% par rapport à celles des Français, lors des appels d'offres en Afrique ? En fait, les entreprises chinoises font venir de Chine leur propre main-d'œuvre, ce qui leur permet de baisser leurs coûts.

 

 © Paolo Woods © Paolo Woods

 

Si cela ne suffit pas, les Chinois ont une autre astuce pour l'emporter à coup sûr. Ils recourent à la technique du «package». Des offres groupées, en somme : une autoroute + un pont + une raffinerie + l'exploitation d'une mine. Parfois, si le contrat est vraiment important, ils proposent de construire, gratuitement, de nouveaux bâtiments pour un ministère, voire un palais présidentiel tout entier. Les profits dégagés par l'exploitation de la mine permettront, au fil des ans, de rembourser ces investissements.

 

A chaque fois, ces «packages» sont financés par la même institution, l'Exim Bank (pour exportations/importations), lancée en 1994. En septembre 2006, le banquier avait déjà prêté de l'argent pour la réalisation de 259 projets en Afrique, dans 36 Etats, dont une grande majorité (près de 80%) pour la construction d'infrastructures.

 

Depuis quelques mois, les formes de la présence chinoise évoluent. En début d'année 2008, Pékin s'est pourvu d'un nouvel instrument, un fonds souverain doté de quatre milliards de dollars pour faciliter l'implantation de ses entreprises sur le continent, le «fonds de développement Chine-Afrique».

 

Mais l'opération la plus spectaculaire a été annoncée fin 2007 : l'achat de 20% de la plus grosse banque d'Afrique, la Standard Bank, par ICBC (Industrial and Commercial Bank of China), pour 5,46 milliards de dollars. Pour cette première incursion dans la finance africaine, le géant bancaire chinois n'a pas hésité à casser sa tirelire, dépensant les bénéfices engrangés lors de son entrée en Bourse de Hong Kong.

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Depuis le lancement du site il y a presque trois mois, des dizaines d'informations ont confirmé, à intervalles réguliers, la montée en puissance de la Chine et de l'Inde en Afrique : signature de contrats juteux ici et là en Afrique, rapport du Parlement européen sur la question, conférence de presse d'officiels chinois à Paris, batterie de working papers du centre de développement de l'OCDE sur le sujet, etc. Jusqu'à présent, nous n'en avions pas dit mot. A chaque fois, la même gêne : évoquer par le tout petit bout de la lorgnette une tendance de fond complexe et hautement polémique, se retrouver contraint de relayer les chiffres publiés par Pékin ou lus un peu partout dans la presse, faute d'en savoir plus sur le sujet, faute d'avoir enquêté un tant soit peu. Nous avons donc attendu, quitte à perdre en réactivité.

 


Les partis pris de la série sont simples : raconter cette mondialisation Sud-Sud qui en dit beaucoup plus sur l'état du monde que les grandes conférences internationales et leur langue feutrée, faire le tri dans l'abondante littérature parue sur le sujet en donnant le plus possible la parole aux chercheurs sur le terrain, constituer une base de référence qui nous permette, dans les mois à venir, de rebondir plus vite sur tel ou tel événement que l'on jugera significatif. Bref, constituer, doucement, une mémoire du site sur ces sujets à nos yeux décisifs.